Music par Francois Blanc 24.10.2016

5 raisons de ne surtout pas louper Mount Kimbie à Pitchfork

5 raisons de ne surtout pas louper Mount Kimbie à Pitchfork

Au milieu des très gros noms de la programmation, le retour des Anglais de Mount Kimbie, très discret ces deux dernières années, est une grande nouvelle. L’occasion de bachoter l’histoire du duo.

Jeudi 27 octobre, jour d’ouverture de cette édition 2016 du Pitchfork Music Festival Paris, les deux Anglais de Mount Kimbie ne seront pas les têtes d’affiche, loin derrière la légende abstract hip-hop DJ Shadow et le James Blake australien Nick Murphy (anciennement Chet Faker). Pourtant leur passage par la Grande Halle de la Villette sera scruté par tous les amateurs d’électronique, alors que le groupe est discographiquement muet depuis son deuxième album en 2013.

L’histoire de Mount Kimbie est classique, celle de deux étudiants, Kai Campos (originaire du Cornwall, le sud-ouest de l’Angleterre) et de Dominic Maker (de Brighton, dans le sud-est) qui se rencontrent sur les bancs de la fac à Londres et décident de faire de la musique en 2008. Deux inséparables, comme l’expliquait Dominic à Tsugi en 2013. « Quand la tournée s’arrête, on n’est pas du genre à sortir de l’avion en balançant à l’autre: “Allez, à la revoyure mec.” On ne se quitte presque jamais, on a le même groupe d’amis, on vit à dix minutes à pied l’un de l’autre. On fait du foot, on fouille des bacs à vinyle, on écoute de la musique, etc. » Une relation fusionnelle qui rend leur absence depuis 2013 d’autant plus étonnante. Le groupe a même cessé de tourner pendant deux ans pour se concentrer sur l’écriture, avant de refaire surface en reprenant les concerts à la sortie de l’hiver 2016 et de sortir en avril un inédit pour les clubs intitulé “Jupiter”. Pour se préparer au Pitchfork Paris et à son futur troisième album, on revient sur leurs débuts.

1- Ils sont les chefs de file du post-dubstep

Dans un monde de l’électronique pas toujours sûr de ses étiquettes, la scène anglaise a souvent vu naître des mouvances excitantes rassemblées sous des microgenres éphémères. Ainsi à la charnière des années 2000 et des années 10, tout le monde ne parlait que de « post-dubstep », un genre inspiré directement pas Mount Kimbie, dont on a encore du mal à définir les contours même s’il a servi à regrouper des groupes inspirés par le dubstep s’éloignant des pionniers du genre. On en a d’ailleurs abandonné le nom pour rassembler plus largement autour de l’expression « bass music ». On y trouve évidemment un penchant pour le dubstep brumeux de Burial, mais aussi des influences éclatées qui brassent la drum’n’bass, la house et ses cousins uk-garage ou 2-step, le R&B, etc. Mount Kimbie en représente la branche expérimentale, là où James Blake incarne une version plus soul et où Chase & Status joue la carte d’un maximalisme un brin putassier. Un genre très anglais, mais qui a influencé toute la planète, Chance The Rapper ayant par exemple largement samplé « Adriatic » de Mount Kimbie sur son duo avec Justin Bieber, « Juke Jam ».

2 – De Warp à Hotflush, les grands labels les convoitent

Début 2009, les deux inconnus de Mount Kimbie surgissent avec un tout premier EP, Maybes, sur le label influent Hotflush Recordings, fondé en 2003 par Paul Rose alias Scuba et maison totalement incontournable de la scène anglaise (Joy Orbison, Benga, Sepalcure, Jimmy Edgar…). Un premier EP encensé par les critiques, qui pose les bases de la musique de Mount Kimbie, qui emprunte volontiers à l’ambient et utilise des guitares qu’on pourrait croiser dans l’indie-rock. « Que le duo ait pu accoucher d’une première sortie aussi accomplie indique que l’on assiste à l’arrivée probable d’un groupe majeur », soulignait le site de référence residentadvisor.net. Le maxi suivant, Sketch On Glass, sortira aussi sur Hotflush, tout come le premier album du groupe Crooks & Lovers. Un vrai accomplissement où Dom et Kai élargissent la recette Mount Kimbie, alternent moments quasi-club et pistes plus atmosphériques tout en développant une poésie singulière. Après ce premier vrai succès remarqué, c’est pourtant Warp, le label électronique ultime, qui met la main sur le duo et a sorti depuis toutes ses productions.

3 – Ils sont BFF avec James Blake

Si Mount Kimbie a incarné la naissance du post-dubstep, James Blake l’a mis sur toutes les lèvres et ce n’est pas hasard, les trois garçons sont en effet amis depuis fort longtemps. Une histoire… d’amitié MySpace, comme on en trouvait beaucoup dans la deuxième moitié des années 2000. Dans son école de Goldsmiths, University of London, James Blake organisait avec quelque copains des soirées confidentielles consacrées à la scène dubstep alors balbutiante, appelées « Bass Society », où il a invité des futures pointures comme Skream et Benga… avant de proposer à Mount Kimbie de jouer en leur envoyant un message à cœur ouvert sur le réseau social oublié. Les trois s’attachent vite, explorent ensemble la nuit londonienne, écrivent de la musique à trois et Blake rejoint même la formation live de Mount Kimbie début 2010, avant que son premier album ne l’accapare l’année suivante. « Nos trajectoires étaient parallèles au début, se souvient Dominic pour Tsugi. Mais il s’est mis à faire une musique plus personnelle et intime, alors il a décollé, notre musique à nous est plus floue. »

4 – Ce sont des remixeurs de génie

C’est toujours pareil avec les « nouvelles sensations de la scène électronique » : un producteur se fait connaître avec quelques remixes, sort ensuite ses premières productions et si ça marche bien, on ne le verra plus jamais remixer qui que ce soit. Un exercice vu comme un moyen de se faire connaître plus qu’une forme d’expression artistique valable en elle-même. C’est un peu pareil avec Mount Kimbie. Pourtant la dizaine de remixes sortie majoritairement en 2010 par le duo est tellement différente de ce à quoi l’exercice ressemble habituellement qu’on continue à s’en régaler. À commencer par « Basic Space », du premier album des XX (dont Mount Kimbie a fait les premières parties), transformé en downtempo aquatique. Pareil pour l’incroyable revisite du grandiloquent « Spanish Sahara » de Foals, plongé dans une brume envoûtante. Plus récemment, en 2014, Dom et Kai s’étaient attaqués au grand retour de Kelis sur « Jerk Ribs » avec la même efficacité. Des relectures subtiles, tripées et étonnamment personnelles. Allez Mount Kimbie, et si on en refaisait une série ?

5 – Ils sont aussi des instincts plus pop

À écouter les premiers maxis très réussis, mais parfois un peu hermétiques du groupe pour les néophytes, on pourrait croire que Mount Kimbie ne représente qu’une frange expérimentale voire intellectuelle du fameux post-dubstep, ce serait oublier un second album qui les a vu élargir l’horizon et produire quelques-uns de leurs plus beaux morceaux en se rapprochant de formats pop. Kai Campos reconnaît d’ailleurs un paquet d’influence « indie-pop », de Tame Impala à Ariel Pink en passant par Micachu & The Shapes. Sur Cold Spring Fault Less Youth, il a d’ailleurs pris le micro sur quelques morceaux. Le groupe a aussi fait appel à King Krule sur deux titres et notamment sur « You Took Your Time », chef-d’œuvre absolu du groupe, où la gouaille caverneuse du rouquin fait des merveilles. En espérant que le troisième album réserve quelques invités bien choisis.