Music par Antony Milanesi 04.11.2016

L’histoire de « Nightcall », le tube de Kavinsky, fruit de son amitié avec un Daft Punk

« There’s something inside you, It’s hard to explain »

Vous vous mettez le poing dans l’oeil si vous pensez ce que vous dites lorsque vous prononcez des sentences préfabriquées du style « la grande famille de l’electro en France ». Parlez d’amitiés considérables et vous aurez enfin raison. On jacte quand même d’un mec qui n’en a rien eu à carrer la première fois qu’il a vu un disque des Daft. « J’ai vu marqué « Punk » sur la cover, j’ai tout de suite envoyé ça balader ». confiait Kavinsky en 2012 dans les colonnes de Snatch Magazine.

A l’époque, Vincent Belorgey fait son service militaire et il ne pige rien à la musique electro. C’est son bon copain rencontré à 18 ans dans une « pauvre soirée de banlieue », Quentin Dupieux alias Mr Oizo, qui va secouer tout ça. Un pote vous gâte et tout est débloqué : des années plus tard, celui que ses amis appellent Vinco va recouvrir le monde de son ombre magnifique avec « Nightcall », le mega-tube de 2011 sorti une année plus tôt et qui installera définitivement Kavinsky dans les hauteurs de l’electro made in France.

« Oh purée, mortel, ça sort quand ? »

Le service militaire est un lointain souvenir lorsqu’un soir, Mr Oizo fait écouter un morceau d’Arpanet à son pote Vincent. Un autre soir, Dupieux débarque avec le film Phenomena de Dario Argento et montre ça à celui qui va peu à peu devenir Kavinsky. « C’est à cette occasion que j’ai découvert le son de Goblin (groupe de rock progressif italien qui signe la B.O. du film, ndlr). C’était une vraie dinguerie.» Armé d’un synthé Casio, d’une TR 808, de ses amours pour l’esprit ricain des eighties et les ambiances lugubres fomentées par Goblin et John Carpenter, Kavinsky va se mettre à faire du son. « Quentin m’avait appris à enregistrer, à allumer un synthé, à mettre des cubes. Et petit à petit, je me suis pris au jeu.» Résume Kavinsky. Débarqueront alors dans les bacs « Testarossa » et l’EP qui va avec, grâce au bon feeling du patron de Record Makers, Marc Tessier Ducros. C’est là que Kavinsky va commencer à cotoyer Pedro Winter, SebastiAn, les Daft Punk et d’autres encore.

D’un profil Myspace au tour-bus des Daft Punk

« Testarossa » est sur Myspace. C’est la grande époque du 2.0 et Pedro Winter envoie un message privé à Kavinsky qui a habillé son profil Myspace d’un décor quadrillé typique des jeux retro-futuristes qu’on ne trouve même pas sur playstation 1. « Oh purée, mortel, ça sort quand ? » jette Pedro Winter. La surprise de voir un type tel que Pedro le contacter digérée, Kavinsky et le manager des Daft Punk se rencontrent. Vinco découvre vite toute la clique, et s’installera même en colloque avec Gaspard de Justice et So-Me pendant un an.

2006, Vinco est dans les loges du Pukkelpop avec, entre autres, Soulwax, Pedro Winter et les Justice. Il sert la main à Thomas et Guy-Man, les Daft Punk, ceux-là même dont il avait envoyé balader le vinyle des années auparavant. « En le regardant, c’est marrant, j’ai eu comme l’impression d’avoir à faire à un acteur, sans savoir si on était dans une comédie ou un drame. » confie Guy-Manuel de Homem-Christo en personne dans le numéro #11 de Snatch Magazine (février 2012). 2007 : Vinco accompagne les Daft sur leur tournée mondiale dont on se souvient tous. « C’était un souvenir inoubliable » explique Guy-Man. « On est devenu amis dans une ambiance de célébration intense. Je me souviens également de ce qui reste aujourd’hui comme le plus long fou-rire de toute ma vie, une heure non-stop de marrade avec lui dans le bus de la tournée. Mémorable.» Ajoute le Daft Punk au casque doré dans le même magazine.

« un zombie qui viendrait roder autour de la baraque de sa femme »

Et Kavinsky va simplement demander à Guy-Man de lui produire un morceau. « Il a été tout de suite chaud.» explique Vinco. « Il se trouve que j’avais dans mon ordinateur un loop qui correspondait assez bien à son style » précise le Daft Punk. Les mecs sont désormais des potes et l’idée du morceau résonne en eux sans turbulence. Le concept est simple : donner vie au personnage zombie de Kavinsky en le faisant parler dans une ambiance dark et mytérieuse. « Je voulais un slow, une ballade. J’avais un scénario en tête : un zombie qui viendrait roder autour de la baraque de sa femme, la regarderait reconstruire sa vie… avant de lui passer un coup de fil ambiance ‘je t’appelle ce soir pour te dire…’».

« c’est la première fois que je ne bossais pas en slibard »

Vous l’aurez compris, l’interview totale signée Raphaël Malkin parue dans le onzième numéro de Snatch Magazine sorti en Février 2012 est une mine d’or. L’une des plus belles pépite se trouve dans l’échos entre les témoignages de Kavinsky et Guy-Manuel de Daft Punk, et de la question qui a suivi une confession sur l’enregistrement de ce fameux tube de 2011 :

« Nightcall » prend vie en studio. Pour Kavinsky c’est l’excitation totale. « Putain, je me souviens que dans la pièce où l’on était, il y avait un piano de Michel Berger, et j’ai même composé le refrain dessus… » confie Vinco. Et c’est là que l’on repère le contraste magnifique des deux comparses. Guy-Manuel  : «Pour l’enregistrement, Vinco s’est vraiment mis en mode ‘pro’». Ce que Kavinsky exprime d’une toute autre manière : « Avec Guy-Man’, c’est la première fois que je ne bossais pas en slibard devant mon ordi ». La question de Snatch : « Et t’étais en slibard pour enregistrer la voix de Lovefoxxx ?». Réponse : « Mais la meuf, je ne l’ai même pas vu pour enregistrer, je ne suis pas allé à Rio ! Tout s’est fait à distance.» En 2010 sort l’EP Nightcall, toujours chez Record Makers. Nicolas Winding Refn sortira le film d’emblée culte Drive l’année suivante, et Kavinsky est ensuite allé faire danser le monde « en mode pro », tout ça grâce à une histoire d’amitié balèze de plus. Guy-Man : « En fin de compte, bosser sur ce titre, c’était une manière de sceller mon amitié avec lui (Kavinsky, ndlr), mais aussi avec SebastiAn et Sébastien Tellier qui ont aussi participé au projet».