Music par Greenroom 10.08.2016

Gorillaz : les versions cachées de « Clint Eastwood »

Le tube fondateur du monkey business a été chanté par plusieurs rappeurs qui se sont ré-approprié les paroles. 

Batterie, basse, c’est parti : « I ain’t happy, I’m feeling glad, I got sunshine in a bag, I’m useless but not for long, The future is coming on« . En 2001, le tube « Clint Eastwood »de Gorillaz inonde les ondes radio, pirate tous les écrans et propulse une bonne fois pour toute le monstrueux projet de Damon Albarn et Jamie Hewlett vers le succès. Quinze ans plus tard, à la veille de la sortie du cinquième album du Monkey Business, ça sonne toujours aussi bien.

Avec ce titre, une porte s’ouvre enfin dans monde de la musique très populaire. Celle du mélange décomplexé des genres. La base rock, voire brit-rock insufflée par le leader de Blur — groupe rival des monstres Oasis en outre-manche — permet au rappeur californien Del the Funky Homosapien de caser des couplets rap dans la tête des plus réfractaires au genre. L’imagerie originale qui fait la patte de Gorillaz, en dessins animés, participe beaucoup de cette porosité naissante. On la doit bien sûr à Jamie Hewlett, alors colocataire de Damon, et surtout connu pour ses illustrations féministes et barrées dans la BD Tank Girl.

Samplé d’un western

Avant d’atteindre la quatrième place des classements britanniques sous sa forme définitive (apparue dans le tout premier EP de Gorillaz, Tomorrow Comes Today) « Clint Eastwood » renfermait des couplets tout à fait différents, chantés par un autre rappeur aujourd’hui bien connu des fans de Gorillaz : le british Phi Life Cypher. Mais revenons au point de départ : pourquoi « Clint Eastwood » s’intitule-t-elle ainsi, comme l’acteur qui interprète le charismatique cowboy de la Trilogie du Dollar de Sergio Leone ? 

C’est un peu du côté du hip-hop qu’il faut aller chercher : « Clint Eastwood » des Gorillaz est en fait librement inspirée de la bande son de Il était une fois dans l’Ouest, le western de Sergio Leone dont la musique a été composée par cet illustre oscarisé nommé Ennio Morricone. Précisément, « Clint Eastwood » quasi-sample la rythmique de « Farewell Cheyenne». Un montage Youtube l’illustre assez bien :

Phi Life Cypher écarté de la sortie single

« Èh mais n’importe quoi ! Clint Eastwood il joue pas dans Il Etait Une Fois dans l’Ouest ! ». Vrai. Sauf que toute son ombre plane sur le film, Clint était devenu tellement populaire qu’il n’a pas voulu jouer dans la presque-suite de la trilogie qui l’a propulsée star. Mais bref : Sergio Leone, Ennio Morricone et western Spaghetti, tout ça se résume par Clint Eastwood. Damon, Jamie et les autres membres du groupe baptisent leur chanson Clint Eastwood, comme une référence indirecte. Et puis réécoutez donc les cris d’indiens au début du morceau…

Un bon titre s’écoute et se réécoute. Alors c’est encore mieux lorsqu’il en existe des versions différentes. On ne parle pas ici de remixes ou de plagiats. Sur « Clint Eastwood », Phi Life Cypher était en fait le premier à poser sa voix. Après concertation Damon Albarn et le producteur du premier album de Gorillaz, Dan The Automator, ont préféré faire rapper Del the Funky Homosapien. Sans rancunes, la version de Phi, moins pop, est finalement sortie sur G-Sides, l’album de faces-B du groupe virtuel. Et le rappeur british a finalement très vite pris la relève de Del lors des concerts live.

Une version en Mandarin

Changement de rappeur oblige, les paroles de cette version sont différentes de la version la plus populaire. Un texte moins cadré, plus incisif voire introspectif. Comparez les versions de Del et de Phi via Genius.com, la bible des lyrics mondiales.

Plus confidentiel, on apprend, via cette source inépuisable qu’est Wikipédia, qu’on a pu retrouver des versions de « Clint Eastwood » chantées par des rappeurs propres au pays où le groupe faisait sa tournée. Ainsi en 2001, c’est un comité de rap japonais qui assurait les parties rappées de la chanson au Japon, et voici ce que ça donnait.