Music par Greenroom 30.08.2016

Les DJ ne seraient pas de « vrais » artistes, selon les autorités de Chicago

Un grand bond dans le passé pour le berceau de la house-music

Selon les derniers dires des autorités de Chicago, les prestations « live » de DJ ne sont pas considérées comme faisant partie des « beaux-arts ». Une hérésie quand on sait que Chicago est le berceau de la house music. On a comme l’impression de voir des vieux dire à des jeunes que ce qu’ils écoutent n’est pas de la vraie musique. Mais pourquoi tant de haine ? Et bien comme à chaque fois : pour de l’argent. Explications…

En novembre 1996, le comté de Cook, qui englobe plusieurs quartiers de la ville de Chicago, a voté le prélèvement d’une taxe de 3% sur les événements de divertissement qui se déroulent sur son territoire. Cela vaut pour les représentations sportives, théâtrales, les rodéos, les expositions florales, et même pour établissements qui disposent de flippers et autres juke-boxes. C’était il y a 20 ans, et les responsables de l’époque avaient eu la bonne idée d’ajouter des exceptions à cette loi, exemptant les salles à la capacité de 750 personnes ou moins programmant « un spectacle culturel en direct »de payer cette taxe. Et nous voilà en 2016 où, au fur est a mesure du mois d’août, les habitants de Chicago ont pu découvrir via leurs journaux locaux, comme le Chicago Tribune et le Chicago Reader, que la règle avait changé, du moins en ce qui concerne la musique électronique.

Cook sucker

Le service financier du comté de Cook réclame en effet 200 000 dollars d’arriéré d’impôts, à deux clubs de la ville. Le Beauty Bar et l’Exil Olive, se sont vus réclamer cette somme astronomique car ils n’ont pas payé la taxe depuis des années. Selon les autorités, l’exemption se réfère aux « beaux-arts », et ils assurent que rien ne prouve que le DJing en fait partie. Celle qui gère les dossiers pour récupérer l’argent des taxes s’appelle Anita Richardson, elle a sorti son argument phare aux avocats des deux clubs, pendant l’audience :  «  Vous allez devoir prouver que ce que font les DJ’s relève des beaux-arts. Et vous allez être en difficulté pour démontrer que la commission du comté intégrait le rap parmi les beaux-arts. Je n’ai jamais lu aucune définition du terme qui inclurait les activités d’un DJ dans les beaux-arts » retranscrit le Chicago Tribune. D’autres styles musicaux comme le rap, le rock, le grunge seraient également « dans viseur des autorités » selon Pat Doerr le président d’une des chambres de commerce des gérants de bars et restaurants, l’Hospitality Business Association of Chicago.

La house-culture dans les veines

Chicago est pourtant une ville qui rayonne culturellement. Elle a vu dans ses rues et dans ses clubs évoluer des personnes comme Kanye West, Chance The Rapper, R.Kelly, Milles Davis, le groupe Earth Wind & Fire et tant d’autres. Le 25 août Chicago célèbre le « Frankie Knuckles Day » en hommage au DJ qui a rendu célèbre la Chicago-house. D’ailleurs, une partie de la Jefferson Street de Chicago porte aujourd’hui le nom de Frankie Knuckles. C’est dans cette rue que se situait le Warehouse, lieu de naissance de la house-music.

clubbing-chicago-streetsign

Un des risques majeurs, pour la culture locale ce serait qu’une bataille juridique de plusieurs années s’engage entre le compté de Cook et les clubs visés, obligeant alors ces lieux de bonheur auditif à fermer sous le poids des coûts infligés par de telles démarches ou pire, par une défaite. En résumé, la ville se tire une balle dans le pied, voire même deux ou trois.

Via -Trax, Pitchfork & R-A