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Le jour où Manu Le Malin a accompagné un orchestre symphonique

Le jour où Manu Le Malin a accompagné un orchestre symphonique

Emmanuel Dauchez alias Manu le Malin est certainement l'un des producteurs français de musique électronique qui nous fascinent le plus. Retour en l'an 2000, lorsque la figure du hardcore, pionnier des raves parisiennes et fana de Hans Ruedi Giger, a amené ses machines là où on ne l'attend pas.

Manu Le Malin est l'une, voir La figure de la scène hardcore en France. Aussi connu sous son alter ego techno target="_blank">The Driver, ou encore DJ Outlaw, la moitié du duo target="_blank">W.LV.S - qu'il forme avec target="_blank">Electric Rescue -, il a toujours su étonner en s'introduisant dans des milieux où l'on ne l'attendait pas. Après avoir composé la bande son du dessin animé « Y a un os » pour Canal+, il rejoint en 2000 l'Orchestre national de Montpellier à l'Opéra Berlioz /Le Corum, accompagné de son acolyte de Bloc 46, Torgull.

 

Les prémices de cette alliance datent de 1999, lors du Boréalis, l'un des premiers festivals techno de France. La figure emblématique du hardcore français raconte : "je me produisais à Montpellier dans le cadre du festival Boréalis. René Koering, qui a toujours été passionné par la musique contemporaine et les échanges entre les différents styles, a rendu visite aux organisateurs du festival car il voulait rencontrer un DJ électro un peu différent". Les membres du festival présentent alors Manu et Torgull à René Koering, directeur de l'orchestre national de Montpellier et père du festival de Radio-France Montpellier. Ce dernier leur explique alors qu'il souhaite intégrer un DJ au sein de son orchestre. Mais d'emblée l'idée n'emballe pas totalement les fondateurs de Bloc 46, qui tentent une autre approche. Ils cogitent quand même et proposent ensemble cinq compositions, que le directeur d'orchestre va regarder de prêt, en analysant tout ça sur ordinateur, histoire d'y ajouter une partition classique.

Deux mecs couverts de tatouages et un orchestre

Au vu du résultat, l'idée séduit Koering, qui invite illico les deux DJ à se frotter à son orchestre pour un premier essai. Les membres de l'orchestre voient alors débarquer deux mecs couverts de tatouages, l'un brun et piercing au nez, l'autre aux dread blondes décolorées. "La première fois qu’on est arrivés pour faire un essai avec l’orchestre avec nos vinyles et notre look, les musiciens ont été plus que sceptiques" explique Manu . Mais la musique fait son travail, et réunit finalement ces deux styles musicaux qui —pas besoin de sortir de l'IRCAM pour le savoir — sont totalement opposés. C'est sous le titre "Hier, Aujourd'hui, Demain", que ce projet électro-symphonique voit alors le jour.

"le premier violon est venu nous remercier"

Lors de la première représentation à l'Opéra Berlioz /Le Corum de Montpellier le 4 août 2000, les deux DJ se retrouvent sur le devant de la scène entourés de leur machines, et scratchent leurs vinyles. Ils sont là, presque frêles et propusent les 90 musiciens de l'Orchestre national de Montpellier ainsi que René Koering au piano préparé. La performance est retransmise en direct sur France Inter, après un court set solo de Manu le Malin. Il se souvient : "Après la première représentation (...) même le premier violon du philharmonique, qui était certainement le plus sceptique d’entre tous, est venu nous remercier. Comme quoi, les barrières, les différences, la musique seule est capable de passer au-dessus de tout ça !".

- Source & citations : "Entretien avec Manu le Malin" par Nicolas Valiadis, Agents d'entretiens

- Crédit Photo : © Cédric Canezza