Music par Manon Chollot 04.11.2016

La nouvelle vague disco française

La nouvelle vague disco française

A new generation, a new disco.

Lorsque l’on met côte à côte les mots “disco” et “français”, l’imagination fait un bon très loin en arrière: Gloria Gaynor en costume à paillettes, John Travolta dansant en pantalon à pattes d’eph’ sur « Staying Alive » des Bee Gees, Claude François, Patrick Juvet et Sheila dans les décors surannés de chez Maritie et Gilbert Carpentier… Dans les années 70 le disco est partout et la France n’y échappe pas. Pourtant dès 1979, le genre disparaît en quelques semaines des charts. En cause :  un renouvellement des formules de certaines radios mais surtout une saturation de l’offre sur le marché à une époque où de nouveaux musiciens chamboulent les codes, Michael Jackson en tête.

Trente ans après et malgré quelques revivals ayant plus ou moins aboutis (on pense à « Hung Up » de Madonna qui samplait sans pression « Gimme! Gimme! (A Man After Midnignt) » d’ABBA par exemple ou encore aux Scissor Sisters), le disco est en train de revenir tout doucement sur les dancefloors français. À la tête de cette nouvelle génération de producteurs: Bon Voyage Organisation et L’Impératrice qui prouvent à eux seuls que chanter en français sur des morceaux groovy et funky à souhait n’est pas forcément ringard. La nouvelle révolution disco est en marche.

Tour operator

Bon Voyage Organisation est le premier à s’être engagé dans la brèche de cette nouvelle vague disco française. Aussi mutant que sa musique, le groupe n’a eu de cesse d’évoluer. A l’origine officiant sous le nom Les Aéroplanes et signé sur le label de Detroit Mathematics Recordings, le groupe d’Adrien Durand est par la suite rejoint par un batteur, se rebaptise Bon Voyage (tout court) et migre à Londres. Fort de cette nouvelle identité, le groupe sort deux formats courts de nu-disco sur le label Stendec. Leur acoquinement avec le genre commence là. Mais non content d’avoir déjà acquis ses lettres de noblesse du dancefloor (un de leur titres est même apparu sur la compilation Nothing Matters When We’re Dancing, best-of des soirées Cocktail d’Amore du Berghain  - si ça, ce n’est pas une reconnaissance de bon goût!), le groupe change encore de nom, devient Bon Voyage Organisation et accueille un nouveau claviériste, un guitariste, un flutiste et une chanteuse à l’été 2015 jusqu’à atteindre sa formation actuelle.

Sort alors 星夜 Xīngyè, sur le label de La Femme, Disque Pointu. Les deux groupes ne sont d’ailleurs pas des inconnus puisque l’un a assuré la première partie de l’autre à Londres et que nombreuses sont les scènes qu’ils ont partagées. L’EP Xīngyè permet à la petite formation d’exprimer sa propre vision du disco, résolument modernisé. Sa musique nous convie dans des contrées orientales reculées, dans un autre espace-temps; celui où l’on savait encore s’amuser follement en discothèque. Sur ce premier format court, le chant se faisait en anglais, mais le groupe a pris le parti de désormais chanter en français sur son dernier EP en date, Géographie, sorti chez Columbia. Et alors que des pistes dansantes en côtoyaient d’autres, plus atmosphériques, sur Xīngyè, les références disco sont désormais encore plus assumées. C’est simple, par moment, on a l’impression d’écouter Michel Berger ou Starmania, et que c’est agréable!

Loin d’avoir peur de se voir accoler l’étiquette « populaire » ou même « variété », Bon Voyage Organisation persiste et signe: les lignes de basse sont délicieusement groovy, un saxophone cheesy côtoie des claviers plutôt cosmiques. C’est psychédélique, sensuellement funky et carrément rétrofuturiste, dans la lignée d’un autre groupe qui casse actuellement les codes et se bat pour remettre le disco au goût du jour: L’Impératrice.

L’Impératrice du nu-disco

Derrière ce nom altier riche en promesses délicates se cachent pas moins de six personnes: Hagni au synthé, David à la basse, Tom à la batterie, Martin à la guitare et Flore au micro. Et pour diriger toute cette petite troupe: un certain Charles de Boisseguin, ancien journaliste musical, à la composition. Présent sur le devant de la scène parisienne depuis deux ans déjà, L’Impératrice a rapidement conquis son monde, remettant elle aussi au goût du jour le disco. « Mes premiers émois, ce n’est pas le rock’n’roll, mais le disco et la musique de film. J’en suis profondément imprégné et c’est ce qui ressort naturellement quand je suis devant un synthé », expliquait Charles l’année dernière. Les ingrédients sont simples et connus de tous: ligne de basse dansante, guitares funky, synthés mélodieux, ambiance sensuelle mais légère.

Les membres du groupe ont expliqué avoir tous grandi avec de la french touch dans les oreilles et d’autres artistes comme Giorgio Moroder. Pourtant, leurs héros s’appellent François de Roubaix, Michel Legrand, Ennio Morricone ou encore Vladimir Cosma, quatre compositeurs à qui l’on doit certaines des plus belles musiques de film du siècle passé. On comprend donc mieux leur amour pour les longues plages électroniques et répétitives, et leur préférence pour l’instrumental. « On essaie de faire une musique intemporelle, qui fait référence à ce qui se faisait dans les années 70 à une sauce un peu plus moderne. Et on se démarque tout simplement parce que notre musique est instrumentale – la majorité du groupe sort du conservatoire. On essaie de proposer aux gens une alternative à cette nouvelle vague de French Pop en leur permettant de se concentrer sur une mélodie de synthé plutôt que sur une voix » déclarait le leader à SayWho en 2014.

Leur EP Sonate Pacifique convoquait ainsi des mélodies futuristes et synthétiques. Mais musique introspective est loin de signifier musique chiante. Il suffit d’écouter les quatre EPs de l’Impératrice pour se rendre compte de la richesse de leur répertoire et de leurs références. Son style métissé mêle disco, funk et hip-hop; mélancolie et joie; sensibilité profonde et kitsch certain. Pour ce faire, un point principal: l’utilisation de vieux synthés poussiéreux qui sonnent comme d’antan. « On utilise plein de trucs, des vieux pianos électriques comme le Rhodes, des Moog, des Juno, des vieux séquenceurs, le Dave Smith Prophet, un SH 101, des boîtes à rythmes comme la Roland TR 707, essentiellement des synthés analogiques qui n’ont pas d’égal. La chaleur analogique pour moi prend tout son sens dans la musique qu’on fait. J’aime le côté très marqué de tous ces synthés. C’est quand même le premier parti pris de notre musique. C’est une révérence à beaucoup de belles choses qui ont pu se faire avant dans les années 70, 80 et même 90. On a compilé toutes ces influences pour créer ce qui est devenu l’Impératrice. »

Comble de leur amour pour le disco et véritable reconnaissance, L’Impératrice a, cette année, remixé « Je Suis Music » de Cerrone – et ce dernier a, semble-t-il, apprécié le geste. La musique groovy de L’Impératrice aux confins du funk et du disco semble donc avoir de (très) beaux jours devant elle.

Ce soir, c’est soirée disco

Le label New’s Lighters a su prendre au vol ce revival groovy et deux compilations vantant les qualités de ces nouveaux groupes sont déjà sorties consécutivement l’année dernière: We Re-Created Disco et A New Generation A New Disco. On retrouve dans ses rangs L’Impératrice, évidemment, mais également les Angevins de ; tous apportant leur pierre à l’édifice. Alors, comme dirait Boris, sortez les p’tits pantalons à pattes d’eph’ rouges, les pompes blanches car ce soir c’est soirée disco!

Crédit photo : © Rémy Golinelli – Videographer