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L'Élysée Montmartre : vie, mort et résurrection

L'Élysée Montmartre : vie, mort et résurrection

L’Élysée Montmartre s’apprête enfin à rouvrir, cinq ans après qu’un incendie l’ait ravagé du sol au plafond! Une bonne occasion de revenir sur la folle histoire de la plus célèbre des salles de concert du 18e arrondissement parisien.

Un passé faste et mouvementé

L’Élysée Montmartre ouvre ses portes en 1807 sur le futur Boulevard de Rochechouart, dans le 18e arrondissement parisien, à une époque où le faste, le divertissement et la bonne chère règnent en maîtres dans la vie des classes sociales les plus aisées. Comme le rappelle très justement Abel Nahmias, l’un des nouveaux copropriétaires du lieu, dans son livre Élysée Montmartre 1807-1906 à paraître très prochainement, la salle est au départ un établissement campagnard, sorte de « jardin des délices ». D’où son nom, choisi par le couple Serres, qui en est alors propriétaire ; l’Élysée désignant, si l’on en croit ses racines latines « là où séjournent les héros après leur mort ». Un lieu de paix où il fait bon vivre en somme.

Élysée Montmartre

Dès lors se déroulent en son sein des guinguettes, des fêtes costumées, des soirées extravagantes, mais aussi et surtout le fameux Bal qui accueille tout le gratin et l’intelligentsia parisienne et devient rapidement the place to be. En 1882, une certaine Goulue y invente même une danse qui fera la renommée internationale de Montmartre : le french cancan ! Elle sera par ailleurs immortalisée en train de la pratiquer par le peintre de la bohème parisienne Toulouse Lautrec sur la célèbre affiche annonçant le bal du Moulin Rouge. L’Élysée servira de décor à bon nombre de tableaux et de livres, que ce soit dans Le Masque de Maupassant ou encore chez Zola dans L’Assommoir. Toujours au XIXe siècle, la salle accueillera également l’un des principaux clubs révolutionnaires de la capitale où utopistes et communards discutent lors de soirées animées du sort du pays.

elysee montmartre

Mais un incendie déclenché au cours de la première année du siècle nouveau mettra fin à tout cela. Ce n’est que dès 1949 que le lieu se dote de nouvelles fonctionnalités puisqu’il accueille par la suite des combats de catch et de boxe, mais également des spectacles d’effeuilleuses. Vingt ans plus tard, l’Élysée qui a décidément décidé de s’adapter à toutes les tendances mue encore jusqu’à devenir la fameuse salle de concert que l’on connait bien.

Concerts mythiques

Au cours des quarante années passées, l’Élysée Montmartre fut l’un des repaires des nuits parisiennes, accueillant les plus grands du monde de la musique. Les Français de Noir Désir y jouent ainsi douze soirs de suite à guichets fermés de leur première tournée dans l’hexagone, à l’époque où leur titre « Aux sombres héros de l’amer » caracole en tête des charts ; mais aussi Polnareff, Alain Souchon ou encore Bashung… Fin 1999, David Bowie, invité à y jouer lors d’un showcase prévu pour durer trente minutes, restera finalement plus d’une heure trente sur scène pour un concert qui restera gravé dans la mémoire des fans. Les Ramones et Dinosaur Jr. frôlent également du pied les planches, tout comme Patti Smith et plus récemment Missy Elliott et Katy Perry.

Niveau électronique, la salle est loin d’être à la traîne puisque Laurent Garnier et même les Daft Punk ont fait tour à tour trembler les murs de la mythique enseigne. Un héritage riche en souvenirs et en découvertes qui aura permis à une grande majorité du public parisien de découvrir de nouvelles tendances musicales, du rap à l’électro. Au point même que des artistes fantasment des réunions improbables et inimaginables de musiciens. Le Français André - le graffeur à l’origine du personnage Monsieur A - placarda ainsi en 2013 des centaines d’affiches dans le Tout-Paris afin d’annoncer LA soirée de la décennie, regroupant Daft Punk, Air, Phoenix, Justice et d’autres. Tout cela n’était évidemment qu’une blague et les Parisiens en l’apprenant rentrèrent pleurer dans leurs chaumières.

Incendie et renaissance

Mais revenons un peu sur la mystérieuse cause de l’incendie qui avait beaucoup fait parler, en 2011 ; nombreux étant ceux qui avaient pensé à un incendie criminel. Il n’en est finalement rien puisque le feu a pris à partir d’un terminal de carte bancaire défectueux qui s’est tout bonnement enflammé lorsque la femme de ménage a allumé le courant de la salle. Dévastée du sol au plafond, l’Élysée Montmartre fut condamnée à son triste sort jusqu’au rachat de la salle par ses deux sauveurs, Abel Nahmias et Julien Labrousse, également détenteurs d’une salle voisine à quelques mètres seulement de l’Élysée, sur le même boulevard : le Trianon ! Les deux semblent s’être donné pour mission divine de sauver les lieux de la nuit parisienne, et nous pouvons les remercier pour cela.

Élysée Montmartre

Puisque ce qu’ils ont fait de l’Élysée Montmartre relève tout simplement du petit miracle. Tout en ayant su conserver le côté authentique de la salle - la façade classée aux monuments historiques a été rafraichie, la disposition de la salle n’a pas changé, que les anciens rockers aficionados du lieu se rassurent - les deux propriétaires ont su lui donner un vrai coup de jeune. L’architecture et la décoration intérieure ont été repensées et épurées grâce aux bons services du scénographe Antoine Fontaine qui s’est basé sur des plans et des croquis datant des siècles passés, histoire de coller au plus près à l’essence originelle de la salle. Ce seront désormais 1380 personnes - un peu plus qu’avant l’incendie - qui pourront venir taper des mains en chœur très bientôt.

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Au niveau de la programmation, modernité est le maître mot puisque si l’on jette un coup d’œil à la programmation de septembre, on y trouvera Jeanne Added, The Shoes, A-Wa, Petit Biscuit, Odezenne, Glass Animals, Crystal Castles ou encore Superpoze. Rendez-vous est donc donné le 15 septembre prochain pour la grande réouverture avec un concert de -M- dans ce lieu qui ne laissera aucun amoureux de la musique insensible.

 

Photos après rénovation © Vincent Fillon pour Télérama
Photo après l'incendie : ©Revelli-Beaumont/SIPA