Music par Mathilde Martin 16.08.2015

Le jour où Jean-Michel Jarre est entré dans le Guinness des records, encore.

Le jour où Jean-Michel Jarre est entré dans le Guinness des records, encore.

Nous sommes le 6 septembre 1997. La ville de Moscou célèbre son 850ème anniversaire. Après trois jours de répétitions au pied du Mont des Moineaux, Jean-Michel Jarre est sur le point de réaliser une performance légendaire.

Jean-Michel Jarre est entré une première fois dans le Guinness des Records, après avoir rassemblé 2,5 millions de personnes lors d’un concert à la Défense le 14 juillet 1990. Une performance impressionnante, et pourtant dérisoire face à celle qui suivra sept ans après. En mai 1997, le génie de l’électronique sort l’album Oxygène 7-13, son neuvième album en studio. Il présente alors cette suite du grandiose Oxygène de 1976, écoulé à plus de 18 millions d’exemplaires, lors de dates complètes à travers l’Europe.

En septembre 97, après être passés par la Suède, l’Allemagne, la Norvège ou encore la Suisse, le lyonnais et son équipe de 65 personnes rejoignent la Russie. Sollicités pour célébrer le 850ème anniversaire de Moscou, ils entament trois jours de répétitions au pied du Mont des Moineaux. Lorsque le jour J arrive, l’excitation est à son comble. Jean-Michel Jarre raconte : « Le samedi soir à Moscou, c’est chaud la foule… (…) C’était un bordel incroyable ». En ce 6 septembre, armé de sa harpe laser, de son theremin, ainsi que de dizaines de synthétiseurs analogiques et autres instruments en tout genre, Jarre se lance dans une performance face à un public cent fois plus imposant que prévu : « Au départ, le concert de Moscou était prévu pour 30 000 personnes. il y en a eu plus de 3 millions ». Pour être plus précis, le maître de l’électronique rassemble cette nuit là 3,5 millions de personnes. Il s’agit à ce jour, du plus grand concert jamais réalisé dans le monde.

Sur scène, les lasers s’entrecroisent pendant que Jessie Deep et Philippe Martin réalisent une incroyable performance de Vjing. Jean-Michel Jarre, lui, porte sur lui une petite caméra qui enregistre l’ensemble de sa prestation. Tout autour, les décors laissent imaginer des dunes de sables. Une nouvelle fois, la mise en scène du célèbre directeur artistique et scénographe, Christian Bourret, transporte le public au cœur d’une expérience quasi-inédite de deux heures. Une autre surprise de taille s’ajoute à cet nuit mémorable. Via un direct avec l’espace, les astronautes présents à bord de la station internationale MIR se joignent à l’évènement.

Jean-Michel Jarre rend aussi un hommage très particulier lors de ce concert. La date coïncide avec les funérailles de princesse Lady Di, décédée quelques jours plus tôt. « Je la connaissais, elle était venue au concert sur les docks de Londres, elle était fan. Il y avait un morceau qu’elle adorait, « Souvenir de Chine ». Cette fille m’avait touché. Sur scène, je prends le micro et je lui dédie ce morceau. Et là, c’est le silence total et tout le monde sort son briquet. On est à Moscou, pas à Londres. Ça a été un choc émotionnel de voir une telle foule dans ces conditions… J’avais presque fait ça pour moi, c’était un truc au feeling, et d’un coup, il n’y avait plus eu un seul bruit. On était scotchés, on ne pouvait plus rien faire ! »

Lorsqu’il est interrogé au sujet de cet exploit, le pionnier de la musique électronique explique : « Un concert, c’est une histoire, une connexion entre deux entités, le public et la scène. Qu’il y ait 200 ou 200 000 personnes, au fond, ça ne change pas grand-chose si ça fonctionne. Depuis le concert à Moscou, (…) j’ai été catalogué comme le mec qui tape dans le gigantisme« . C’est le moins qu’on puisse dire.

- Crédit Photo : © Flavien Prioreau

- Source : Trax magazine n°186, « 40 ans de musiques électroniques » par Jean-Michel Jarre