Music par Greenroom 02.10.2016

Jacques : « Jul a l’une des plus belles démarches en ce moment »

 Jacques aime Jul et il l’a fait savoir lors de la première cérémonie du prix des indés.

Il ne s’agissait pas que d’une histoire de cheveux, de coiffure, ou d’«une incroyable complémentarité capillaire». La rencontre mardi 11 octobre au soir sur la scène de la Cigale à Paris entre Jacques et JUL a fait parler d’elle. C’était lors de la première cérémonie du Prix des indés. Le rappeur JUL − qui cartonne comme peu savent encore le faire − recevait le prix du titre le plus « streamé »en 2016 ( « Mon Bijou », 32 millions d’écoutes) des mains de Jacques, coqueluche électro désinvolte on ne peut plus « indé ».

Deux personnages qui ne nagent a priori pas dans les mêmes eaux, dont la rencontre fut perçue comme « un moment incroyable », un « duo improbable » un « Choc des cultures » : sous-entendu entre le rap mainstream, en partie provincial, et l’electro « cool » et « pointu », plutôt parisianiste. Mais ladite rencontre n’était pas artificielle, et c’est même pour cela qu’elle peut être qualifiée de « Cool moment ». C’est Jacques lui-même qui a insisté pour remettre son prix à JuL. « Tu le mérites, mec » a-t-il lâché devant une foule circonspecte. Peu auraient parié sur la grande estime de Jacques pour JUL, et c’est bien pour prouver qu’il n’y avait pas une once de provoque là-dedans qu’il fallait causer de tout ça avec l’agité révélé au monde par  « Tout est Magnifique ».

GR : Tu es allé demander aux organisateurs si tu pouvais remettre son prix à JUL au tout dernier moment. Comme si tu n’en revenais pas qu’il soit là…  

Jacques : Moi quand on m’a dit qu’il allait venir, je n’y ai pas cru. En arrivant je me suis baladé dans les étages et je ne l’ai pas vu . Finalement il était dans une loge rien qu’à lui en sous-sol. Il a un million de followers, c’est la catégorie Booba, et il se ramène quand même de Marseille. Il est humble, je respecte grave ce mec. Si Jul était là, ce n’est pas parce qu’on voulait que Jul soit là. Je ne pense pas qu’il rentre dans la ligne éditoriale voulue par les gens qui ont organisé cette soirée. Jul ne pouvait simplement pas ne pas être là. Ça aurait rendu la cérémonie beaucoup trop discutable. Ne pas le sélectionner, ça aurait été comme ignorer toute une partie de la population (en 2016 Jul s’est habitué aux sommets de ventes et des écoutes en France grâce à ses deux derniers albums distribués via son propre label, D’or et de platine, en plus de ses albums gratuits. ndlr). Cela aurait aussi donné aux détracteurs la possibilité de dire : « Les mecs ! Vous êtes dans votre bulle complet ! ». Lui pour le coup il flotte au-dessus, en-dessous et même à travers de tout ce qui se passait ce soir. « les indés » comme on a tendance à l’entendre, ce n’est rien à côté de ce que lui il fait. Lui il passe sur les grosses radios, tout ça.

Donc tu es un vrai fan ! 

Jul, il est hyper talentueux, hyper productif, saint, il donne un message positif. Sur scène ce n’était pas un playback, c’était un auto-tune, la mélodie est écrite mais il prononce les mots. Moi je ne m’attache pas trop à la forme. Plus au contexte et à la démarche, et je trouve qu’il a l’une des plus belles démarches en ce moment. Sa carrière en elle-même est une performance. Ce n’est pas le cas de plein de groupes.

En quoi sa démarche est si chouette ? 

Il arrive et il dit « je vais faire 6 albums cette année », « trois vont être gratuits et je vais sortir les chansons sur mon Facebook, moi-même, avec mon label, une par jour». C’est un autre délire. Il fait ses sons dans une cabane à l’arrache, il est sur Fruity Loop. Il est hyper déter (sic). Il pond deux tracks par jours et sur les deux y’en a une qui est stylée. Je ne suis pas du tout sur la considération de la musique bonne ou mauvaise. Je vois juste de la musique qui plaît et de la musique qui ne plaît pas. De la musique qui me plaît et qui ne me plaît pas. En l’occurence Jul ça me plaît et ça plaît. Je suis trop content de le checker« .

Est-ce que JUL connaît Jacques ? 

Je pense qu’il me connaissait pas, mais il va peut-être me checker.

Tu as été qualifié de « coup de coeur » par l’organisation du Prix des indés, mais tu n’a reçu aucun prix ni aucune nomination…

Si j’avais fait un album j’aurai sans doutes été nommé. J’ai seulement été commandité comme jingle vivant de la cérémonie. Une expérience en soi assez pauvre en émotion, mais dans l’acte global de ce que ça représente, c’était assez riche en symbolique et en retombée. En fait je ne sais pas si je suis dans un petit placard, rangé dans un coin, ou si je flotte au-dessus, c’est toute l’ambiguïté. On réfléchissait avec mon pote et manageur Etienne en se demandant si ce n’était pas plus honnête de ne pas participer à ce genre de chose sans accepter aucun prix. Par exemple, Le Canard Enchainé, journal tout à fait respectable que je ne lis jamais refuse tous les prix. Ça correspond bien avec la position « indé». Ce soir c’est une expérience paradoxale.

C’est quand même une bonne chose d’essayer de valoriser les créations dites indépendantes avec des cérémonies comme celles de ce soir…

Moi j’ai du mal avec tout ce qui est généralisation aussi grossière. Lorsqu’on parle des indés, on crée une opposition. En l’occurence aux « pas indés », comme on le fait avec les hipsters, les bobos, les cons. Dans quelle fourchette on est indé ? Où ça commence ? Où ça s’arrête ? La tranche représentée ce soir est subjective mais elle est inscrite dans une ambiance, une imagerie, une façon d’en parler qui se veut objective. Il y a une incohérence. Sauf que c’est organisé par des gens qui agissent, et je trouve que les gens qui agissent ont raison.

Propos recueillis par Gaspard Labadens et Antony Milanesi