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Partout et nulle part : le monde entier de PNL

Partout et nulle part : le monde entier de PNL

Avec la sortie ce 16 septembre de leur 3ème album Dans La Légende, le duo de Corbeil-Essonnes perfectionne son étrange combinaison d'influences, situant leur musique en même temps partout et nulle part.

Peut-être les avez-vous remarqués autour de vous cet été : les maillots de foot fluos sertis d'un gros sigle Yamaha. Ils sont presque devenus une nouvelle mode. Popularisés par les re-sta Jul (photo ci-dessous) ou Alonzo notamment, ces tuniques sont celles de l'équipe de foot Thaïlande, tuniques non-officielles et customisées à l'envie. Mais au final, que ces maillots soient ceux de l'équipe de foot de la Thaïlande n'a que peu d'importance. À part pour ceux qui en ramènent de leurs vacances à Bangkok : peu les chopent pour montrer leur soutien au pays asiatique. Non, ces maillots on les mets parce qu'on aime le foot et qu'ils sont différents. On lui destitue sa dimension territoriale, on l'emprunte à son endroit d'origine pour en faire son propre truc, un peu cheap, mais original. Ce que les gens font avec ces maillots : c'est tout ce que fait PNL avec le hip-hop en fait, et d'une certaine manière, aussi, avec la langue française.

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Langage fourre-tout qui emprunte partout

Depuis les débuts du hip-hop, que ce soit en France ou aux États-Unis, les rappeurs torturent la langue. C'est dans son ADN : en tant que musique des populations marginalisées, elle emprunte la langue dominante parce qu'il n'y a pas d'autres choix, mais en défie les règles et les codes. C'est une rébellion contre l'ordre qui discrimine par la « bonne » pratique de la langue. En fait, elle déterritorialise la langue, elle l'enlève à son pays et à son histoire. Elle l'ouvre à d'autres manières de la pratiquer par l'incorporation de mots étrangers, par l'invention d'un nouveau vocabulaire argotique, par des accentuations différentes. PNL ne fait pas exception et va même encore plus loin : alors qu'un rappeur normal va inconsciemment la recontextualiser avec sa propre identité (le vocabulaire de son quartier, les mots et accentuations de la langue de ses parents s'ils sont étrangers), le langage de PNL est un fourre-tout qui emprunte partout où son œil se pose. On y retrouve autant l'argot des cités franciliennes que du vieil argot français. On y retrouve des mots arabes, espagnols, anglais, des références et influences asiatiques, américaines, caribéennes, des influences partielles prises dans un cycle de recyclage permanent comme un picorage frénétique et sans direction qui fait penser à la navigation sur internet. Si on ne savait pas qu'ils étaient maghrébins en fouillant sur internet, on pouvait leur imaginer des origines provenant de l'Arménie à l'Argentine. De partout et nulle part.

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Minimaliste, pas forcément bon, fascinant

On sait aussi qu'ils résident à Corbeil-Essonnes. Mais jamais le nom de leur ville n'est cité. On sait aussi qu'ils font du rap. Mais en font-ils vraiment ? Certains inscrivent leur son dans la trap d'Atlanta, mais les Américains commencent à se fasciner pour leur son européen. Ce qui ne veut pas dire grand chose. Finalement est-ce ça être européen de nos jours, que d'être de nulle part ? On pense ainsi à un article de Sports Illustrated sur Mario Balotelli, la nouvelle star du ballon rond de l'OGC Nice. Africain d'origine mais coupé de sa famille génétique, élevé par une famille blanche rurale d'adoption mais rejeté par le racisme italien, il est ni vraiment africain ni vraiment italien, même si en vrai il est les deux. Pour le journaliste, son succès était celui de « La Nouvelle Europe ». Comme le jeu de Balotelli, le son PNL est minimaliste et pas forcément bon. Mais ce qu'il représente inconsciemment est fascinant. En vrai footeux, N.O.S. Et Ademo apprécieront sûrement la comparaison, maillot thaïlandais sur les épaules.