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Fnac Music Dance Division : "We give a french touch to house"

Fnac Music Dance Division : "We give a french touch to house"

La Fnac n'est pas seulement un espace gigantesque où se côtoient livres, aspirateurs, télévisions, et machines à café. Également maison de disque, elle a joué un rôle dans le rayonnement de la house et de la techno "made in France" au début des années 90's.

Dans les années 90, la Fnac est l'un des plus gros - si ce n'est LE plus gros - disquaire en France. A l'époque, ses actionnaires voient les choses en grands, et la développent en une firme multinationale afin de se mesurer aux majors du disque tels que l'Anglais EMI (Electric and Musical Industries) et l'Américain Warner Music Group. À la même époque, Éric Morand alors chef de produit chez Barclay, est également en charge de la distribution du label anglais FFRR en France. Il développe des groupes majeurs dans l'histoire de la musique électronique dont Orbital. Mais le champ d'action reste limité pour cet homme qui ne rêve que de s'investir dans la production et la diffusion d'une house et d'une techno "made in France".

La scène française a enfin sa maison de disque

Éric Morand quitte alors Barclay pour créer un département "dance" au sein de la Fnac, et ainsi donner vie à ses ambitions. Les actionnaires lui donnent carte blanche et lui promettent les moyens financiers adaptés. La volonté de Fnac Music Dance Division est de produire des artistes français, leur accorder du temps afin de développer leur travail, et surtout pousser leur rayonnement à l'international. "Une stratégie à contre-courant dans un pays qui, à de rares exceptions près, n'était jamais parvenu à faire rayonner sa musique hors des frontières francophones.". À l'époque, Fnac, contrairement à d'autres maisons de disque, est économiquement indépendante et jouit d'une carte blanche artistique. Elle peut assurer la signature d'un artiste, l'enregistrement de sa musique, sa promotion et sa distribution à l'international.

Alors que Fnac Music Dance Division est en pleine construction, Éric Morand propose à son ami Laurent Garnier d'être le premier artiste à sortir un maxi sur le label. C'est ainsi qu'est né As French Connection en 1991, le premier disque que Garnier sort sous son vrai nom aux côtés de Mix Master Doody (un alias de Ian Bland, déjà signé sur un label anglais). En parallèle, la maison de disque signe une collaboration avec WARP, chez qui on retrouve aujourd'hui des artistes comme Aphex Twin, Autechre ou encore Plaid. Le label indépendant fondé en 1989 s'est démarqué peu avant avec la sortie en 1990 de LFO, l'un des premiers albums techno produit par le duo de Shieffeld mené par Mark Bell.

Le mépris du "made in France"

En quelques mois, Fnac Music Dance Division prend son envol. Le 18 janvier 1992, la maison de disque organise l'une des premières grandes raves avec des moyens importants. Libération et Radio FG annoncent et font la promotion de l'évènement. Le jour J, quatre mille ravers se réunissent dans une salle sous la Grande Arche de la Défense, et y assistent à un live spectaculaire de LFO. Dix mois plus tard, l'escouade Fnac Music Dance Division - qui compte entre autre Shazz, Deepside, et Laurent Garnier -, part pour sa tournée "Respect for France". Armée de son camion, d'un sound système, de lumières, et autre machines indispensables, elle traverse les villes de Rennes, Strasbourg, Toulouse, Dijon, Lille et Montpellier. C'est la première fois qu'un label français de house et de techno part de cette façon à la rencontre du public.

Fnac Music Dance Division - respect for france booklet

Petit à petit, Fnac Music Dance Division s'acoquine avec des labels majeurs de la scène internationale. Après avoir signé un contrat de distribution avec le Canadien Plus 8 Records fondé par Richie Hawtin et target="_blank">John Acquaviva, c'est au tour des New-Yorkais Nervous et Strictly Rhythm, puis de l'Hollandais Djax Up. Mais l'industrie musicale continue de mépriser le "made in France". Les médias généralistes francophones ne veulent pas entendre parler de la house et de la techno, ne considérant pas ces deux genres comme de la musique. Les ventes s'écroulent, poussant Eric Morand à mettre en place une nouvelle stratégie de communication et de promotion. Photos de presse, biographie des artistes, design soigné des pochettes, la maison mise sur la visibilité tout comme les maisons de disque traditionnelles. "Fnac était considéré comme un label commercial (ou dans un langage moins policé comme un "label de vendus") par la scène française - pour l'essentiel des bandes rivales d'organisateurs (...)".

"We give a french touch to house"

C'est finalement la sortie de Wake Up en avril 1993, qui donne un coup de fouet au label. Les regards se tournent dès lors vers la scène house française. Approché par les labels comme par les médias, Fnac Music Dance Division se sent pousser des ailes et fait fabriquer le fameux bomber au slogan "We give a french touch to house", qui donnera finalement son nom à la French Touch. Le succès suivant fût The Meltdown de Lunatic Asylum, qui propulse Fnac en tête des labels du mois dans le numéro de décembre de Frontpage, référence techno en Allemagne. Un coup de projecteur de la part du magazine, qui propulse les artistes du label vers les scènes étrangères. Parmi eux : Speedy J, Scan X, Deepside, Aurora Boreali, Deep Contest ou encore Ludovic Navarre alias St Germain.



Malgré cette soudaine réussite, il est déjà trop tard. La maison de disque est dans une situation financière délicate. Les dirigeants de Fnac Music, eux, ne saisissent toujours pas l'intérêt de la division électronique et pensent que ces succès sont de simples coups de chance, qui ne dureront pas. Ils préfèrent alors y mettre fin, poussant Éric Morand à partir pour créer en avril 1994, F Communications avec Laurent Garnier. Tous les artistes le suivent vers cette nouvelle aventure. Alors que Fnac Music Dance Division en est au dépôt de bilan, FCom fait son trou en suivant un slogan toujours au goût du jour : « electronic with no limit ».

Et pour illustrer le propos, on se matte cet épisode de "Touche Française" :

- Crédit Photo : © The Micronauts

- Source : Electrochoc : L’intégrale 1987-2013 (Broché)