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Ce qui se cache derrière la fermeture du Fabric

Ce qui se cache derrière la fermeture du Fabric

La sentence est tombée après six heures de discussions. Le célèbre club londonien a perdu sa licence suite à deux drames, mais d'autres raisons ont également conduit à sa fermeture. Retour sur l'affaire.

Mercredi 7 septembre, le Islington Council (conseil municipal du quartier Islington à Londres) a obtenu le retrait de la licence du Fabric, décrétant qu’on y trouvait « une culture de la drogue au Fabric que l’équipe ne peut contrôler »Le club londonien se voit donc dans l'obligation de fermer ses portes définitivement, et ce malgré la mobilisation du maire de Londres, des artistes, clubbers, et autres acteurs de la scène électronique. La direction du Fabric et ses soutiens ont tous déploré la mort de deux clients du club cet été, des faits malheureux qui ont évidemment précipité la fermeture du club, mais qui, malgré les apparences, ne sont pas les seules raisons qui ont poussé les pouvoirs publics à faire mettre la clef sous la porte au Fabric.

Une décision décevante

Suite à cette décision, le Fabric a d'abord exprimé sa déception dans un communiqué de presse publié sur son site. Le document commence ainsi : "C'est une journée particulièrement triste pour tous ceux qui nous ont supporté, en particulier les 250 membres de l'équipe qui vont perdre leur travail." Après avoir adressé ses condoléances aux proches des deux disparus ayant fréquenté le Fabric, la direction adresse ses remerciements pour tout le soutien qui lui a été apporté, un clin d'oeil aux plus de 150 000 signatures sur la pétition lancée par Jacob Husley, DJ résident et organisateur du lieu. Le club n'oublie pas de saluer toute sa communauté, des organisateurs aux artistes, en passant par les magazines, et les ravers. Aussi, il termine sur cette note : "Il est trop tôt pour nous prononcer au sujet de la prochaine étape (...)".

Les vraies raisons de la fermeture...

Dans son communiqué, le club ajoute que "fermer le Fabric n'est pas une réponse aux problèmes de drogue que rencontrent les clubs comme le nôtre, et contre lesquels nous travaillons à la prévention. Tous cela créé un précédent troublant pour le futur de la nuit londonienne et son économie.". La direction du club ne se risque pas à les avancer, mais d'autres raisons ont également fait pencher la balance pour accélérer la fermeture du Fabric. Le journal anglais The Independent s'est procuré des documents obtenus suite à une requête officielle, et révèle que le Fabric était, depuis un certain temps, la cible d'une campagne de surveillance accrue portant le nom d’"Opération Lenor". Une théorie avance donc que les pouvoirs publics ont souhaité faire fermer le club afin de ne plus avoir à lui verser ses subventions. Depuis 2010, le Islington Council a perdu plus de la moitié de ses subventions, comme expliqué sur son site officiel, et ces pertes affectent fortement la police municipale dont les effectifs ont été réduits de 44%. Une idée fait alors son chemin : la fermeture du Fabric résulterait d'une volonté appuyée des forces de l'ordre et de la mairie afin de récupérer l'argent des subventions versées au club. Une stratégie difficile à prouver et que The Independant trouve en partie paradoxale au vu de toute l'économie nocturne que générait l'un des club les plus reconnu de la capitale anglaise. Un paradoxe, donc, qui pourrait tout de même s'expliquer ainsi : comme pour le cas de l'Hacienda, la fermeture du club pourrait permettre la construction de nouveaux appartements. Un apport certainement plus intéressant sur le long terme d'un point de vue économique. 

Une photo publiée par Sam King (@zoolooksam) le

Enfin, dans la déclaration officielle du Islington Council, seule deux des douze raisons énoncées pour justifier la fermeture du Fabric sont en rapport avec les deux décès survenus ces derniers mois. Huit autres sont en rapport avec l'"Opération Lenor", pendant laquelle des policiers sous couvertures ont fait leur rapport au sujet du lieu (lire les documents sur le site de The Independant). Aucune preuve évidente ne montre, dans ces documents, la présence de substances illicites au sein du lieu.

D'ici à ce que se démêle le vrai du faux, le Fabric n'a pas dit son dernier mot et compte faire appel du retrait de sa licence. Alan Miller, président du Night Time Industries Association (NTIA), a déclaré que l'association lèverait des fonds pour le club, afin de se défendre et ce dans l'espoir de changer le sort du club. Le vice président de la NTIA, Alexander Proud, s'est exprimé devant l'édition anglaise de Mixmag  et s'est lui-même engagé à donner 10 000 £ sur les 500 000 £ nécessaires.

(Via Mixmag & The Independant)