JE RECHERCHE
Pitchfork 2016 : Des gens ont fait du Yoga devant Chet Faker

Pitchfork 2016 : Des gens ont fait du Yoga devant Chet Faker

Chet qui se fait désormais appeler Nick Murphy, on sait.

Ça n'aurait pas pu arriver l'an dernier puisqu'il y avait bien plus de monde. La Halle de la Villette était tout à fait respirable jeudi 27 octobre lors du premier soir de la 6ème édition du Pitchfork Music Festival Paris. On avait assez d'espace entre la fosse et la sortie pour improviser un stand de yoga. C'est ce qui s'est passé pendant le concert de fermeture. A 23h et quelques Chet Faker est à fond.

 Photos © Sarah Bastin

Photos © Sarah Bastin



Chet préfère depuis peu qu'on l'appelle par son vrai nom, Nick Murphy, mais il chante encore du Chet Faker. On repassera pour la remise en question identitaire, pour l'instant le type est en confiance. Il s'est fait installer une sacrée scène. Ils sont 4 derrière lui et Chet-Nick y va sans détour. Guitare, piano, micro : l'Australien énerve avec sa voix parfaite, façon Coldplay propret. Le son est devenu nickel après les percus trop smooth de Mount Kimbie et Floating Points. On voit que Nick Murphy est un pro.

27102016-_mg_6040

Photos © Sarah Bastin



"What a voice !" Et ses acolytes qui jouent ses prods trop actuelles avec un groove d'antant... Cool, mais bon. C'est quand même très semblable à ce qu'il nous a servi toutes ces dernières années, tellement qu'on a l'impression de voir un interprète lambda faire un beau boulot d'animation. Ça touche quand même les fans du premier rang. Plus loin, un mec en veste en jean tendance - du genre de celles qui sont rembourrées en laine très blanche - se frappe le cœur deux fois et embrasse son doigt alors qu'un énième titre se lance. Il est fan, il connaît les paroles et ne se doute pas une seconde de se qui se passe derrière lui. Derrière lui c'est Yoga time.

27102016-_mg_4363

Photos © Sarah Bastin



Cette nana brune en combinaison tente de foutre ses genoux sur ses coudes tandis qu'elle a les mains plaquées au sol. Un mec veut lui montrer une position plus simple. Elle s'en cogne. Autour d'eux ça danse et ça se marre. La foule hilare est déconnectée, comme pour fêter un jeudi réussi.

 Photos © Sarah Bastin

Photos © Sarah Bastin



Il y a plusieurs façons de vivre son Pitchfork Paris 2016. Le food truck végétarien, l'étage boutiques au top de la hype, et le très prisé - sans se vanter - disquaire Greenroom où qui le voulait pouvait repartir avec un chouette vinyle gratuit. Étrangement, la moitié du public a quand même choisi de passer son festival devant les concerts. 17h30, Aldous RH puis Lucy Dacus ont ouvert les hostilités comme il le fallait. Peu de lumière et peu de monde : Aldous entame généreusement. Il aime ça, l'intimité.

27102016-_mg_3772

Photos © Sarah Bastin



Chapeau noir des grands soirs en place, il infuse des idées cools aux primaux-arrivants avant que Lucy ne lui donne la réplique depuis la plus grande scène qui se situe en face, à l'autre bout de la Grande Halle. Au milieu : le stand Cashless et merchandising laissent songeur. Derrière Lucy, le logo du Pitchfork Festival lui offre une prestance folle. Grâce à ça : rien à voir avec son concert de la veille lors de l'avant-garde Pitchfork.

27102016-_mg_4100

Photos © Sarah Bastin



Vous voulez vraiment savoir ? Et bien beaucoup moins. Moins de hipsters. Des wannabe à la limite, mais aussi des vieux, des jeunes et surtout des gens qui sourient et qui dansent. Pas tout à fait la population qu'on attribue habituellement au Pitchfork Festival en somme. Comme si cette sixième édition fomentait un petit quelque chose de différent. L'ambiance est sage mais pas tant mesquine. La foule tente d'apprivoiser l'acoustique complètement inégalée de la Halle de la Villette. Acoustique à double tranchants. Elle est froide et ça sert parfaitement à Parquet Courts. Mais ça plombe un peu Mount Kimbie. C'est bête : on attendait plus les seconds que les premiers.

27102016-_mg_5902

Mount Kimbie - Photos © Sarah Bastin



Les gaillards rockeux de Parquet Courts ont comme gommé les accents obscurs qui rendent — pour qui a du mal avec l'anti-pop — ce groupe plus intriguant que plaisant.



Au final : des vrais gars plein de classe. Mount Kimbie sert en revanche une copie d'intimité. Les mecs de Parquet Courts sont d'ailleurs allé voir Mount Kimbie, mais leur discussion avait l'air plus intéressante que le show. Ils sont aussi allé voir SUUNS, qui passaient après eux mais avant Mount Kimbie.

27102016-_mg_5080

Photos © Sarah Bastin



C'est ce qui est si cool et si particulier ici. Le festival est clos, la Halle de la Villette est à la fois si grande et si délimitée. L'opposé de Solidays, de We Love Green ou d'autres festoches. SUUNS sont passés en France cet été. A Saint Malo, leur show était "Boring», comme on dit au Pitchfork Festival (on trouve ici pas mal d'étrangers mais aussi des parisiens fortiches en franglais). Anyway, voir un groupe en extérieur ou à la Villette ça n'a rien à voir. Ce soir SUUNS a vendu du rêve. Le set était suffisamment court pour qu'on ait droit à un enchaînement rapproché de "tubes" bien à eux. Encore faut-il rappeler que les tubes de SUUNS sont conçus comme des tire-bouchons qu'on vous plante dans l'oreille pour que votre bienséance ne décante avant d’être aspirée. Au moins un show où l'on a été touché sur la longueur, la faute à la voix de caverne du chanteur canadien adorateur du chaos Bem Shemie.

27102016-_mg_4861

Photos © Sarah Bastin



C'est marrant parce que pendant les lives, des gens qui avaient pourtant payé leur place ont préféré se pavaner loin des scènes, plantés autour les platines du disquaire Greenroom. Ils ont pu choper les vinyles de Music Sounds Better with You de Stardust ou The Chronic de Dr Dre et kiffaient l'instant avec un casque vissé aux oreilles juste ensuite. En face, côté Est de la salle, on pouvait s'offrir cirés de pluie, robes plissées, ou Pin's David Bowie pendant les shows, mais pas de bouchons d'oreille. Un Vrai magasin hype mais avec une bande son plus stylée qu'à l'accoutumée. C'est à ce moment-là qu'on se rappelle de l'intérêt des lives.

DJ Shadow était aussi de la party  Photos © Sarah Bastin

DJ Shadow était aussi de la party et il a envoyé du lourd - Photos © Sarah Bastin



Si tu te la fermes et que tu regardes de près : tu es transporté. Si tu restes en retrait à parler : autant te casser. C'est qu'on est surchargé en productions, vagues électro, groupes, DJ, producteurs et tout : le fait est que ce qu'il nous faut, ce sont désormais des lives monstres, des trucs qui transpirent, avec de la surprise, des tire-bouchons dans les oreilles, etc. On voit bien que la foule est blasée. Il va falloir passer au stade supérieur ou tout oublier. Donnez-nous des shows bien compressés où, comme SUUNS voire Parquet Courts, on a l'impression d'être remis à notre place, rien qu'un petit peu. A We Love Green, l'arrivée du soleil avait fini par nous rendre heureux devant Floating Points. Là ça n'opère pas de la même manière. Vivement les jours 2 et 3 du Pitchfork, lorsque la foule se sera laissée apprivoiser. On a clairement assisté à un démarrage plutôt zen de l'édition 2016, logiquement propice aux cours de Yoga, du coup.

27102016-_mg_5833

Photos © Sarah Bastin