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Factory Floor, techno toujours pareil ?

Factory Floor, techno toujours pareil ?

Les champions de la techno post-industrielle de DFA Records ont perdu un membre en route, mais sont de retour pour un deuxième album d’une puissance infinie.

Il y a cinq ans avec le mégatube de dix minutes de techno post-industrielle brute et brutale « Two Different Ways », target="_blank">Factory Floor avait conquis les dancefloors autant que les indie kids, avant de confirmer en 2013 avec son premier album, Factory Floor. Trois ans plus tard, pour 25 25, le second, le trio anglais n’est plus que duo, mais reste hébergé sur le mythique DFA Records, label de LCD Soundsystem et James Murphy. Un disque qui assume toujours plus le virage totalement dancefloor du groupe, avec une techno à la fois plus directe et mentale, qui prend le temps d’épurer sa recette au maximum pour être la plus viscérale possible. Une vraie leçon de transe pour club qui confirme tous les espoirs que l’on avait placés sur le groupe. On retrouve Gabe et Nic (arrivée en 2010 alors que le groupe avait déjà sorti quelques singles) pour une conversation à trois sur Skype fin juillet.

La période avant la sortie d’un album est en général un vrai tourbillon, pour vous c’est en plein été, alors que le monde médiatique s’éteint. C’est étrange ?
Gabe : Non, c’est plutôt cool à mon sens.
Nic : Quel que soit le mois, il y a toujours un bon et un mauvais côté à une date de sortie. J’avais espéré que les gens puissent emporter le disque pour leur été, les festivals, etc. J’ai l’impression que c’est un album qui les aurait bien mis dans le bain de l’été, mais tant pis.

En interview vous n’étiez pas toujours tendre avec vos sorties précédentes, notamment les premiers maxis. Aujourd’hui, comment voyez-vous votre premier album ?
Gabe : Je parlais surtout des toutes premières sorties de Factory Floor, qui à mon sens ne sont même pas des morceaux de Factory Floor, je considère que ça a vraiment commencé avec l’arrivée de Nic. Mais c’est toujours un peu étrange de graver des morceaux dans la pierre alors qu’on veut toujours les faire évoluer, ils évolueront encore à chaque concert par exemple.
Nic : Moi je suis attachée à ce premier album, il est comme une archive, on a progressé depuis mais c’est une pierre importante de l’édifice. Quand j’en écoute un morceau, je me rappelle de l’époque de l’enregistrement, l’atmosphère, dans une usine textile toujours en activité dans le Nord, avec des murs fins, les odeurs, les bruits, les machines, le chaos... quand on fait un disque, c’est chaotique, on enregistre plein de choses, qu’on évalue et découpe ensuite. À l’époque c’était aussi la fin de ma période guitare, j’essayais de pousser l’instrument à son maximum depuis dix ans, d’en tirer des bruits étranges, je tapais dessus avec des bâtons, c’était mon projet artistique et ce premier album en fut le point final. Sur le nouvel album, j’ai posé la guitare et je me suis concentrée sur les synthés modulaires.
Gabe : Ce nouveau disque on l’a aussi fait dans une usine, mais qui ce coup-ci n’était plus en activité. Le lieu où l’on fait la musique nous inspire, son histoire, son passé industriel...
Nic : Si je vais dans un vrai studio d’enregistrement, je me sens intimidée, je n’ai pas cette créativité, je pense au fait que je gâche le temps de l’ingénieur du son, c’est froid, trop précis, etc.

Vous êtes passés de trio à duo, pourquoi ?
Nic : Factory Floor a eu déjà un paquet d’incarnation, avant que j’arrive et même avant que Gabe arrive, le groupe est flexible. Dominic a déménagé, fondé une famille, il avait moins de temps, on savait qu’il allait passer à autre chose.

Comment vouliez-vous évoluer sur ce deuxième album ?
Gabe : On voulait un disque plus spontané, plus simple, plus dépouillé. On voulait un disque brut en fait. C’est la conséquence de nos concerts, on s’est mis à jouer de plus en plus tard en festival et en clubs, on a voulu reproduire ces concerts, leur énergie, en studio. Sans les centaines de personnes qui dansent devant nous évidemment.

On transcende les goûts des gens parce que l’on fait une musique honnête

Vous avez étrangement été rapidement adoubés par la scène indie-rock, vous savez pourquoi ?
Gabe : Je crois qu’on transcende les goûts des gens parce que l’on fait une musique honnête, on ne prétend rien. Quand les gens nous voient en live ils reçoivent des émotions très brutes. C’est une forme de naïveté de notre part, on ne réfléchit pas trop à ce que l’on fait et je pense que c’est ce qui séduit les gens.
Nic : On ne se prend pas trop au sérieux, ce n’est pas grave si notre matos tombe par terre, on joue souvent avec un set-up assez lourd après des DJs qui eux n’ont que des platines, alors il y a des merdes tout le temps, mais notre sincérité arrive à gagner le cœur des gens.

Vous avez eu des concerts particulièrement fous ?
Nic : On a travaillé à côté d’un volcan à Stromboli, pour une résidence avec une école d’art. Le dernier jour, on a joué dans le seul club de l’île, qui est sur un versant du volcan, c’était surréaliste.
Gabe : C’était une atmosphère étrange avec cette grande montagne menaçante, j’avais l’impression que l’île allait être évacuée à tout instant, c’était fort.

Je me souviens de vous jouant tôt au festival Pitchfork Paris, avec un public indie-pop un peu interloqué en vous découvrant.
Nic : On est tellement concentrés sur la musique qu’on ignore totalement ce genre de choses.
Gabe : J’aime assez le fait de voir un public un peu surpris par ce qui lui arrive au début, c’est un bon challenge. Et ensuite on les convainc... en général ! (rires)

Votre musique maximise l’effet de transe de la techno. Vous vous souvenez de la première fois que vous avez ressenti ça, en tant qu’auditeur ?
Gabe : Quand j’étais très jeune, je récupérais les vieilles cassettes pourries de dance music de mon frère, à l’époque où je commençais à me mettre à la batterie. Je me souviens par exemple que j’étais épaté par target="_blank">Andrew Weatherall. Après pour ce qui est des vraies expériences de club, on reste souvent après nos concerts pour voir les DJs qui suivent et on vit parfois de beaux moments. On avait été époustouflés par target="_blank">Helena Hauff, qui jouait juste avant nous à un festival.
Nic : La première fois que j’ai écouté Pan Sonic (duo expérimental finlandais, ndlr), j’ai eu ce genre d’expérience. À l’époque, je jouais de la guitare, n’étais pas franchement intéressée par la dance music, et j’ai compris le pouvoir hypnotique des basses. Ça m’a fait réévaluer mon approche de la musique. Cette musique peut me faire oublier où je suis, tellement elle m’absorbe, c’est ce que j’essaye de reproduire avec la mienne depuis.

Quel rapport avez-vous avec les DJ-sets ?
Gabe : Je ne suis pas DJ, je préfère jouer la musique sur des synthés ou des drum kits que de jouer avec les disques des autres. Je ne pourrais pas être sur scène et faire un truc qui t’occupe aussi peu les mains, même si certains DJs balancent des effets et bossent constamment sur scène. Si j’étais DJ j’aurais besoin de toucher à tous les boutons et ce serait un désastre. (rires) C’est pour ça aussi que sur scène on produit la musique plutôt que de simplement rejouer les morceaux.
Nic : Plus on fait de la dance music avec Factory Floor, moins je suis DJ à côté. Je gérais un club avant donc j’étais plongé là-dedans tout le temps. Je veux me concentrer sur Factory Floor, j’ai l’impression que les DJ-sets me tiennent éloignée de ce qui compte vraiment.

Il y a quelques années, tout le monde avait été surpris d’apprendre que vous aviez signé chez DFA. Aujourd’hui on a le sentiment que votre musique s’est rapprochée de celle du label, est-ce possible que la famille ait déteint sur vous ?
Gabe : Je pense que c’est possible pour d’autres groupes, mais nous restons uniquement à l’écoute de nous-mêmes et DFA a toujours su s’adapter à nous. Mais c’est une bonne association, parce qu’avant tout DFA aime la musique qui peut faire danser les gens et nous aussi. (rires) Et DFA a cette capacité à explorer différents terrains de la dance music, ce que l’on espère faire aussi. On s’est bien trouvés.
Nic : À l’époque on venait d’écrire “Two Different Ways”, un copain à nous l’a passé à DFA, on a vite reçu un email pour demander s’ils pouvaient sortir le morceau. Mais le label est américain et nous vivons en Angleterre alors on ne se croise que peu. On connaît bien target="_blank">Shit Robot par contre, qui a joué avec nous et qu’on adore.
Gabe : J’ai gardé une très bonne relation avec target="_blank">Gavin Russom, je l’avais rencontré il y a trois ans quand on était allés jouer à New York avec Factory Floor. J’aime toujours quand on peut aller à New York et qu’on les retrouve, notamment Jonathan, le patron : DFA est encore un petit label et c’est agréable de parler en direct avec le patron. Mais c’est aussi agréable d’être à distance et de pouvoir travailler dans notre coin.

25 25 (DFA/Pias)
soundcloud.com/factory-floor