Music par Manon Chollot 24.10.2016

La grande famille cosmic-house norvégienne

La grande famille cosmic-house norvégienne

Todd Terje n’est pas le seul producteur norvégien à bousculer les lignes de la cosmic-house scandinave. Rencontre avec tous les autres !

Todd Terje, le pilier mainstream

Souvenez-vous : en 2014, il était impossible de faire un pas en discothèque  sans que le tube « Inspector Norse » d’un certain Todd Terje ne résonne au moins une fois au cours de la soirée et ne rende complètement dingue la foule.

On a précisément choisi le terme « discothèque » et non pas « club » puisqu’avec sa disco-funk pétillante et colorée, le Norvégien nous ramenait tout droit vers une autre décennie où les pantalons à pattes d’eph’ étaient encore le must en matière d’habillement. Bien que la majorité de la planète le découvre à ce moment-là, Terje n’est pas un jeune fraîchement débarqué puisqu’il opère depuis le milieu des années 2000 un énorme travail de remix et d’edit – on vous conseille celui-ci ou celui-là – triturant tout ce qui lui passe sous la main. Seulement voilà : ses quatre EPs sont passés un peu inaperçus malgré la richesse de sa nu-disco et ce n’est qu’en 2014 que les envies du producteur se concrétisent et gagnent en reconnaissance avec son premier album It’s Album Time. La presse s’emballe et s’extasie sur ses beats dansants, le public suit. Depuis, Terje a sorti un EP de reprises de classiques disco avec son groupe The Olsens et viendra enchanter quelques milliers de petits chanceux au Pitchfork Festival.

Prins Thomas et Lindstrøm, les inséparables 

Cela semble compliqué de dissocier ces deux producteurs venus du froid, tant leurs parcours n’ont eu de cesse de se croiser. Chez eux, l’électronique se mange à la sauce disco, space-disco pour être exact. Les deux scandinaves ont émergé à la même époque, au milieu des années 2000 (à l’instar de Todd Terje qui deviendra rapidement le protégé de Prins Thomas à ses débuts à Oslo) et ont rapidement décidé d’allier leurs forces sur un même projet space-disco (évidemment) sobrement intitulé Lindstrøm & Prins Thomas, influencé autant par le krautrock que par le rock progressif voire psychédélique. Tout en continuant leur carrière solo en parallèle, les deux amis ont réussi à donner une nouvelle impulsion à la scène norvégienne avec leurs morceaux sur lesquelles résonnent des basses gentiment seventies, des guitares hypnotisantes et des synthés.

Bjørn Torske, le pionnier

Dans la famille de la galaxie électronique norvégienne, je demande cette fois-ci le père aux cheveux blonds peroxydés. Originaire de Tromsø, Bjørn Torske est tombé dans la marmite de la house-disco dans les années 90 et a acquis depuis le statut de digne pionnier du genre. Pour l’anecdote, c’est en entendant son titre « Sexy Disco » que Todd Terje aurait eu, lui aussi, envie de toucher au disco. Après quatre albums au compteur, deux collaborations (l’une avec Johan Mjøs sous le nom Ismistik, l’autre avec Rune Lindbæk sur Open Skies), un alias (Krisp,pour ses délires plus technoïdes) et une tripotée d’EPs, Bjørn Torske continue sa route et vient de sortir Fuglekongen, un nouveau maxi aux sonorités industrielles, bien loin de ses premiers faits d’armes disco. Un tournant dans sa carrière ?

Dølle Jølle, le timide

Le cas de Dølle Jølle prouve là encore que tous les producteurs norvégiens sont copains comme cochons. En plus d’être devenu l’un des fers de lance de l’électronique nordique, le producteur n’est autre que le premier compagnon d’armes de Todd Terje. Tous deux originaires de Mjøndalen, les deux se sont rencontrés sur les bancs de l’école et, rapprochés par la même passion, ont commencé à créer à l’aide de vieux ordinateurs des morceaux house et jungle qu’ils passaient lors des boums du lycée. Depuis, Todd Terje a rencontré le succès qu’on lui connaît et Dølle Jølle, dans une moindre mesure, a également pris son envol avec un alléchant premier single sorti sur Permanent Vacation – qui bénéficie, bien évidemment, d’un remix de son copain de toujours. On attend la suite maintenant !

Magnus International et Mungolian Jet Set, la relève

Avant de devenir le duo expérimental qu’il est aujourd’hui, Mungolian Jet Set – formé en 2006 par le DJ Pål « Strangefruit » Nyhus et le producteur Knut Sævik – aspirait à des paysages bien plus jazzy. Commissionné par le patron du label Jazzland Bugge Wesseltoft, le tandem est alors chargé de réaliser un projet inspiré par la période « électrique » de Miles Davis qui deviendra par la suite l’album Beauty Came to Us in Stone. Dix ans plus tard, Mungolian Jet Set sort A City So Convenient, un EP fouilli dans lequel la production se fait plus disco, rejoignant sur le front ses ancêtres que sont Lindstrøm  et Prins Thomas. C’est ce même Prins Thomas qui se chargera de signer sur son label Full Pupp le Norvégien Magnus International, sortant son premier album, l’hybride et non moins excellent Echo To Echo, cette année. Comme pour ses comparses, les inspirations de Magnus International sont diverses et combinent des bases disco à des arrangements dance sur un album qui n’annonce que du bon pour la suite.

Andre Bratten, le marginal

De tous les artistes cités, Andre Bratten est assurément le plus à part. Fraîchement débarqué dans le monde de la musique qui fait danser, le Norvégien s’est fait connaître en 2013 avec l’excellent Be A Man You Ant qui lui permettait de balancer un énorme pavé techno dans la mare nu-disco norvégienne. Trois ans après, ses choix s’affinent encore sur l’album Gode. Multi-instrumentiste – il joue une quinzaine d’instruments – c’est avec doigté et qualité qu’il réussissait à convoquer ces nouveaux pianistes d’ambiance que sont Nils Frahm et consorts mais également toute la mouvance électronica – Boards Of Canada en tête – pour un disque atmosphérique et mélancolique, pas si éloigné de l’ambient.