Music par Manon Chollot 14.10.2016

10 disques de Tresor Records indispensables

10 disques de Tresor Records indispensables

Il y a quelques mois, nous vous racontions la folle histoire du Tresor, club berlinois culte qui fête cette année ses 25 ans d’existence. L’occasion était trop belle et l’on s’est donc également replongé dans les sorties du label associé, Tresor Records, lancé en 1991 par le fondateur du club Dimitri Hegemann. On vous a sélectionné dix disques des années 90, l’âge d’or du label pour beaucoup. Les disques les plus emblématiques, sans qui la techno de Detroit la plus underground aurait eu beaucoup de mal à se faire connaître en Europe.

X-101

Sonic Destroyer (1991)

Sonic Destroyer de X-101 est la toute première sortie de Tresor Records. Derrière ce nom bien mystérieux se cachent les membres fondateurs d’Underground Resistance Jeff Mills, Mike Banks ainsi que Robert Hood. Les trois sont, à ce moment précis, au sommet de leur gloire : Underground Resistance a converti des millions de fidèles à ses beats acérés et son son résonne partout. Il en sera de même pour ce Sonic Destroyer qui deviendra rapidement une référence de la nouvelle génération techno de Detroit. À propos de cet album, Dimitri Hegemann déclarait : « Je me souviens encore de la nuit durant laquelle j’ai reçu cette cassette. À ce moment-là, j’ai su que j’étais en train d’écouter l’hymne qui allait réunir Berlin-Est et Berlin-Ouest. Au final, ce maxi a rendu Tresor célèbre dans le monde entier. Ce morceau a 25 ans et pourtant, encore de nos jours, peu d’artistes peuvent faire de la musique aussi fraîche, aussi sauvage. »

Blake Baxter

Dream Sequence (1991)

Blake Baxter fait partie la première génération de producteurs techno de Detroit, mais lui n’a, malheureusement, pas bénéficié de l’aura fédératrice qui aura entouré les productions de ses comparses, Juan Atkins, Kevin Saunderson, Derrick May en tête. Ce serait pourtant oublier la carrière foisonnante du « Prince of Techno » qui officie depuis plus de trente ans. Dans la première partie de ses « séquences oniriques » – il en sortira d’autres par la suite, toujours sur Tresor Records – la recette est simple : de la techno qui envoie avec pour couronner le tout un maximum de sonorités acid qui font toute la grandeur de ce disque.

X-102

Discovers The Rings of Saturn (1992)

En 1992, X-102 – alias (vous l’aurez deviné) Jeff Mills, Mike Banks et Robert Hood – sort ce que l’on pourrait appeler le premier album concept de l’histoire de la techno. Au programme, la découverte de la planète Saturne et de ses anneaux. À grand renfort de sons futuristes (des sirènes et autres joyeuseries venues de très loin), Discovers The Rings of Saturn est une petite révolution. Pour donner un aspect décomposé aux morceaux, une technique bien spéciale a été utilisée puisque les bandes d’enregistrements ont été coupées puis recollées entre elles. Et puis que dire de ce packaging plutôt futé qui permettait aux auditeurs de choisir la lune saturnienne qu’ils voulaient écouter (« Titan », « Dione », « Tethys », etc.) en plaçant l’aiguille de la platine à l’endroit marqué sur le vinyle. En 2008, les trois compères remontent dans leur vaisseau spatial direction Mars et sortent une réédition de leur première aventure sous le nom Rediscovers The Rings of Saturn, agrémentée de nouveaux titres, jamais sortis. De quoi permettre à Jeff Mills d’exprimer à nouveau sa passion pour l’espace, mais cette fois-ci avec Mike Banks seulement, Hood n’ayant pas été convié sur la mission.

Jeff Mills

Waveform Transmission vol. 1 (1992)

Emporté, Jeff Mills exprime sur cet album tout son art de la techno pure et révoltée et a fait de ce premier album en solo – ne mâchons pas nos mots – un classique. L’album cristallise une rage folle, une énergie dure qui ne se fait plus aujourd’hui. « À la fin du XXe siècle, bien que nous ayons fait d’énormes bonds en avant au niveau de la communication et de la technologie par satellite, la manière que nous avions de communiquer les uns avec les autres restait mineure comme si l’essentiel de notre société était encore encombré par des câbles et des antennes. Les téléphones sans fil semblaient encore à des années-lumière. Waveform Transmission a été créé à cette période comme un mouvement artistique traçant une convergence entre l’ancien et le nouveau. Un concept permettant de traduire des émotions qui étaient alors jusque-là impossibles à expliquer en mots ou en symboles grâce à une harmonie de sons crus, de fréquences obscures et de rythmes densément codés que seule une écoute attentive et ouverte peut décrypter », tentait alors d’expliquer Jeff Mills.

Various artists

Berlin Detroit : A Techno Alliance (1993)

LA compilation qui aura permis la diffusion du son « Tresor » par delà les frontières et, marquera à tout jamais le lien indéfectible entre Berlin et Detroit et qui aura permis à toute une partie de la scène de Detroit de se faire remarquer en Europe. On y retrouve tous ceux qui ont fait la réputation de la seconde vague techno, ou plutôt qui allait la faire. On parle bien sûr de Underground Resistance, DJ Hell, Jeff Mills, 3MB (alias Thomas Fehlmann, Moritz von Oswald et Juan Atkins). Sans cette compilation, la techno n’aurait pas pris ce chemin et n’aurait peut-être jamais dépassé l’Ocean Atlantique pour venir se nicher dans nos oreilles, et cela aurait été bien dommage ! Alors on dit merci qui ? Merci Tresor Records !

Robert Hood

Internal Empire (1994)

Internal Empire est l’opposé total de Waveform Transmission vol. 1, puisqu’il est aussi minimaliste que l’autre est urbain et industriel. Internal Empire est l’album de l’envolée en solitaire pour Hood, dès 1992. Il quitte tous ses projets parallèles pour se concentrer sur sa carrière solo dans la techno. En résultent deux albums, sortis de manière consécutive en 1994 : Minimal Nation sur le label Axis de Jeff Mills et surtout Internal Empire, sur Tresor Records. Hood fait désormais baigner ses productions dans une identité soul et minimaliste qui fera son succès. La techno dure et violente est désormais loin pour lui et il deviendra le fer-de-lance de ce genre nouveau : la techno minimale. Internal Empire est l’un des disques les plus riches du genre, pourtant produit à partir de peu. La simplicité pour mot d’ordre, en somme. Il faut dire qu’à cette époque, le patron de la techno de Detroit a quitté sa ville natale pour Berlin, où il passe le plus clair de son temps assis dans des cafés à lire et à écrire de nouvelles idées. Un environnement propice à l’innovation.

Joey Beltram

Places (1995)

Producteur mythique de la techno venu de New York ; Joey Beltram n’en est pas à ses débuts lorsqu’il sort en 1995 Places sur le label de Dimitri Hegemann. L’album marque pourtant un tournant dans sa carrière puisqu’il y délivre une techno beaucoup plus froide et brute que sur ses précédents disques. Celui que les Daft Punk ont mentionné dans leur morceau « Teachers » comme étant l’une de leurs inspirations majeures a longtemps à sortir ce disque, n’étant pas entièrement satisfait du résultat final, bien trop « propre » selon lui. Il retournera donc en studio afin de démultiplier les canaux audio et accélérer le tout et ainsi rendre l’ensemble plus crado. Une idée ingénieuse quand on voit le résultat.

TV Victor

Invites You To A Trance Garden (1996)

Derrière ce pseudo se cache Udo Heitfeld, sûrement la face la plus ambient du label. Cela ne semble pas étonnant que Heitfeld soit signé sur le label de Dimitri Hegemann puisque les deux sont des amis de longue date. Heitfeld a, en effet, commencé sa carrière dans différentes formations underground dans le Berlin des années 80 dont une en particulier : No Zen Orchestra, dans laquelle on trouvait également… le futur patron de Tresor Records ! Épaulé à la production et au mixage par l’un des piliers de la dub-techno minimaliste berlinoise Moritz von Oswald (alias Maurizio), TV Victor propose sur Invites You To A Trance Garden deux morceaux seulement – dont le premier qui fait tout de même plus de cinquante-cinq minutes – synthétiques, délicats et abstraits à souhait. Ce qui nous permet d’apprécier une facette bien moins connue du label.

Cristian Vogel

Busca Invisibles (1999)

L’alum Busca Invisibles du Chilien Cristian Vogel appartient aux trésors cachés du label. Sorti en 1999, il dévoile une face à plus minimaliste et organique des productions maison. On aurait également pu penser à placer dans ce top son maxi (Don’t) Take More paru en 1997 où figure l’excellent remix de Jamie Lidell. L’aventure ne s’arrêtera d’ailleurs pas là pour les deux puisqu’après cette collaboration fructueuse, Vogel et Lidell formeront le projet Super_Collider.

Surgeon

Force + Form (1999)

Le Britannique Surgeon s’est lui aussi acoquiné avec Tresor Records, principalement dans les années 90 puisqu’il y a sorti pas moins de trois albums (Basictonalvocabulary, Balance et Force + Form) et plusieurs maxis en seulement trois ans. Force + Form fait preuve d’une grande force, avec ses pistes qui forment un tout inébranlable. Pour produire ces quatre petites pépites douces en bouche et dures à l’oreille, Surgeon a utilisé la technique du « field recording » soit l’enregistrement de terrain afin de créer les paysages sonores et les ambiances qui sont très travaillées entre les pistes et parfois même au sein même des morceaux afin de surprendre l’auditeur. Aux confins de la musique expérimentale et de la techno, Surgeon a toujours été un avant-gardiste.