Music par Greenroom 22.08.2016

Les sept pires fakes de l’histoire de la musique

Les sept pires fakes de l'histoire de la musique

Rumeurs, faux disques et morceaux inventés : l’histoire de la musique n’est pas dénuée de fakes en tous genres. Petite sélection non exhaustive. 

Combien de fois Paul McCartney, Jacques Chirac ou feu Pascal Sevran ont été déclarés morts par des twittos un brin voyants ? Combien de fois des leaks d’albums, et on l’a encore vu avec Aphex Twin ou la bande-originale d’Eden, s’étaient ensuite avérés complètement bidons ? Les fakes sont monnaie courante dans le joyeux monde de la musique, et démêler le vrai du faux peut parfois être très compliqués pour nous, pauvres journalistes. Mais les confrères ne sont pas en reste non plus : les critiques rock se sont fait une spécialité de raconter n’importe quoi, pour rire… Sauf que, internet aidant, la moindre info se répand sur la toile beaucoup trop vite pour que les petits farceurs aient le temps d’expliquer la blague ou cette news datant du 1er avril. Alors quand les artistes s’y mettent, Meg et Jack White des White Stripes en tête (les deux, aujourd’hui divorcés, avaient coutume de se présenter comme frère et sœur), on n’y comprend plus rien. Revue de sept fakes, hoaxes, rumeurs et autres faux buzz qu’il est bon d’avoir en tête… Pour éviter de se faire avoir à nouveau !

« Cet album, c’est la vie »

Un double album regroupant Bob Dylan, Mick Jagger, John Lennon et Paul McCartney, le concept avait de quoi faire rêver les fans et les journalistes musicaux. C’est Greil Marcus, journaliste de Rolling Stone, qui a lancé le hoax sous le pseudo T. M. Christian, référence au film The Magic Christian sorti la même année, histoire d’un milliardaire qui passe son temps à élaborer des blagues. Le pseudo choisi par Greil Marcus n’était pas le seul indice à ses lecteurs : sa critique était aussi truffée de blagues, à commencer par la formidable phrase « On peut véritablement dire que cet album est plus qu’une façon de vivre; c’est la vie » ou de cette étrange description « Le LP s’ouvre avec une version longue de 18 minutes de ‘Season Of The Witch’ (les vocales menées par Dylan, sur lesquelles il fait une superbe imitation d’un jeune Donovan). Le point culminant est cette impro incroyable entre la basse et le piano, tout deux joués par Paul McCartney ».

Dis comme ça, la blague est plutôt évidente. Pourtant en 1969, lorsque la critique sort, l’article du journaliste est pris très au sérieux. Si bien que Marcus et le rédacteur en chef de Rolling Stone décidèrent de pousser plus loin le sketch en engageant un groupe pour enregistrer ce faux album, The Masked Marauders. The Cleanliness and Godliness Skiffle Band enregistreront donc d’abord trois titres cités dans la critique : la chanson inspirée du Nashville Skyline de Dylan « Cow Pie », « Duke of Earl » et « I Can’t Get No Nookie », prétendument interprétée par Mick Jagger (on remarquera par la même occasion que les titres des chansons étaient eux même bien inventifs; « nookie » en argot désignant des relations sexuelles). L’album, qui finira pas être produit par Warner Bros. (15 000 dollars d’avance) se vendra à plus de 100 000 exemplaires et passera 12 semaines au chart Billboard.

Le dico du grunge

En novembre 1992, le New York Times décide de faire un article sur cette nouvelle tendance musicale : le grunge. Jusque là tout va bien. Sauf que le journaliste zélé s’embarque dans un lexique des nouveaux mots du grunge, qui lui ont été soufflés par un certain Megan Jasper, de Caroline Records. Un dico aussi faux que drôle, toujours en ligne (et étrangement sans erratum), dont voici un petit extrait, en anglais — traduit, c’est vachement moins drôle :
TOM-TOM CLUB: Uncool outsiders
ROCK ON: A happy goodbye
SWINGIN’ ON THE FLIPPITY-FLOP: Hanging out
BOUND-AND-HAGGED: Staying home on Friday or Saturday night

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Le ketchup, c’est au frigo

Si ce n’était pour le titre, on aurait pu y croire. Selon des journaux musicaux relativement sérieux (Stereogum ou NME par exemple), un morceau de Radiohead des années 90 aurait refait surface en 2011, sous le nom de « Putting Ketchup In The Fridge » / « How Do You Sit Still ». La rumeur (fausse donc), vient de ce nid à hoaxes qu’est 4chan où l’un des utilisateurs aurait posté le message suivant : « Ouai, c’est plutôt bon, face B sorte de truc mais ouai. Je l’ai depuis deux ans maintenant. Apparemment il a été volé par mon pote qui bossait pour EMI et l’a gravé sur un cd-r. » Le morceau venait en fait de Christopher Stopa, de Toronto qui après cette démo « Sit Still » a abandonné la musique pour ouvrir une boulangerie. Ouf.

Pink Floyd, ces grands satanistes

Certaines personnes s’ennuient le dimanche et s’amusent à écouter des albums cultes à l’envers. Le but ? Y déceler des messages cachés. Cette pratique a même un nom, le « backmasking ». Sauf que s’amuser à enregistrer des petites blagues à l’envers est devenue une mode. Plusieurs groupes conservateurs et chrétiens, déjà pas grands fanas de rock, y ont vu un moyen de pervertir la jeunesse et de distiller des pensées… Satanistes. Sauf que chez Pink Floyd, cela tient plutôt à la blague potache (contrairement aux supposés backmaskings de Led Zeppelin et Eagles) : ainsi, sur « Empty Spaces », extrait de l’album The Wall, un passage est totalement incompréhensible jusqu’à ce qu’on joue la bande à l’envers. Essayez plutôt.


– On ne comprend rien…

« Félicitations. Vous avez découvert le message secret. Merci d’envoyer votre réponse à « Old Pink », aux bons soirs de la ferme rigolo, Chalfont » — « Roger, Caroline est au téléphone »

Beaux gosses et c’est tout (mais encore)

Fabrice Morvan et Robert Pilatus sont allemands, et considérés comme beaux. Les deux ont fait carrière en formant le groupe Milli Vanilli. Sauf qu’un jour, en plein concert joué, comme d’habitude, à guichets fermés, la bande-magnétique sur laquelle ils font mine de chanter dérape. Play-back ? Non, pire ! Depuis leur premier album All Or Nothing, Morvan et Pilatus ne sont que des doublures musclés pour des chansons écrites, composées et chantées par d’autres. En 1990, un rappeur nommé Charles Show révélera à un journaliste qu’il était la « vraie voix » de Milli Vanilli : adios la célébrité dûe aux 10 millions de copies vendues pour Girl you know it’s true l’année précédente. Avant d’entamer une descente aux enfers dramatique (Pilatus meurt en 98), le duo a tenté tout de même un dernier trait d’autodérision dans une pub pour du chewing-gum. Triste.

L’incident de la poule

Et dire que le « shock rock » est né parce qu’Alice Cooper ne savait pas qu’une poule, malgré ses ailes, ne volait pas. Nous sommes en 1969, et le rockeur donne un concert. Pour une raison toujours non élucidée à ce jour, une poule arrive alors sur scène. Pensant qu’elle pouvait voler, il la lance dans le public, qui la met en pièce. Le lendemain, l’info fait les gros titres : Cooper a décapité une poule et a bu son sang sur scène. Son producteur, Frank Zappa, lui conseilla de ne pas démentir la rumeur : il serait dommage de se passer à côté d’une si bonne pub… Il faudra attendre 2011, lors d’un discours pour son intronisation au Rock & Roll Hall of Fame, pour le rockeur pointe les vrais coupables : « Ce qui a de plus fou dans cette histoire c’est que ce sont les deux premiers rangs du public qui étaient en chaise roulante; ce sont eux qui ont dépecé le poulet en pièce, ce qui est encore plus bizarre que si c’était moi qui l’avait fait ». Cette histoire n’est pas sans rappeler la chauve-souris décapitée à coup de mâchoire par Ozzy Osbourne, croyant que la bestiole était un jouet.

Alice Cooper throwing a chicken to the audience (1969)

Le faux jumeau

Hasard ou coïncidence, Daft Punk est un aimant à rumeurs. L’une des plus savoureuse est celle concernant The Third Twin, groupe français que l’on a cru un moment être Daft Punk. Ils auraient été un alias pour que le duo puisse sortir les morceaux rejetés par Disney pour la BO de Tron. Sauf qu’en fait, pas du tout.

Clémence Meunier et Elsa Ferreira