Music par Mathilde Martin 26.09.2016

Le jour où Grand Wizzard Theodore a inventé le scratch

Le jour où Grand Wizzard Theodore a inventé le scratch

Découverte hasardeuse ou légende urbaine ?

Le scratch ou scratching est une technique qui, on peut le dire, a révolutionné le mix et le hip-hop. Pour faire simple, elle consiste à modifier la vitesse de lecture du vinyle de façon manuelle, et produit un effet accompagné d’un son très particulier. D’après la légende, elle n’aurait jamais été utilisée de façon volontaire par un DJ avant le milieu des 70’s. Jamais avant qu’un jeune garçon du Bronx en fasse la découverte.

Theodore Livingston – alias Grand Wizzard Theodore – n’a que douze ans lorsqu’il met le doigt sur cette technique en 1975. À l’époque, il est déjà un habitué de Park Jams, ce rassemblement pendant lequel se rencontrent DJ, B-boys, rappeurs, et autres personnages présents sur la scène hip-hop. Un jour, cloitré dans sa chambre à s’essayer au mix sur deux platines, Theodore ne prête pas attention au volume de sa musique. Sa mère réagis (comme n’importe quelle mère me direz-vous) et débarque dans la pièce lui ordonnant de baisser le volume avant qu’elle ne coupe tout. Vexé, Theodore Livingston arrête net l’un des vinyles de la main. La fameuse révélation se produit. Il trouve intéressant le son qu’il vient de produire par le frottement entre le saphir et le disque. Ce « nouveau » son existe en réalité depuis l’invention du phonographe. Mais la légende voudrait que Theodore soit le premier à réellement s’y intéresser, et surtout à l’exploiter. Le 18 août 1977 lors d’un set au Sparkle club, il utilise la technique du scratch pour la première fois en public sur « Bongo Rock » d’Incredible Bongo Band.

Peut-être trop jeune à l’époque, Grand Wizzard Theodore a besoin d’aide pour perfectionner son art du scratch. C’est son second mentor – l’un des premiers et des plus grands DJ hip-hop – Grandmaster Flash qui s’en charge. Il produit d’ailleurs le tout premier morceau de scratch « The Adventures of the Wheels of Steel » en 1981, qu’il sort sur Sugar Hill Records. D’un coup de main, il jongle entre « Rapture » de Blondie et « Another One Bites the Dust » de Queen ou « Rapper’s Delight » de Sugarhill Gang et son featuring avec Furious Five « Freedom ». Plus tard, il développe d’autres techniques telles que le back spinning1 et le cutting2.

Mais il y a bien une ombre au tableau. Pendant des années, Grandmaster Flash clame que cette théorie est techniquement peu plausible. Il a d’ailleurs déclaré au site américain The Guardian : « J’imagine que Theodore et moi devrions nous asseoir un jour et tirer ça au clair. », « J’ai débarqué avec mon style; Theodore était mon premier étudiant; et avant moi il n’y avait personne. Alors qui lui a dit comment jouer? Mais je ne vais pas débattre: je l’adore et je reconnais qu’il a rendu ce style crédible. ». Alors, véritable découverte ou simple légende alimentée par Grand Wizzard Theodore ?

1 Retour en arrière rapide, sans perdre le tempo du morceau.
Faire partir le vinyle au début du sample pour le laisser tourner et n’entendre que le sample.

Sources : Modulations, Une histoire de la musique électronique (Editions Allia) / « A brief history of scratching », (FACT mag).