Music par Olivier Pernot 19.09.2016

Birdy Nam Nam, renaissance underground

Birdy Nam Nam, renaissance underground

Désormais en trio, le groupe électro parisien signe un retour fracassant, sur scène comme sur disque, avec l’arrivée de son quatrième album, Dance Or Die. Little Mike, qui a produit le disque, nous en parle. Comme des nouvelles ambitions musicales du groupe.

Le départ de DJ Pone aurait pu marquer un coup d’arrêt à Birdy Nam Nam. Il n’en est rien. Au contraire même. « Arrêter? Il n’en a jamais été question », tranche Little Mike. « Remplacer Pone? Cela n’aurait eu aucun sens. Birdy Nam Nam a une histoire. Nous avons un passé entre nous: cela aurait été difficile de faire rentrer quelqu’un dans l’intimité du groupe. » Reboostés en trio, Crazy B, DJ Need et Little Mike s’affichent en rangs serrés avec un nouvel album à défendre. « Birdy Nam Nam a toujours avancé avec ses hauts et ses bas. Le départ de Pone n’a en rien affecté la créativité du groupe et l’envie de se confronter au public. La seule inquiétude était dans la façon dont musicalement nous allions nous renouveler et si cela allait encore plaire. »

Pour se rassurer, les trois DJs se sont lancé à l’assaut des scènes dès la fin de l’année dernière. Une tournée de concerts en salles, la plupart du temps sold-out, et des gros festivals (I Love Techno, Dour, Plages électroniques, Rock en Seine, Reading et Leads). « Cette tournée a été hyper jouissive. Ça nous avait manqué de ressentir cette énergie de la foule. » Tous ceux qui ont vu Birdy Nam Nam en concert en 2016 ont pu le constater : le groupe est toujours une furie scénique. Il impose un son électro, lourd, puissant. Funky aussi avec l’apport sur certaines dates de Dogg Master, rappeur adepte de la talkbox. « Nous avons pu vérifier que notre public est toujours très varié. Certains suivent le groupe depuis le début, et d’autres, plus jeunes, viennent d’arriver. Cela fait toujours du bien de voir un public qui se rajeunit. Ça va, on n’est pas un groupe vieillissant! », lâche Little Mike, rassuré.

pas de temps à perdre : Birdy Nam Nam a monté son propre label

Comme avant chacun de ses albums, le live a donné à Birdy Nam Nam l’occasion de tester ses nouveaux morceaux. Avant de les retrouver sur Dance Or Die, un quatrième album qui marque un retour du groupe à l’underground. En quittant la multinationale Sony Music, le trio a voulu « amener (son) projet à bout ». Surtout que les quelques labels approchés n’ont pas « affiché un engouement débordant » à l’écoute des nouveaux titres. Peu importe, pas de temps à perdre : Birdy Nam Nam a monté son propre label. « Au départ, nous avons même pensé donner cet album sur Internet, mais dans le schéma, assez figé, de l’industrie musicale, il fallait quand même qu’il y ait une sortie physique du disque. C’est toujours indispensable, pour faire la promo notamment. »

« l’album précédent était plus cérébral, Dance Or Die est plus physique »

Si le groupe ne compte plus vraiment sur les ventes de disques (« acheter un disque, c’est devenu un geste symbolique et politique! »), il a su faire monter la pression en dévoilant des extraits via Internet : les clips de « Can’t Do Me » et « Dance Or Die » imposent un son électro aux basses gonflées et aux rythmiques saccadées. Dans la foulée, l’album révèle de nombreuses collaborations vocales : une nouveauté dans l’histoire de Birdy Nam Nam. « Cela donne un album plus pop, presque mainstream. En même temps, pour nous, c’était expérimental de travailler avec des vocaux. Alors que l’album précédent était plus cérébral, Dance Or Die est plus physique, moins sombre et plus harmonieux. Il a un côté solaire et clairement pop. »

De Dogg Master à Elliphant en passant par Calvin Davey

Parmi les invités, on retrouve donc le Grenoblois Dogg Master, sur deux titres : « Don’t Look Back In Anger » et « All Night Long ». Il apporte une touche électro funk, avec son rap posé, passé dans une talkbox. « Crazy B l’a découvert sur Soundcloud. Il était parfait pour faire des morceaux dans l’esprit de Zapp, le groupe culte des années 1980. » La voix perçante de la Parisienne Mai Lan porte « Hammerhead », tornade électro trap, tandis que la Suédoise Elliphant, collaboratrice de David Guetta et Major Lazer, donne une touche pop à la ritournelle électro « Lazers From My Heart ». « C’est un pur morceau Miami Bass, festif et dansant. » Dans un registre totalement différent, le jeune rappeur américain, Calvin Davey à la voix cool et percutante, illumine « Stoners Anthem », qui voit Birdy Nam Nam dans un morceau clairement hip-hop. Enfin, autre morceau avec une voix hip-hop, celle du rappeur ETN. « C’est un ami, précise Little Mike. Ce morceau a été fait il y a longtemps, tous les deux, et on l’a repris et retravaillé pour l’album. »

« Avant, nous n’étions pas prêts à aller au bout de nos idées »

En dehors des morceaux chantés (six sur quatorze quand même), Birdy Nam Nam glisse des tracks électro tapageurs – sa marque de fabrique – comme « URAO » ou « Shemales Body » et un surprenant titre, « Eastern Promesses » aux mélodiques asiatiques sur une rythmique lourde. Alors que l’introduction de l’album est plutôt rentre-dedans, avec un morceau qui fait monter la pression (« Won’t Do It »), le disque redescend sur sa fin avec deux plages électro au ralenti, plutôt cool et un peu dispensables : « Looking@Me » et « Sad Boys Club ». Autre grande nouveauté chez Birdy Nam Nam, c’est Little Mike qui a produit cet album, alors que les deux précédents long-formats avaient été réalisés par Yuksek et Para One. « Avant, nous n’étions pas prêts à aller au bout de nos idées, analyse Little Mike. Au fil des années, j’ai affûté mes oreilles et c’était une bonne chose de le faire maintenant, de le produire nous-mêmes. »

Ce désir d’autonomie flirte avec cette envie d’un retour à l’underground (Birdy Nam Nam a retrouvé son premier manager, qui s’occupe aussi des concerts du trio) et cette pulsion qui pousse toujours le groupe sur scène. « Nous venons de là, de la scène, des compétitions des DJs (Birdy Nam Nam a remporté le titre de champion du monde de DJ en équipe en 2002 au concours DMC, ndr). C’est ce qui nous a poussés à faire de la musique. Nous aimons la compétition, être confronté au public. Nous adorons cette recherche d’adrénaline et c’est pour ça que le public vient nous voir! »