JE RECHERCHE
Le jour où Laurent Garnier a calé ses vinyles dans un club punk

Le jour où Laurent Garnier a calé ses vinyles dans un club punk

Paris 1988, Laurent Garnier n’est pas encore celui qu’on appelle aujourd’hui « papa Laulau », mais est plutôt connu sous l’alias « Dj Pedro de l’Hacienda ».

Il vient tout juste d’élire résidence aux soirées Jungle du Rex Club, et au Palace, l’un des lieux les plus prisés dans les années 80, dont les banquettes ont été foulées par Andy Warhol, Mick Jagger, David Bowie, Iggy Pop, Grace Jones et Serge Gainsbourg, et où Karl Lagerfeld, Yves Saint Laurent et Kenzo organisèrent des défilés. Laurent Garnier qui jusque-là restait finalement très anonyme, y fait enfin ses premières nuits sous son nom de naissance. Il assure les débuts et fins de soirées Pyramid, puis il prend les platines lors des Gay Tea Dance du dimanche. Bref, il assure les trois uniques rendez-vous acid-house des semaines parisiennes.

width="100%" height="166" frameborder="no" scrolling="no">

Chaque fois qu’il rentre de la Gay Tea Dance hebdomadaire, il remonte des Grands Boulevards jusqu’à la place Blanche. La fameuse, celle où les touristes viennent pour voir le célèbre Moulin Rouge. Juste à coté, la façade épurée d’un club, dont le nom en lettres capitales est écrit noir sur blanc : La Locomotive. Adresse emblématique du 18ème arrondissement, nombreux sont les oiseaux de nuit parisiens qui aujourd’hui encore y passent leur week-end. (Pour la petite histoire, en octobre 2009 le tribunal de commerce de Paris cède le lieu à son voisin direct, le Moulin Rouge, et c’est avec la devanture de La Machine du Moulin Rouge qu’il rouvre ses portes quelques mois plus tard.)

Entrance_of_La_Loco_Paris

« On va voir ce que tu sais faire avec ta musique de merde. »

Mais à l’époque, La Loco est un pied-à-terre sur trois étages pour les punks, skinheads, rockeurs énervés, où les pogos sont aussi communs qu’un slow dans une soirée pour célibataires. Laurent Garnier en connaît la programmatrice Hilda, qui le présente à Fréderic Bolling. Un patron de boîte du genre pas commode, barbu, brusque, qui lui balance lors de leur brève rencontre : « Tu veux essayer à La Loco, tu viens, pas de problème, on va voir ce que tu sais faire avec ta musique de merde. ». Peu encourageant donc, mais Laulau ne se dégonfle pas, et un soir de semaine il s’installe dans la cabine de DJ au centre de la pièce principale.

« T’es malade de jouer un titre africain ici ! »

Ce fameux soir, le boss du club endosse le rôle de videur tout en surveillant les morceaux lancés par Garnier, depuis une enceinte installée au-dessus de l’entrée. Et soudain, le drame, un remix acid du hit de Mory Kante « Yéké Yéké » - tout juste entré dans le Top 50 – retenti dans La Loco. Imaginez les réactions, une musique africaine dans un club radicalement punk, qui plus est rempli par des skinheads, certains étant peu ouverts d'esprit de ce côté là. Fréderic Bolling court vers la cabine DJ en hurlant : « T’es malade de jouer un titre africain ici ! Tu vas te faire tuer ! ». Les réactions ne se font pas attendre, déchaînement sur la piste. Les poings se lèvent dans la surexcitation, mais pas celle attendue.

width="100%" height="166" frameborder="no" scrolling="no">

À croire que Laurent Garnier fait des miracles, le morceau passe comme une lettre à La Poste. Et il décroche une nouvelle résidence dans la salle en sous-sol de La Loco, attirant une clientèle gay dans un club où auparavant elle n’aurait jamais osé mettre ne serait-ce que le petit doigt de pied. Il instaure les soirées H3O avec un autre pionnier de la house française, target="_blank">Erik Rug, et le club reçoit un nouveau souffle. New Beat, techno pop synthétique, house et techno industrielle s’imposent chaque mercredi dans un club fréquenté par une clientèle majoritairement branchée punk. C’est la magie Garnier.

- Crédit Photo : © KIDKUTSMEDIA l Photography

-Source : Electrochoc : L'intégrale 1987-2013 (Broché)