JE RECHERCHE
M.I.A. : la guerrière pop en 5 morceaux charnières

M.I.A. : la guerrière pop en 5 morceaux charnières

L’icône M.I.A. sort son cinquième album en une dizaine d’années de carrière chahutée comme des montagnes russes. L’occasion de revenir en cinq morceaux charnières sur un parcours atypique.

Il y a dix ans, M.I.A. était encore une figure ultra-confidentielle de la musique indépendante, rappant sur des instrumentations mêlant hip-hop et influences ghetto-tech et formant une association prometteuse avec Diplo. Dix ans plus tard, Diplo est devenu l’un des producteurs les plus puissants de la planète et M.I.A. une véritable icône, de la musique, de la mode, etc. On la connaît aussi pour son engagement politique constant, d’abord au sujet de son pays d’origine, le Sri Lanka puis au sujet de toutes les grandes crises du monde moderne, l’ultra-capitalisme, les réfugiés (elle qui est arrivée du Sri Lanka à neuf ans avec ce statut), les conflits du Moyen-Orient, etc. Un profil totalement atypique de la musique moderne, qui nous a apporté quelques grandes chansons et aussi un ou deux ratés.

AIM est sorti ce vendredi 9 septembre, il est en écoute ci-dessous :

Retour sur cinq des morceaux les plus importants de la carrière de M.I.A. :

« Bucky Done Gun » (2005)

À l’aube des années 2000, M.I.A. a la vingtaine et vient d’obtenir un diplôme d’art spécialisé dans la vidéo. Elle a tout juste rencontré Justine Frischmann à un concert de Air, ex-membre fondatrice de Suede, compagne de Damon Albarn et à la tête d’Elastica, brefs champions des charts britanniques avec un mélange de pop et de post-punk. Frischmann invite M.I.A. à réaliser un documentaire sur la tournée d’Elastica, c’est à cette occasion qu’elle découvre Peaches, seule sur scène avec un séquenceur Roland. Impressionnée, elle récupère la même machine (qui lui est donnée par Frischmann) et commence à faire des démos dans son coin en 2001. Son premier album Arular sortira quatre ans plus tard, porté notamment par le single « Bucky Done Gun », qui met en place la recette M.I.A., mélangeant pop, électronique, dancehall et baile funk brésilien. On la découvre aussi en clip et à défaut de vendre des millions de disques, la jeune femme fait preuve d’un cool et d’une classe insolents. Car si Arular est salué par les critiques et même nommé au prestigieux Mercury Prize, le disque ne fait pas de grosse vague en Angleterre et M.I.A. reste une artiste confidentielle.

« Paper Plane » (2007)

Ce qui manquait à M.I.A. c’est un vrai grand tube populaire, but qu’elle atteindra avec « Paper Plane », présent sur son deuxième (et peut-être meilleur) album, Kala, sorti en 2007. Un morceau produit comme « Bucky Done Gun » par Diplo, son compagnon de l’époque, ici épaulé de son grand copain Switch (les deux producteurs fonderont l’année suivante Major Lazer, au moment où Diplo et M.I.A. rompent et se fâchent). On retient du morceau les gimmicks samplés, quatre coups de feu suivis d’un bruit de caisse enregistreuse et un gros sample du « Straight To Hell » de The Clash, mentionnés dans les crédits du titre. La caisse enregistreuse et les paroles, « All i wanna do is come and take your money » (« tout ce que je veux faire c’est venir et prendre votre argent ») critiquent l’attitude des USA vis-à-vis des immigrés, perçus comme des voleurs qui ne contribuent pas à la nation qui les accueille (M.I.A. s’était elle-même vue refuser un visa de travail). La chanson est un succès commercial (quatre millions de singles vendus aux USA), en plus d’être nommé pour un Grammy Award. En 2009, la chanson ressurgit dans les charts en faisant partie de la bande originale du film de Danny Boyle Slumdog Millionaire, qui a reçu huit Oscars, dont celui de la meilleure bande originale. M.I.A. est désormais connue de tous.

« Give Me All Your Luvin’ (Madonna feat. M.I.A. & Nicki Minaj) » (2012)

Le début des années 10 est une période étrange pour Matangi. Alors que la planète pop commence à s’intéresser à elle et à lui faire les yeux doux, la qualité de sa musique est fragile M.I.A. fait parfois parler d’elle pour de mauvaises raisons. Maya, son troisième album et probablement le moins bon (sans être une catastrophe), voit Diplo logiquement disparaître (ou presque), alors que M.I.A. s’essaye à une diversification pas toujours réussie comme sur le très pop « XXXO » et la présence massive à la production du bourrin Rusko. Ses combats politiques, louables, lui sont parfois reprochés, taxés de caricaturaux, voire « hypocrite » par le New York Times, qui publie un article à charge sur M.I.A. en 2010. Après avoir aidé Christina Aguilera à la composition d’un titre, elle apparaît en 2012 sur « Give Me All Ur Lovin’ », faible single d’un album catastrophique de Madonna qui cherche à s’accrocher au wagon en invitant aussi Nicki Minaj (qu’on entend distinctement contrairement à M.I.A.) les entraînera plutôt dans sa chute. En février, M.I.A. rejoint Madonna sur la scène du Superbowl et engendrera l’interminable scandale du « middle finger » qu’elle affiche devant des dizaines de millions d’Américains. Si tout le monde connaît désormais M.I.A., ses fans de la première heure commencent à perdre patience...

« Bad Girls » (2012)

Au moment où l’on commençait à perdre espoir de revoir un jour M.I.A. au top, elle nous claque le bec avec l’un de ses tout meilleurs singles, le surpuissant « Bad Girls », produit par Nate Hills et qui fait renouer la jeune femme avec des punchlines qu’on ne se sortira plus de tête : « Live fast, die young, bad girls do it well. » Le clip, réalisé par Romain Gavras (qui avait déjà réalisé celui de « Born Free »), aux airs de Mad Max du Moyen-Orient, finit de convaincre de son grand retour. Il faudra pourtant attendre un an pour avoir accès à Matangi, quatrième album et le seul à pouvoir disputer la place de meilleur album briguée par Kala. De l’incendiaire « Bring The Noize » (produit par le Frenchy Surkin) au mégatube « Double Trouble », qui emprunte au kuduro façon Buraka Som Sistema en passant par le plus doux « Come Walk With Me », M.I.A. est de retour au top et on ne s’ennuie pas une seconde sur ce Matangi.

« Borders » (2016)

Quatre ans pile-poil après « Bad Girls », M.I.A. sort « Borders », sorte de suite non officielle à son prédécesseur dont le clip quitte le Moyen-Orient pour s’intéresser à la crise des réfugiés. La vidéo est impressionnante, la chanson plutôt efficace, mais le parfum de redite empêche le morceau de connaître le même succès. C’est un peu le résumé de AIM, le cinquième album de M.I.A., qui sort alors que la quadragénaire n’a jamais été aussi attendue. Un disque correct, puissant, mais qui manque de grands moments ou de prises de risque notables. M.I.A. continue à vouloir garder un pied dans la pop sans briller de ce côté (le duo avec Zayn, l’ex-One Direction est à ce titre dispensable, tout comme « Survivor »). Pourtant on y trouve aussi de quoi bien se retourner la tête et même quelques beaux moments, comme le très fort « Foreign Friend » avec le chanteur dancehall Dexta Daps, ou « Fly Pirate ». On y trouve même une M.I.A. réconciliée avec son ex Diplo pour le sympathique « Bird Song ». M.I.A. a récemment évoqué le fait que AIM pourrait être son dernier album, il s’agirait donc de bien en profiter.