Music par Olivier Pernot 13.10.2016

Michel Gondry, l’as du clip

Michel Gondry, l’as du clip

Grande nouvelle : le génial réalisateur français signe de nouveau des vidéos musicales. Après quelques années de pause, il est repassé derrière la caméra pour Metronomy (« Love Letters ») et The Chemical Brothers (« Go »). Alors qu’il vient de travailler pour The White Stripes (« City Lights »), retour sur l’incroyable parcours de ce réalisateur dont les images ont ébloui nos rétines et l’univers a marqué notre imaginaire.

The White Stripes – « City Lights » (2016)

En 2002, pour leur nouvelle vidéo, The White Stripes veulent travailler avec le réalisateur qui a fait le clip du single « Devils Haircut » de Beck. Mais, la maison de disques se trompe de réalisateur et aiguille le duo sur Michel Gondry (qui a fait celle de « Deadweight » du même Beck). Jack White adore aussi ce clip et la collaboration entre les Américains et le Français se concrétise autour du morceau « Fell In A Love With A Girl ». Cette rencontre par accident donne un clip fabuleux, fabriqué tout en Lego, qui remporte plusieurs MTV Music Video Awards, dont celui de la vidéo la plus créative. Il est élu également clip de la décennie par le site Pitchfork. Michel Gondry retravaillera trois fois pour The Whites Stripes, sur les vidéos des morceaux « Dead Leaves And The Dirty Ground », « The Hardest Button To Button » et « The Denial Twist ». Le réalisateur révèle encore toute son ingéniosité sur « City Lights », un titre acoustique inédit de la période « Get Behind Me Satan », et aussi sa générosité : il a fabriqué ce clip dans son coin et l’a offert à ses amis des White Stripes !

Oui Oui – « Les Cailloux » (1989)

L’histoire de Michel Gondry commence par la musique. Il est batteur dans le groupe pop français Oui Oui. Cette formation se crée en 1983 autour de Gondry et du chanteur/guitariste Etienne Charry : les deux se sont rencontrés au lycée et on fait une école d’arts appliqués ensemble. L’image a une grande importance dans Oui Oui. Le groupe soigne ses pochettes, mais aussi ses vidéos. Dès l’adolescence, Michel Gondry expérimentait avec une caméra 16mm achetée aux Puces. Naturellement, il s’occupe des clips du groupe dans lesquels il expérimente encore : il s’essaie notamment aux images animées dans « Les Cailloux » ou à différents procédés dans « La Ville ».

Björk – « Human Behaviour » (1993)

Après avoir vu le clip « La Ville » de Oui Oui, Björk enrôle le Français pour réaliser la vidéo du premier single de son premier album, Debut. Pour l’instant, Michel Gondry a surtout travaillé avec des chanteurs ou des groupes français comme Etienne Daho, Les Wampas ou Laurent Voulzy. Björk est la première artiste internationale à lui faire entièrement confiance. Avec l’ancienne chanteuse des Sugarcubes, le réalisateur peut exposer ses trouvailles visuelles et exprimer toute son créativité. Les univers des deux artistes, enfantin et onirique, fait de débrouilles lo-tech et d’avant-garde hi-tech, se marient à merveille. L’entente est parfaite et Michel Gondry devient un collaborateur très régulier de l’Islandaise : il va réaliser huit clips pour Björk.

Massive Attack – « Protection » (1995)

Michel Gondry se souvient d’une rencontre assez froide et distante à Bristol avec Massive Attack. Il présente alors au groupe une maquette du décor en Lego, avec une grue, une caméra et des acteurs en Playmobil. Mais le trio aime l’idée proposée par le Français et le clip est tourné autour d’un procédé de réalisation original : la caméra traverse les murs d’un immeuble et passe ensuite d’appartement en appartement par les fenêtres de la façade, découvrant ses habitants. Parmi eux, les membres de Massive Attack ou la chanteuse invitée sur ce titre, Tracey Thorn du groupe Everything But The Girl.

Daft Punk – « Around The World » (1997)

Guy-Manuel de Homem-Cristo, l’un des deux Daft Punk, lance l’idée d’une chorégraphie pour illustrer visuellement le morceau « Around The World ». Michel Gondry travaille alors avec la chorégraphe Blanca Li, une troupe de danseurs, certains venus du hip-hop, et la styliste Florence Fontaine qui fabrique notamment des costumes de robots avec des casques et des antennes. Les multiples chorégraphies des groupes de danseurs sont calées sur les différentes parties instrumentales du morceau. Cela donne au clip un impact visuel fort : l’œil suit les mouvements tandis que l’oreille est accrochée par les strates musicales. En voyant la vidéo pour la première fois, Guy-Man, enthousiaste, déclara : « Ce clip restera dans l’histoire ! »

Cette seconde vidéo permet de découvrir les coulisses de la conception du clip :

Stardust – « Music Sounds Better With You » (1998)

L’année suivante, Michel Gondry retravaille avec Thomas Bangalter, l’autre Daft Punk. Ce dernier a monté le projet Stardust avec Alan Braxe et le chanteur Benjamin Diamond. Ensemble, les trois musiciens signent un unique morceau, « Music Sounds Better With You », qui va devenir l’hymne de la vague house french touch. Pour le clip, Michel Gondry adopte une narration classique, avec l’histoire d’un jeune garçon américain qui construit un planeur, et des images sobres et patinées. Mais la fin de la vidéo, qui mêle réalité et fiction, est du pur Gondry.

Radiohead – « Knives Out » (2001)

Michel Gondry a travaillé avec des monstres sacrés du rock d’hier (The Rolling Stones, Paul McCartney) et d’aujourd’hui (The White Stripes, Lenny Kravitz, Black Crowes, Foo Fighters). Pour Radiohead, et ce « Knives Out » extrait de l’album Amnesiac, le réalisateur reprend plusieurs de ses codes habituels : un univers clos (un appartement), une caméra proche des personnes, des jeux en lien avec l’enfance (un train électrique, un Docteur Maboul), des écrans télé. Il y a même Thom Yorke qui esquisse un sourire ! Et toujours une séquence qui fait basculer la réalité dans le rêve : ce squelette, avec un cœur à la place de la tête, qui joue de la guitare en se dandinant et Thom Yorke transformé en petite souris.

The Chemical Brothers – « Star Guitar » (2001)

La même année, le symbole du train est encore présent dans ce clip pour le duo électro The Chemical Brothers. Il est même l’axe central et presque unique de cette vidéo. Michel Gondry a filmé un trajet Marseille/Paris en TGV, avec une caméra fixe qui « regarde » par une fenêtre. Puis, il joue avec tout ce qu’il a capté : la signalisation, les poteaux, les bâtiments et différents éléments architecturaux. Il les isole et les assemble comme une partition, reconstruisant une chorégraphie visuelle fascinante qui colle parfaitement avec les multiples rythmes et soubresauts de la musique des Anglais. La relation artistique de Gondry avec The Chemical Brothers se fera sur trois clips, dont le dernier, « Go », est là encore une histoire de chorégraphie. Michel Gondry est un passionné de musique, particulièrement, et de musique électronique. Il n’est pas inintéressant de rappeler que son grand-père, Constant Martin, a été l’inventeur du Clavioline, un des premiers synthétiseurs.

Kanye West – « Heard ‘Em Say » (2005)

Michel Gondry a peu travaillé pour des artistes hip-hop, probablement plus fasciné par les esthétiques rock et électronique. Mais un de ses clips pour un groupe hip-hop a été un sommet de son parcours : « Je danse le Mia » d’IAM, avec une succession de travellings, des costumes et des décors old-school. Le réalisateur français a aussi travaillé pour Kanye West, avec une vidéo tournée dans le grand magasin new-yorkais Macy’s. Mais le clip qu’il a signé est plutôt rare : il a été refusé par MTV et il est aujourd’hui indisponible sur YouTube. Un clip alternatif a été réalisé par le spécialiste de l’animation Bill Plympton. Celui-là a reçu un accueil beaucoup plus chaleureux et affiche 17 millions de vues sur YouTube.

Metronomy – « Love Letters » (2014)

Très pris par le cinéma et ses longs-métrages, Michel Gondry a réalisé peu de clips depuis une décennie. Il a même fait une pause depuis 2011, puis est revenu avec cette très jolie vidéo pour Metronomy. Le groupe britannique y évolue dans une succession de décors dessinés qui changent avec les mouvements de la caméra. Cette astuce de réalisation est encore une signature de Gondry, qui déclarait pour commenter ce retour au clip : « Cela fait toujours du bien de tourner des choses plus courtes. Il y a un champ d’expérimentation beaucoup plus large. Et je ne veux pas renier l’univers d’où je viens. »