Music par Antony Milanesi 24.09.2016

Radio Elvis : « on n’est pas obligé de dire des choses profondes, on peut juste les dire avec classe »

Radio Elvis : "on n'est pas obligé de dire des choses profondes, on peut juste les dire avec classe"

Le trio de beaux gosses est en tournée dans toute la France pour défendre son récent album Les Conquêtes bien plus rock qu’on ne le croit. Rencontre avec l’un des groupes français qui ne perd pas son temps à lire entre les lignes. 

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Mesdames et messieurs parlons un peu de la « fonction phatique » du langage : cet instant où vous hochez la tête, où vous faites « ouais », ou « ok », ou « mmh mmh » juste pour dire que vous avez bien entendu, bien suivi le propos, et que la personne qui vous parle peut continuer de déblatérer. Vous pourriez ne rien dire, ne pas hocher la tête, mais ce serait mal pris. Et néanmoins vous ne coupez pas la parole de votre interlocuteur pour lui dire » Ok j’ai compris, continue ».

Pierre le chanteur de Radio Elvis est cool, avenant, il veut bien vous faire un topo sur l’origine du groupe alors que bon, vous auriez pu trouver ça sur internet. Il explique que le groupe a commencé comme un projet solo, guitare-voix, puis que Colin et Manu sont arrivés l’un après l’autre. « Avec Colin on s’est retrouvé à Paris il y a trois ans. On a fait deux ou trois dates et il a invité Manu à faire de la basse sur GoliathOn a bien accroché et voilà, on est devenu un groupe« . « Ah donc vous n’êtes pas de Paris ? » « Non, avec Colin, on vient des Deux-Sèvres, Manu vient du Mans« . Et c’est là que vous utilisez la fonction phatique du langage. On vous parle des Deux-Sèvres et du Mans, vous en avez déjà entendu parlé, vous y êtes peut-être passé en voiture mais grosso modo, vous n’êtes pas foutu de placer ni l’un ni l’autre sur une carte. En vrai tout le monde s’en balance, et au lieu de demander, « mais où donc se situent les Deux-Sèvres ? » vous hochez la tête.

Pierre, Colin et Manu mieux connus (mais tant que ça) sous le nom de Radio Elvis peuvent ainsi continuer à parler, et dire des trucs plus intéressants que ce qui vous passe par la tête comme « Les Deux-Sèvres ? C’est le trou paumé à l’Est ou à l’Ouest ? ».

« On fait d’abord du rock, et c’est effectivement en français« 

Ce jour-là c’est la journée promo de Radio Elvis: « J’imagine que tout le monde vous interroge sur vos paroles et qu’à force ça vous embrouille ? ». « Exactement. On est d’abord un groupe de musique. On nous demande souvent de parler des textes mais les mots forment un instrument de musique à part entière, tout est dit dans les textes, pas besoin d’en parler plus que ça ».  « L’idée de Radio Elvis c’est d’abord d’avoir un effet musical, une émotion sur un ensemble. On essaie de ne pas s’accrocher aux textes. On fait d’abord du rock, et c’est effectivement en français, mais il ne faut pas écouter que les paroles. Ce n’est peut-être que dans un troisième ou un cinquième temps que l’on peut s’attarder sur les paroles« . Et le chanteur de conclure : »on vient plus du rock que de la chanson » pour que Colin enchaîne, « on vient du blues aussi« . Bonne vanne :

Même Colin et Manu relativisent l’importance des textes de Radio Elvis : « c’est vrai qu’on ne scrute pas toujours les textes de Pierre, on s’attache plus à leur couleur musicale, on s’en inspire pour les rythmes et les mélodies. ». Une bonne fois pour toute : arrêtons de mettre la pression sur les groupes qui chantent en français. Pierre : « Il faut comprendre que lorsqu’on chante en français on n’est pas obligé de dire des choses profondes, on peut juste les dire avec classe. Des groupes le font très bien, comme Mustang. Ils ont beaucoup participé au retour de la langue française dans la pop et le rock, comme Bashung fut un temps. En plus Jean Felzine (le chanteur de Mustang, ndlr) ne se prend pas pour Robert Desnos. Ça reste léger et il ne dit pas de la merde dans ses chansons« .

« On ne revendique rien. Sauf notre musique, point barre »

Ainsi, lorsque que Mustang, Radio Elvis ou n’importe quel groupe français joue, pensez parfois à la fonction phatique du langage : hochez la tête, tapez du pied et ne vous posez pas trop de questions. De toute façon, ils n’ont pas de réponses confesse Pierre : « On n’a aucun engagement ou attachement politique. On ne revendique rien. Sauf notre musique, point barre. D’abord parce qu’on n’aimerait pas être récupérés, mais aussi parce que j’ai beaucoup écouté Noir Désir et que le seul truc qui m’a déplu c’est leur côté politique. Artistiquement ça a entaché leur carrière. Les propos vieillissent, c’est vulgaire à la longue. Je suis contre le fait de parler de ce qui se passe dans le monde. J’aime l’idée que sur scène on est comme des martiens, un peu déconnectés, et que le live soit comme un aspirine qui se diffuse dans le public. Le rôle de l’artiste il est soit social, soit de faire rêver les gens. On est plutôt de la deuxième catégorie. Nos pensées et notre manière de voir la vie se retrouvent dans les textes, les sons, notre musique, et à vous de le lire comme vous le voulez« .

« les mecs étaient trop chauds »

Radio Elvis est donc un groupe qui s’apprécie autrement mieux sur scène. Bien que l’album Les Conquête ait été enregistré dans des conditions lives, on s’attache autrement au trio après l’avoir vu en vrai : « Je ne connaissais pas du tout quand je suis allée au concert, et j’ai trouvé ça très rock, alors que quand tu écoutes les chansons studio, tu as beaucoup moins ce côté ‘violent' » expliquait Audrey, étudiante en stage à Paris, après le concert de Radio Elvis à la Maroquinerie le 6 avril dernier. « J‘ai adoré, il y avait trop d’énergie sur scène, ça rajoutait vraiment un plus à la musique de base, les mecs étaient trop chauds, et ça faisait plaisir à voir » ajoute-t-elle, Audrey qui est par ailleurs une grande fan de La Femme, les petits chouchous de la scène hexagonale.

« On est très influencés par Arcade Fire »

Tiendrait-on enfin avec Radio Elvis un autre bon groupe de rock français moderne ? « Nous on parle de rock parce qu’on s’alimente à l’énergie et à l’urgence sur scène. On a aussi en tête le défi d’avoir une sonorité moderne, ce qui n’est pas facile aujourd’hui sans utiliser de samples. Disons qu’on veut créer notre son. On veut faire nos propres chansons maisons. Donc du rock, oui, et pour autant, on n’a pas envie de se fixer de limites en terme de styles. On est très influencés par Arcade Fire. Eux ils donnent l’impression de n’avoir aucunes limites. Alors on ne s’interdit pas de s’échanger nos instruments, de se mettre au piano, etc. Il faut servir le propos et la chanson avant tout. Enfin, quand on ne peut pas jouer quelque chose, On ne le joue pas. On adapte les choses pour le live. C’est ça qui fait rock. Et pour le côté moderne, c’est sur le fait d’être soi-même sur scène que ça se joue« .