Music par Francois Blanc 25.08.2016

Roosevelt, le beau rejeton house-pop sur les pas de Disclosure

Roosevelt, le beau rejeton house-pop sur les pas de Disclosure

Avec son électro-pop ensoleillée, un pied sur le dancefloor et un premier album impeccable, l’Allemand Roosevelt est la sensation de ce mois d’août. Rencontre avec un touche-à-tout.

On le présente parfois comme le successeur de Disclosure, mais l’Allemand Roosevelt (Marius Lauber à la ville) ne partage pas tant avec les frères Lawrence. Leur vrai gros point commun, c’est de faire de la dance music avec un fort instinct pop, capable de les amener à se produire devant des foules exponentielles. Remarqué fin 2012 avec son premier morceau “Sea”, minitube électro-pop qui emprunte à la house et au disco, clippé façon faux-Super 8 suivant les aventures estivales d’un chien fougueux. Quatre ans plus tard, le 19 août, Lauber sort enfin son premier album, Roosevelt, après avoir un peu traîné de la patte. Un disque qui sent la Californie et Londres à la fois, qu’on jurerait sorti des cartons poussiéreux de la chillwave. Sauf que ce bon Marius ne sample pas à tout va, joue du piano, de la guitare, de la batterie, etc.

Cet album, tu en parles depuis 2013. Que s’est-il passé ?
Roosevelt : J’ai passé ma vie en tournée, depuis la sortie de mon premier EP Elliott. J’ai eu du mal à trouver du temps pour aller en studio. Fin 2014, je me suis accordé un peu de temps… et puis ça a pris un peu plus d’un an pour le terminer, ça ne m’a pas semblé très long, mais ça l’était sûrement pour les autres.

Ce premier EP était sorti sur le prestigieux label Greco-Roman. Comment est-ce arrivé ?
R : Ils m’ont envoyé un e-mail après avoir vu la vidéo de “Sea”, je crois qu’ils l’ont trouvée sur un tout petit blog qui appartient à un de mes amis. C’était début 2012, on s’est ensuite rencontré quelques fois à Berlin, à l’époque le label y avait encore un bureau (Greco-Roman, lancé par Joe Goddard de Hot Chip, est un label londonien, ndlr). Ils m’ont poussé à faire un EP entier, moi je n’avais aucun plan, ils m’ont aidé à aller plus loin et à voir au-delà de ce morceau initial.

Tu connaissais le label ?
R : Le label pas vraiment, mais je connaissais Totally Enormous Extinct Dinosaurs (TEED) et Disclosure, qui explosaient à l’époque en partie grâce à Greco-Roman. C’était un gros moment pour moi cet e-mail, je n’avais pas conscience que j’étais capable de faire tout ça.

Tu as tourné en première partie de Hot Chip et de TEED. Y a-t-il un esprit de famille avec cette clique anglaise ?
R : La tournée avec Hot Chip c’était il y a quelques mois à peine, et je me souviens de la tournée avec TEED, en 2012, je jouais tout seul sur scène, c’était ma première grosse expérience de tournée, ça m’a poussé à progresser, ça m’a formé, c’était vraiment mortel. Je me suis rendu compte que j’étais bel et bien capable d’emporter de grosses foules avec ma musique. Greco-Roman m’a mis le pied à l’étrier, je me suis senti protégé.

Paraît-il que tu étais batteur, avant d’être producteur de musique électronique ?
R : La batterie, c’était la dernière étape de mes années d’expérimentations, j’ai commencé le piano très tôt, à sept ans, la guitare à treize, ensuite j’ai joué de la basse dans un groupe, puis à 17 ans j’ai formé un autre groupe où je jouais de la batterie, un groupe qui a duré trois ou quatre ans (Beat! Beat! Beat!, quatuor qui commençait à faire parler de lui avant d’exploser en plein vol, ndlr). C’était important pour moi, avant de produire de la musique tout seul, de comprendre différents instruments, de comprendre le rôle d’un clavier, d’une batterie, etc. Ça m’a beaucoup apporté. Même si le dernier groupe était un groupe de rock, on commençait à intégrer des éléments électroniques et disco et j’avais commencé à être DJ en parallèle. Mon envie de produire dans mon coin est venue comme ça.

Tu as grandi dans une famille musicale ?
R : Pas du tout, mais j’ai grandi dans une petite ville, près de la frontière néerlandaise, à l’école on avait envie entre copains de rêver plus loin que notre petite ville alors on s’est mis à faire de la musique ensemble et à monter des groupes, pendant que d’autres faisaient du skate. C’était notre manière de nous amuser. La musique pour moi n’a jamais été quelque chose de très sérieux, je ne l’ai jamais étudiée vraiment, je ne l’ai jamais imaginée comme une profession, je l’ai toujours vécue spontanément.

A 19 ans, tu as déménagé à Cologne, pourquoi ?
R : Je venais de terminer l’école, j’avais envie d’être entouré de gens qui me ressemblaient et pensaient comme moi, Cologne avait pour moi le bon équilibre entre un esprit de petite ville, mais une vie nocturne et artistique passionnante. Ce déménagement est arrivé pile au moment où je me suis vraiment intéressé à la musique électronique, c’était un moment charnière. Arrivé là-bas je me suis mis à jouer de la techno en DJ-set, des choses plus dures que ce que je produis aujourd’hui. Je me suis pris à rêver de mélanger les deux mondes, le songwriting d’un groupe et l’électronique que je jouais en DJ-set.

Tu as profité de la richesse électronique de la ville ?
R : Cologne, c’est le territoire de Kompakt. D’ailleurs, j’ai fini par devenir résident de la soirée Total Confusion, lancée par l’équipe de Kompakt, Michael Mayer et Tobias Thomas (qui s’est arrêtée en 2014 après 16 années de triomphe, ndr). J’étais stagiaire pour un festival de musique de la ville, j’ai fait écouter mes morceaux à Tobias Thomas (figure centrale de Kompakt depuis les débuts, ndlr) à cette occasion-là et il m’a proposé de jouer à la soirée. Total Confusion était une soirée assez techno, mais plutôt ouverte, comme Kompakt peut l’être. Cette soirée m’a aidé à trouver ma propre voie et à l’expérimenter. J’ai appris aussi à jouer avec le public.

Ce mélange de musique de club et d’influences indie, est-ce qu’il te rend proche d’autres artistes que tu admires ?
R : Caribou et Hot Chip sont des influences évidentes pour moi, j’ai toujours aussi aimé les sorties de DFA. En ce moment, j’adore Mura Masa, qui a joué après moi à un festival et qui m’a impressionné.

Tu as ensuite déménagé à Berlin, mais ça ne s’est pas particulièrement bien passé.
R : Mon studio à Cologne fermait. Il y a trois ans, j’avais besoin d’un nouvel endroit pour enregistrer alors j’ai quitté Cologne et passé un an à Berlin. C’est une ville où je ne me suis pas vraiment senti chez moi, mais peut-être que c’est de ma faute. Je bossais tout le temps, je n’ai pas essayé de participer à la vie de la ville. C’est une ville géniale si tu sais pourquoi tu signes, c’est une ville pour faire la fête. Moi qui voulais y travailler, c’était peut-être trop grand, tout changeait trop vite, dans le studio où j’étais, les artistes arrivaient et partaient tout le temps. Je viens d’une trop petite ville pour aimer cela. J’adore y jouer, ceci dit, le week-end, mais je suis heureux de la quitter. Je vis de nouveau à Cologne.

Tu es sur nos radars depuis quatre ans déjà. Comment as-tu évolué, jusqu’à ce premier album ?
R : Je voulais créer un univers plus organique, autant que je puisse en étant tout seul dans un studio. Je voulais me rapprocher d’un songwriting traditionnel, des structures de chanson, moins de samples, moins de boucles, etc. Désormais je ne commence que rarement des chansons sur un ordinateur, plus souvent au piano ou sur un clavier. Je voulais sonner comme un groupe entier.