Music par Baptiste Artru 08.11.2016

Sans Loto pas de Solaar : L’histoire folle des débuts de Claude MC

Le hasard provoqua l’avènement du Roi Solaar. 

Il y a des artistes qui doivent leur carrière à leur manager, d’autre à une rencontre fortuite et certain, très peu, à la Française des Jeux. C’est le cas de MC Solaar. À l’époque Claude MC vient d’avoir son bac et teste ses premiers sons sur Radio Nova grâce à DJ Dee Nasty, souvent surnommé « le parrain de la scène hip-hop française« . Solaar sépare sa vie en deux, entre le jour où il étudie les langues et la philosophie à la fac de Jussieu, et la nuit où il rappe, taggue et écrit. Très vite, il va faire la rencontre qui changera tout : celle de Christophe Viguier aka Jimmy Jay, jeune DJ vainqueur des premiers DMC France (championnat de DJing) en 1989. De là va naître une belle amitié, les deux gars vont beaucoup traîner ensemble. Jimmy Jay : « [Claude] aimait bien la musique, moi j’aimais bien ses textes. On a sympathisé puis on a fini chez ma mère, dans la cave, à enregistrer ». Mais à l’époque, n’en déplaise aux pros du Future Beat, enregistrer chez ses parents c’est un peu la galère. Les deux comparses le savent bien mais comment s’en sortir ? Claude peut bien essayer de se dégoter un studio avec ses contacts chez Nova, mais c’est tout autrement que l’avènement du « Roi Solaar » va se passer.

Numéro Complémentaire

Un jour, les deux compères ne savent pas quoi faire. Alors pour passer le temps, ils décident d’aller jouer au Loto. Toi pour passer le temps tu allumes ta Playstation ou tu glandes sur Facebook, mais non. Eux, ils jouent au loto. Résultat des courses ? Claude ne gagne rien. La lose, game over. On va dire qu’il est dans la normalité. Sauf que Jimmy Jay, lui, a aligné cinq bon numéros. C’est pas le carton plein, mas il empoche quand même 300 000 francs, soit environ 45 000 €. Une jolie somme pour un gars de 17 ans. « Avec une telle somme, t’achètes un Mac, une carte audio, un micro et un petit local dans Paris, et t’as plus rien » relativise Jay dans une interview donné à l’Abcdr du son. Complètement refait, Jimmy Jay va utiliser son studio pour produire les maquettes de Solaar mais aussi celles de Ménélik, des Sages Poètes et même de Fabe, futur membre de la Scred Connexion. Admirez les deux amis parler de leur bonne étoile dans ce reportage trop court mais trop fort ( particulièrement à 2:30).

C’est dans ce fameux studio qu’une partie de Qui Sème Le Vent Récolte Le Tempo sera produite, avec l’aide de deux mecs pas vraiment connus de tous à l’époque, à savoir Philippe Zdar et Boom Bass, les futurs Cassius. Le plus fou, c’est que Solaar a influencé beaucoup de rappeurs, il était en vogue au USA, il a fait des tournées en Pologne et en Russie pendant la fin de l’URSS, a influencé la scène Hip-Hop mondiale, tout ce qui s’est passé dans le rap ensuite a été influencé par ses instrus et sa manière de raconter les histoires. Même Will.I.Am dit qu’il fallait préférer MC Solaar à Tupac pour être branché à L.A. à l’époque.

Comment tout ceci se serait passé si Jimmy Jay s’était gouré d’un numéro ? « Peut-être rien. C’est comme la chanson de Snoop et Dre, ‘Imagine’. « Imagine s’il n’y avait pas eu Def Jam… ». Peut-être qu’il n’y aurait pas de Booba, pas de Kery James… Mais ça, je ne peux pas vraiment le savoir ». Pas faux. Alors la prochaine fois qu’un(e) pote te dit « On s’emmerde vient on va au ciné » répond lui « Non ! On va jouer au Loto et la suite marquera l’histoire« ,  en espérant que t’ai de la chance et du flow.