Music par Manon Chollot 14.10.2016

Mandar : nouvelles stars de la house underground

Mandar : nouvelles stars de la house underground

Paris-Amsterdam-Copenhague : a House Alliance.  

Mandar. Vous avez sûrement entendu ce nom dans des conversations de clubbers avertis ou mieux encore, vous avez peut-être déjà eu la chance de danser sur leur house décomplexée. À l’origine du projet, trois producteurs : Lazare Hoche, Malin Génie et S.A.M.

Leur succès grandissant, on a cherché à en savoir un peu plus sur les trois zigotos. Seulement voilà, il faut croire qu’ils ont choisi les noms les moins googlables du game – non pas à la manière de !!! (Chk Chk Chk) qui ne renvoie à rien, mais plutôt l’inverse. SAM nous rappelle celui qui doit conduire, on apprendra que Lazare Hoche, en plus d’être un bon DJ, a remporté pas mal de batailles avec ses armées pendant la Révolution française, tandis que Malin Génie semble être un sujet toujours aussi apprécié du bac de français.

Du coup, faute d’informations concrètes – non pas que l’on n’aime pas l’Histoire et la Littérature – on a décidé d’aller parler avec les trois producteurs pour qu’ils nous expliquent un peu ce qui se cache derrière Mandar. « J’ai rencontré Malin Génie en 2012 et Sam environ six mois après » nous explique Charles Naffa, alias Lazare Hoche. À l’époque, ce dernier contacte Malin Génie afin de l’aider à sortir certains de ses morceaux. Les deux décident alors de travailler ensemble, sortent un EP – I Don’t Sync So - et un ami leur fait découvrir les œuvres de Samuel André Madsen, S.A.M pour les intimes. Le producteur se trouve alors à Paris ; il les aide à boucler un morceau qui deviendra « Fouad », première production estampillée Mandar, nouvelle formation sur le marché de l’électronique.

« Si on ne faisait pas de musique, on serait très probablement en train de lire la Bible »

À propos de ce nom justement – si vous vous posiez la question – l’anecdote est toute bête : « Les premières productions de Mandar ont été faites dans un petit studio qui se trouvait rue Mandar, à côté de l’Église St Eustache aux Halles. Enfin… mon studio qui était également mon appartement à l’époque. J’avais la tête dans le matériel pour dormir (rires). C’est d’ailleurs aussi pour cela que l’on a appelé un de nos premiers morceaux ‘St Eustache’. Pour cela et aussi parce que nous sommes tous les trois très chrétiens et que nous voulions montrer notre attachement à la religion » plaisante Lazare. « D’ailleurs, si on ne faisait pas de musique, on serait très probablement en train de lire la Bible ou d’ouvrir un monastère » continue Nick Gutmann aka Malin Génie, hilare.

Mandar

Mais passées les plaisanteries, on comprend vite que ce qui lie les trois garçons relève plutôt d’une amitié profonde ; un vrai coup de foudre amical. « Quand nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes rendus compte que nous étions un peu le même genre de mecs. Nous avions plein d’intérêts en commun mais pas seulement la musique. Ce n’est pas comme lorsque tu parles avec des mecs de ton âge de musique et que lorsque tu as fini de parler de ça, il n’y a plus rien; ce n’est pas seulement mes amis de musique, c’est une vraie amitié profonde », nous dira Charles à ce propos.

Pourtant, les trois amis auraient pu ne jamais se rencontrer puisqu’ils viennent tous trois de villes différentes. Copenhague pour S.A.M, Amsterdam pour Malin Génie et enfin Paris pour notre Lazare Hoche national. Heureusement pour nos oreilles, la distance n’est pas un problème pour eux et ils s’envoient des idées à des kilomètres les uns des autres. Merci Internet. « Et puis de temps à autre, nous nous voyons pour commencer ou terminer un morceau. C’est très agréable d’être en studio avec eux. Lorsque l’on travaille à plusieurs, il faut apprendre à se mettre en retrait et laisser les autres proposer leurs idées. Mais il faut aussi savoir faire entendre les siennes, c’est l’essence même de toute collaboration. Après, cela dépend des personnes que tu as en face: avec certaines, ça va fonctionner facilement, avec d’autres moins » explique Charles.

Du coup, lorsqu’on les titille pour savoir laquelle de ces villes a la meilleure scène électronique, les réponses fusent dans tous les sens, et les petites piques aussi. « Chaque pays a une bonne scène mais je pense que le Danemark est un peu au-dessus », nous dit Sam. Et Nick de rétorquer : « Cela dépend du style que tu cherches. C’est le golden age du drone au Danemark en ce moment, l’âge d’or de la musique dépressive, quoi! » (rires)

OSC10

De cette collaboration fructueuse et rigolarde, quatre EPs sont déjà sortis ; deux sur Lazare Hoche Records – label codirigé par Charles et Nick – et deux sur Oscillat Music, la structure qu’ils ont monté à trois. « Nous avons créé Oscillat pour sortir nos propres productions. Mais à côté de cela, nous y avons déjà signé d’autres producteurs. Nous avons sorti un EP de Ferro, un de mes amis qui vient aussi d’Amsterdam et le disque d’un talent danois, Kasper Marott, qui a été à la Red Bull Music Academy » explique Nick.

Mais ce mois de septembre fut surtout le théâtre de la sortie d’un album, OSC10 leur tout premier, enregistré entre Paris, Copenhague et Amsterdam et lentement peaufiné jusqu’à devenir ce qu’il est : un recueil multigenres de douze pépites house tantôt solaires, parfois plus sombres, souvent dansantes, mais pas que… « C’est bien de prendre son temps avec un album et d’être sûrs que tout est parfait avant de le sortir. Cet album met en avant une large variété de musique que nous aimons produire. Nous voulions qu’il contienne des perles de genres complètement différents » commentent Sam et Nick. Et Charles de continuer, poétiquement : « C’est une capture du moment ». « C’est plutôt une capture d’un moment passé car nous sommes déjà en train de travailler sur de nouvelles choses », finit Sam.

Bien que Mandar leur prenne désormais la majeure partie de leur temps, chacun continue sa vie de producteur en solitaire à côté. S.A.M s’apprête ainsi à sortir dans deux mois un album, son premier également, preuve de la productivité de ces petits mecs. « Durant ces deux années passées à travailler avec Mandar, j’ai continué à bosser sur des projets perso; des titres que je voulais garder pour moi parce qu’ils ne collaient pas avec le ‘son’ Mandar; des productions plus calmes, plus ambient. »  Et Charles de conclure : « Quant aux prochains morceaux de Mandar qui arrivent, ça va être pop, soyez prêts les amis! Nous sommes en train de travailler sur des featurings avec Shakira. » On demande à voir !