Music par Olivier Pernot 01.11.2016

L’Amérique de Wax Tailor : ses 9 biggest influences

L’Amérique de Wax Tailor : ses 9 biggest influences

Le nouvel album de Wax Tailor, By Any Beats Necessary, s’écoute comme un road-trip dans l’histoire de la black music américaine. De ses racines blues et rhythm & blues jusqu’au hip-hop d’aujourd’hui, en passant par la soul et une touche de rock. Un disque d’où débordent des riffs de guitares, des phrasés d’orgues et de pianos vintage, le souffle d’un harmonica, tout en conservant la chaleur et le groove du trip-hop. L’occasion de balayer avec Wax Tailor les morceaux de cette Amérique qu’il aime, ses grandes références musicales et les influences de ce nouvel album.

Ghostface Killah – « Motherless Child » – album Ironman (1996)

« Je vais commencer par deux invités américains de mon album : Ghostface Killah et Lee Fields. Ce titre de Ghostface Killah est extrait de son premier album, Ironman, publié en 1996. Il y a tout juste vingt ans ! Dans ce morceau, Ghostface Killah sample un classique gospel. Cela fait du lien dans l’histoire de la culture américaine. Avec le hip-hop, il y a ce rapport constant, ce dialogue, entre les différentes époques de la musique noire américaine. De la même manière pour mon album, j’ai eu envie d’aller chercher plus loin, plus en profondeur dans les racines de la musique américaine. Je voulais être plus proche du blues, mettre plus de guitares.

Pour moi, Ghostface Killah, c’est le gardien du temple du Wu-Tang Clan. Certes, c’est un rappeur américain avec ce côté bling-bling et cette posture superficielle, mais il a gardé une intégrité et une fraîcheur dans la musique. Il se réinvente constamment et travaille avec des jeunes artistes incroyables comme Adrian Younge ou BadBadNotGood. Avec Ghostface Killah, c’est clair : tu parles business avec son manager et après, c’est lui qui prend les décisions sur des critères artistiques. Il faut que cela lui plaise avant tout et notre collaboration s’est faite rapidement. J’ai demandé à lui parler avant pour bien lui expliquer le thème du morceau « Worldwide » : le tourbillon d’être constamment sur la route pour un musicien».

Lee Fields – « Faithful Man » – album Faithful Man (2012)

« Ce morceau résume tout de Lee Fields. Son authenticité, sa gentillesse. Sa musique me touche vraiment. Nous nous sommes retrouvés en studio à New York le jour de la mort de Prince. C’était une journée particulière, dans une atmosphère bizarre. Et Lee Fields a fait le job. J’étais impressionné. C’est un chouette bonhomme. Il est vrai. Il n’a pas de posture, pas de filtre entre le musicien et l’homme. La musique, c’est sa vie et sa vie, c’est la musique. Deux semaines après, je l’ai revu à Rouen, au 106, où il passait en concert. Il a toujours cette chaleur, cette simplicité et cette gentillesse. Pour le texte du morceau « The Road Is Ruff », j’avais un refrain et il a écrit les couplets dans lesquels il porte son regard sur ses cinquante ans dans la musique».

Jimi Hendrix – « The Wind Cries Mary » – single (1967)

« C’est le début de Jimi Hendrix. L’époque du Jimi Hendrix Experience. J’aime ce son de guitare. Avec Benji (Benjamin Bouton), nous avons pris le temps de travailler autour des guitares de l’album. Pendant une semaine, nous avons écouté de la musique, travaillé sur ce son des guitares que nous voulions avoir. Nous nous sommes totalement imprégnés de guitares. Cet instrument est une dominante forte de ce nouveau disque».

A Tribe Called Quest – « Steve Biko (Stir It Up) » – album Midnight Marauders (1993)

« C’est un extrait de l’album Midnight Marauders qui est sorti le 9 novembre 1993. Le même jour que Enter The Wu-Tang (36 Chambers) du Wu-Tang Clan. C’est une date importante pour tous les passionnés de hip-hop ! D’ailleurs, 1993 est une de mes années fétiches pour la musique. Comme 1967 et 1971.

Q-Tip est mon hip-hop hero ! Et autant comme rappeur que comme producteur. Ce qui est plutôt rare. Choisir un morceau de A Tribe Called Quest dans cette sélection, c’était une évidence. Surtout cette année où il y a eu le décès de Phife Dawg, un des rappeurs du groupe. Leur musique est à l’épreuve du temps et leurs albums, pour moi, sont des classiques. Comme peuvent l’être Birth Of The Cool de Miles Davis ou Songs In The Key Of Life de Stevie Wonder. En travaillant sur mon album avec les deux jeunes rappeurs américains Token et A-F-R-O, j’ai retrouvé cette fraîcheur, cette vitalité qu’il y avait au début de A Tribe Called Quest».

The White Stripes – « Apple Blossom » – album De Stijl (2000)

« Je ne pouvais pas passer à côté de Jack White. C’est peut-être le musicien actuel qui a la plus grosse influence sur moi. Celui qui m’inspire le plus. Depuis la fin des années 1990, il réanime le rock et le blues. Avec tous ses groupes, The White Stripes bien sûr, mais également The Dead Weather, The Raconteurs ou ses projets solo. Avec son label Third Man Records aussi, son studio d’enregistrement, ses pressages en vinyle. Il mène un empire indépendant impressionnant. Je suis fasciné par ce mec. Par sa musique et par sa capacité à entreprendre dans le monde de la musique. Le fait d’aller fouiller dans le blues pour mon album, cela passe nécessairement par son prisme et par l’écoute régulière de sa musique : je suis un ultra fan de son album solo Lazaretto».

Galt MacDermot – « Never Die, Desire Not » – bande originale du film American Express (1971)

« Galt MacDermot est canadien, donc il peut complètement rentrer dans ma sélection américaine ! Ce titre est extrait d’une bande originale qu’il a composée au tout début des années 1970. Ce musicien reste quelqu’un qui m’influence beaucoup et sa musique me touche vraiment. J’adore ses phrasés de piano. Il a réussi à faire le pont entre la pop, et son aspect mélodique, et la black music. Il a une tête de petit blanc, mais il véhicule beaucoup de blackitude dans sa musique».

Ennio Morricone – « The Ecstasy Of Gold » – bande originale du film The Good, The Bad & The Ugly (1966)

« Là, je triche un peu parce qu’Ennio Morricone est italien évidemment. Mais la puissance d’évocation de sa musique est telle qu’elle nous projette directement en Amérique. On a l’impression d’être dans le Grand Canyon. La musique d’Ennio Morricone pourtant, c’est bien celle d’un petit Italien qui n’a jamais voulu parler anglais. Mais elle évoque immédiatement l’histoire de l’Amérique. Du western. Ou d’une période plus récente, comme son « Deborah’s Theme » d’Il était une fois en Amérique. Dans mon album, je rends hommage à ma manière à Ennio Morricone : il y a un petit sifflet dans l’intro du morceau « For The Worst » qui fait très Morricone».

Curtis Mayfield – « The Underground (Demo Version) » – inédit de la bande originale du film Super Fly (1972)

« J’ai pensé à lui parce que c’est un musicien vraiment sous-estimé. Comme Isaac Hayes d’ailleurs. Alors que tu reprends la discographie de Curtis Mayfield, et toutes les productions qu’il a faites, c’est juste dingue. S’il commence avec des chansons sucrées, dès 1971, il développe dans ses morceaux une conscience politique et des considérations sociales qui le font changer de statut et devenir un auteur de premier plan. Mais il n’a pas l’aura d’un Marvin Gaye ou d’un James Brown. Musicalement, il a introduit aussi des sonorités sales et psychédéliques dans la soul music. C’était complètement nouveau. Et enfin, en tant que producteur, il a une vraie obsession du son. C’est un orfèvre !».

Robert Johnson – « I Believe I’ll Dust My Broom » – anthologie The Complete Recordings (1936)

« C’est le blues du Delta. La musique du Mississippi. Les origines. J’aurais pu mettre aussi Sonny Boy Williamson. Le blues, c’est une musique que je ne cesse de redécouvrir. Je n’arrive pas à imaginer la route aux États-Unis sans le blues. Quand on voyage aux États-Unis, on sort de l’imaginaire, du fantasme qu’on a sur ce pays, on est dans la réalité et le blues en fait partie. Mon nouvel album a clairement une coloration blues et sur scène nous allons être dans une énergie rock. Cette fois, j’amène quatre chanteurs en tournée : Charlotte Savary, Mattic, Raashan Ahmad et la jeune Idil, mon coup de cœur. Et surtout, à côté de la flûtiste, j’aurais un batteur, un guitariste et mon violoncelliste jouera aussi de la guitare sur certains morceaux. C’est totalement nouveau pour moi d’avoir un batteur et des guitares sur scène. Nous sortons tout juste d’une semaine de répétitions et je peux vous dire que ça va sonner !».

Wax Tailor sera en tournée en France du 3 novembre au 10 décembre 2016, puis à partir du 10 mars 2017. Toutes les dates sont sur son site. Lors de sa dernière tournée aux États-Unis, l’artiste est parti à la rencontre des disquaires indépendants américains pour raconter leur vie, leur passion pour le vinyle. Le documentaire qu’il a réalisé, baptisé In Wax We Trust, sera bientôt en ligne sur sa chaîne YouTube.