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Bjarki, au-delà du big bang

Bjarki, au-delà du big bang

Avec son tube décapant « I Wanna Go Bang », Bjarki a été la révélation techno de l’année 2015. Petit protégé de Nina Kraviz qui l’a accueilli au sein de son label трип – Trip –, il est devenu une valeur sûre de la scène internationale. Portrait de ce jeune producteur islandais hyperactif qui s’apprête à sortir trois albums en trois mois.

Un « tube » pondu en quarante minutes

C’est à l’été 2015 que le nom de target="_blank">Bjarki a été révélé à la face du monde avec la sortie de son premier maxi Arthur and Intergalactic Whales. La face B, « Orange Juice Man », est une jolie ballade de techno deep et lumineuse qui à elle seule aurait pu convaincre les amateurs de musique éthérée et dansante. Mais au final, sa présence demeure anecdotique tant le disque est écrasé par son premier morceau « I Wanna Go Bang ». Un titre de techno minimaliste, avec un pied lourd, puissant, sourd et hypnotique sur lequel se déploie un sample vocal entêtant, tiré d’un vieux morceau ghetto house signé target="_blank">DJ Deeon. Des vocaux eux-mêmes inspirés par le classique disco « Go Bang ! » de Dinosaur L produit par Arthur Russel. D’aspect simpliste, « I Wanna Go Bang » a pourtant séduit instantanément la nouvelle génération techno, celle qui rêve d’entrer au Berghain et vénère les target="_blank">Ben Klock et autres target="_blank">Marcel Dettmann. Le titre cumule près de deux millions de vues à ce jour sur YouTube, ce qui est exceptionnel pour un morceau techno. Il a même bénéficié d’un clip officiel assez drôle dans lequel un vieux Japonais se rêve en samouraï, réglant par le sabre un différend avec ses deux jeunes voisins un peu trop amateurs de techno. Un titre que Bjarki a composé à une période de sa vie qui n’était pas la plus heureuse, et cela s’entend. « J’étais rentré en Islande et j’avais trouvé un job de merde. Je déprimais et j’étais nostalgique de l’époque où j’habitais à Amsterdam. J’ai produit ce morceau d’une traite, en quarante minutes et il est resté plus de deux ans sur mon ordinateur » explique-t-il sur le site web de Rolling Stone.

Des débuts sous le nom de Kid Mistik

C’est à Amsterdam que Bjarki a en réalité fait ses premières armes dans le monde de la techno. « Je fais de la musique depuis que je suis jeune mais je ne ressentais pas l’envie de sortir les morceaux. Quand j’habitais à Amsterdam, j’ai commencé à uploader des trucs sur SoundCloud avec un autre nom Kid Mistik, ndr – et des gens m’ont contacté pour les sortir donc je les ai donnés à différentes personnes » raconte-t-il sur le site de Fabric London. À ce moment-là, les productions de Bjarki s’inscrivent plutôt dans la techno minimale des années 2000 et se retrouvent plébiscitées par de grands noms du genre comme Dubfire, Matador ou Stephan Bodzin. Quatre maxis digitaux sortent en 2010, un dernier en 2013. Mais les influences du jeune Bjarki Runar Sigurdarson ne se limitent pas à la seule minimale, comme le prouve son histoire avec la musique électronique. Né en septembre 1990, c’est avec l’album Music For The Jilted Generation de Prodigy qu’il prend sa première claque. En 2002 il déménage chez son père et commence à produire des beats basiques sur les conseils d’un ami de son grand frère. De la hard trance puis des choses plus big beat. Il s’intéresse aussi aux origines, à la techno de Detroit, à Jeff Mills et Robert Hood. En 2007, il monte un studio avec son meilleur ami et commence à composer de façon plus professionnelle. Dans le même temps, il assiste à un set de Misstress Barbara dans un club en Islande. Nouvelle révélation. « Il y avait cette attitude, cette colère dans la musique. Je me suis dit que je voulais faire la même chose » précise-t-il encore à Rolling Stone.

Sous le nom Kid Mistik en 2012.

La rencontre avec Nina Kraviz

Après des allers-retours entre l’Islande et Amsterdam, c’est à Copenhague que Bjarki finit par poser ses valises et ses flight-cases. C’est aussi là qu’il va faire une rencontre décisive pour la suite de ses aventures : celle de Nina Kraviz durant l’année 2014. C’est elle qui se souvient de ce moment sur le site de Fabric London : « Il est apparu tel une tornade au milieu d’une soirée au Culture Box de Copenhague où je mixais. Il demanda à sa copine de me donner une clé USB. La musique sur la clé sonnait exactement comme le personnage que j’avais rencontré : ça partait dans tous les sens. Je n’ai rien sorti de ce qu’il y avait sur cette clé mais je savais que je voulais très vite en entendre plus ». Ainsi Bjarki est présent dès la toute première sortie de трип, le label monté par Nina Kraviz. « Polygon Pink Toast » un track de techno minimaliste est le premier à sortir officiellement sous le nom de Bjarki. Il devient très vite un pilier du label et est présent sur toutes les sorties de трип à l’exception du numéro 4. Il est aussi le seul à avoir l’honneur de publier un maxi en solo, celui contenant le fameux « I Wanna Go Bang, que Nina Kraviz ne voulait pas le sortir au départ. « Pour être honnête, je n’avais pas vu le potentiel du morceau. Je l’aimais bien il avait une grande énergie comme dans la techno des années 90. Mais c’est en commençant à le jouer dans mes sets que je me suis rendu compte qu’il plaisait beaucoup. Tout le monde venait me demander ce que c’était. Ni Bjarki, ni moi ne pensions qu’il prendrait une telle ampleur » avoue t-elle au blog In The Mix.

Une soirée du label трип organisée en mode « rave » en Islande.

Trois « albums » d’archives à venir

Tout le défi maintenant pour Bjarki est de prouver qu’il n’est pas seulement l’homme d’un tube. D’autant qu’il possède plusieurs cordes à son arc comme il le démontre au moment de la sortie de son podcast pour le site Resident Advisor en septembre 2015. Une heure, constituée uniquement d’inédits, où notre homme ne s’enferme pas dans une techno froide et rigoriste, ouvrant des fenêtres plus mélodiques, deep voire atmosphériques et contemplatives. Car Bjarki a beaucoup de musique en stock sur son disque dur, lui qui avoue produire très rapidement et de manière instinctive. « Faire de la musique c’est comme prendre une photo, c’est un instant d’excitation que je capture. À chaque fois que je passe trop de temps sur un morceau je finis par trouver cela ennuyeux et je perds mon inspiration » déclare-t-il sur Resident Advisor. « Je ne pense pas que toute ma musique doive être publiée. La donner à d’autres membres du label et l’entendre être jouée en soirée me suffit ». Néanmoins c’est bien trois doubles « albums » qui vont paraître en ce milieu d’année 2016. Б, sorti en juin, Lefhanded Fuqs en septembre et enfin Æ au mois d’octobre qui regroupent au total 41 morceaux inédits produits au cours de ces dernières années. Bjarki ne les ayant pas conçus pour intégrer des longs formats, c’est Nina Kraviz qui a effectué la sélection et les a regroupés suivant des thématiques. Le premier aborde les influences raves et IDM de l’Islandais. Le second est plus expérimental mais toujours guidé par l’IDM et l’ombre d’Aphex Twin. Le dernier, que nous n’avons pas encore pu écouter, nous promet une musique plus brute et hardware. De quoi remplir nos longues soirées d’hiver.

Bjarki « As You Remember », extrait de l’album Б.

Crédit photo : © Atli Thor Alfredsson