Music par Kerill Mc Closkey 22.08.2016

Psyché, cold-wave et Shoegaze français : pleins phares sur le collectif Nøthing

Psyché, cold-wave et Shoegaze français : pleins phares sur le collectif Nøthing

29 groupes, presque une centaine de musiciens répartis sur toute la France… nothing compares to nøthing .

Ils s’appellent Venera 4, Dead Horse One, Marble Arch, Cavale Blanche, My Lovely Underground… Ils jouent du shoegaze, de la dream-pop, de la cold-wave, du psyché… Ils viennent de Bretagne, d’Alsace, de Paris, et même de la Drôme. Ils sont 29 groupes, des dizaines de musiciens répartis sur toute la France, tous rassemblés par un collectif du nom de nøthing. Soit « rien ». Car en effet, en vrai, peu les réunit, outre une vague esthétique musicale et une connexion Wi-Fi. Ce qui ne les empêche pas de s’entraider, de partager et de tenter de tisser de vraies relations humaines.

Des Roses est un duo de pop rêveuse basé à Nantes, composé des frère et sœur Lemoine : Louis et Suzanne. Depuis plus d’un an, ils sont membres du collectif Nøthing. Ce vendredi-là, le 12 février 2016, ils font le court trajet entre la Cité des Ducs de Bretagne et l’actuelle capitale bretonne, Rennes, pour le premier « Festival nøthing ».

L’événement dilué sur deux jours rassemble six groupes du collectif venus de Lorient, Saint-Brieuc, mais aussi Angers, Paris et Toulon. Sauf qu’ils ont beau détenir la même carte de membre, ça n’en fait pas un collectif comme on l’entend. Louis par exemple, ne connaît pas forcément ses compères, et inversement. N’empêche qu’il a enfin la possibilité de leur parler en chair et en os, et ça le ravit : « C’était important et intéressant pour nous d’en rencontrer certains et de les voir sur scène » confie-t-il. « On échange beaucoup sur Facebook, mais se poser autour d’une table ensemble en parlant de l’avenir du collectif, de nos projets ou bien d’autres choses, ça a quand même une toute autre saveur ».

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« La soirée s’est terminée tard autour de quelques confiseries et de bons éclats de rire… » raconte Julien du quatuor shoegaze Soon, pour qui la musique est aussi passée au second plan le temps d’un week-end. « Il y a eu du monde, les concerts étaient bons, mais c’est aussi humainement que nous avons passé un excellent week-end. Des affinités nouvelles se sont créées ». Pas le type de discours qu’on rencontre souvent avec un collectif déjà formé.

L’union autour d’un son et d’un credo

Les collectifs musicaux se développent généralement à partir d’une scène locale, avec les groupes qui se côtoient. Pensez par exemple à « L’Entourage », ce collectif rap francilien (Nekfeu, Jazzy Bazz, 1995…) : l’idée de contact, de vivre-ensemble se retrouve dès le nom de code. Ce n’est pas le cas de nøthing qui oublie le géographique pour une autre définition de son identité.

La leur, elle est sonore : dans la lignée du courant shoegaze qui marqua le rock britannique du début des années 90 (My Bloody Valentine, Ride, Slowdive…), la majorité des musiciens de nøthing joue de la tension entre bruit et mélodie, à volume variable. Les quatre compilations déjà mises en place par le collectif sonnent ainsi comme des manifestes de cette esthétique remise au goût du jour avec les succès de groupes comme Deerhunter ou M83, et les reformations triomphales de tous les géants du shoegaze sus-cités. Mark Gardener de Ride a d’ailleurs produit le premier album des valentinois Dead Horse One, de même pour Robin Guthrie des Cocteau Twins avec le second EP des toulonnais Boreal Wood. Ce dernier était même présent à Rennes, ce qui n’a pas laissé Julien insensible, confirmant encore l’impact de cette vague sur nos Français : « On était un peu stressé, mais on a réussi à faire abstraction… ».

Mais selon Yann, l’un des créateurs de nøthing et membre de pas moins de trois groupes du collectif (Future, Maria False, Venera 4), nøthing dépasse la seule affinité musicale :  « C’est surtout une façon de faire, assez DIY (do it yourself, ndlr) ». L’objectif principal n’est d’ailleurs pas de promouvoir un son mais de s’entraider dans la galère quotidienne du groupe amateur. « On essaye au mieux de diffuser les compilations et d’aider à faire vivre en organisant des concerts, en proposant de l’aide pour la production, sur le matériel, sur l’enregistrement, même quelques fois un support juridique, c’est assez vaste… En fait c’est tout et rien, pour l’instant ce n’est pas structuré… On essaie simplement de mettre à contribution nos différentes compétences ». D’où l’utilité d’élargir les horizons géographiques pour faciliter les tournées.

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Collectif 2.0

Des ramifications tous azimuts, ok, mais le cœur de nøthing bat tout de même à Rennes. Là où le collectif fut imaginé au début des années 2000, et là où leur festival s’est installé. Depuis un certain temps, (vos potes rennais vous le diront, on sait que vous avez un pote rennais), c’est même le cœur du rock français qui semble battre dans la capitale bretonne. Finalement c’est internet qui a tout rendu possible, les contacts lointains se simplifient et les réseaux de solidarité peuvent se mettre en place sur tout le territoire.

A y regarder de près, nøthing est le collectif 2.0. qui épouse comme il faut les idéaux du web : ceux de la participation, de l’entraide, de l’amateurisme et de la musique alternative. Sauf que tout comme le social virtuel, il n’est jamais vraiment satisfaisant en soi : la dimension humaine manque toujours. « C’est là toute la difficulté…Quand on se connaît en dehors des réseaux sociaux, c’est plus simple…et ça va plus vite je pense » confirme Yann. « Pour les groupes qui ont joué à Rennes, ça a renforcé le sentiment d’appartenance au collectif ». Ce qui se traduit parfois par des choses toutes bêtes, tant qu’elles sont enfin matérielles et pas virtuelles, comme le prouve la moitié masculine de Des Roses : « On était tout fier de repartir avec nos T-shirts nøthing ».

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https://nothing-nothing.bandcamp.com/