Music par Baptiste Artru 05.08.2015

Oraculaire et spectaculaire : MGMT, trop cool pour durer

Janvier 2008, un groupe débarque dans le game musical et il va redonner du souffle au rock en y ajoutant la modernité qui lui manquait. MGMT c’était comment ?  c’était cool !

MGMT

Comment qualifier l’apport de l’album Oracular Spectacular, dans la musique actuelle ? Même au bout de quatre heures et d’une crampe monumental au poignet à force de gratter la copie, difficile de répondre autrement qu’avec ce seul mot : gigantesque. Le rock en cet hiver 2007-2008 n’était pas près de se douter de ce qui allait lui arriver sur le coin de la gueule. Alors qu’il se recyclait tranquillement, dans une époque un peu bâtarde (le retour des guitares dans les années 2000 avec The Strokes et The Libertines) et où beaucoup de styles apparaissaient puis mourraient… En France par exemple, les baby rockeurs déambulaient dans les villes, en slim, remplissant des petites salles, un peu à la bourre mais bien présents. En Angleterre c’est la nu-rave et ses sweet-shirt fluo qui faisait parler d’elle. Pour l’un comme pour l’autre leurs espérances de vie étaient quasi-nulles. En janvier 2008, un album sorti de nul part arrive dans les bacs. Inattendu et inconnu :  MGMT, et le duo va réussir un fin mélange. Allier le rock tendance psychédélique avec des sonorités très électro. Voilà la recette du succès, de leur succès.

En 2002, dans la « Wesleyan University », une fac d’art privée du Connecticut, deux jeunes étudiants, un peu glandeurs et colocataires de surcroît, se font la main en composant quelques morceaux sur leur ordinateur. Ben Goldwasser et Andrew Van Wyngarden forment alors un groupe, The Management, raccourci en MGMT à cause de l’existence d’un band homonyme. Une fois diplômé, trois ans plus tard, le duo va entamer une tournée pour promouvoir leur EP Time to Pretend. Repéré par le producteur de new-wave, Steve Lillywhite, aussi directeur artistique chez Columbia, les musiciens se voient offrir un contrat pour quatre albums, on est à l’automne 2006. La maison de disque doit choisir leur producteur. Les deux comparses écrivent une wishlist qui a de la gueule, sur laquelle est écrit « Prince, Obama, Dave Fridmann et surtout pas Sherill Crowe« . Surprise, Dave Fridmann accepte sans rechigner, complètement sous le charme de la musique que ces deux jeunes, un peu dans la lune, ont à lui proposer. Dave est un producteur de talent, derrière deux albums des Flaming Lips ou plus tard le mixage de Innerspeaker de Tame Impala. De cette collaboration va naître le son de Oracular Spectacular.

Un des plus vendus de la décennie

Beaucoup de chansons, dont les tubes « Kids » et « Time to Pretend », étaient déjà écrites par MGMT avant d’entrer en studio mais il fallait en écrire d’autres. C’est comme ça que l’album s’est construit en expérimentant dans différents studios dont les Tar Box Studio de Friedmann, perdu au milieu de la forêt. Après un an de travail acharné, le premier album paraît en octobre 2007, en digital. Oracular Spectacular avec sa pochette et ses clips donnant une image au groupe d’hippie-bohème sous influencerencontre un succès très puissant. L’opus se vend à plus d’un million de copies dans le monde, un des plus vendus de la décennie. Chacun a sa chanson favorite, que ce soit « Time to Pretend » et « Kids », les hits de l’album ou alors le très bon « Weekend Wars », chacun a eu son approche avec MGMT. Mais pourquoi cela en fait un très bon album ? La question est absurde, tout est bon. Le don d’Andrew et Ben, l’alchimie, l’accès à de vrais studios, au matériel pro, le temps et l’inventivité, le tout chaperonné par un Friedmann au sommet et voilà. Il faut se poser la question inverse : pourquoi n’ont t-ils pas réitéré ? Parce que c’est ce succès flamboyant qui va les tuer moralement.

Une tournée non stop, un engouement collectif, une attente, et de l’autre côté : deux mecs qui s’en foutent un peu et qui vont même en avoir gros. Très gros. À tel point que leur album suivant, Congratulations, est complexe, sans réel tube. Un très bon album cela dit mais limite à contre-pied du premier. Tout a été fait différemment, enregistré à Malibu avec Peter Kember (ex Supermen 3) comme producteur. Le groupe brouille les pistes et souhaite se détacher de cette image de faiseur de tubes pop-rock, poussant le psychédélisme et l’expérimentation plus loin. Même si pour leur troisième album, MGMT, Dave Friedmann est de retour derrière la console, Ben et Andrew veulent encore une fois changer de direction, aller plus loin, et peu les ont suivi. Ils l’avoueront : le succès les a un peu dégoûté, les obligeant à changer de recettes pour chaque opus.

MGMT c’était cool, vraiment, ça l’est encore c’est sûr. Quand on voit une photo trainer sur un tumblr avec Mac Demarco et Andrew Van Wyngarden, côte à côte, guitare à la main, ça éveille forcement un petit truc en nous. Une collaboration rêvée, fantasmée, mais bon il ne faut pas s’enflammer. Le prochain MGMT pourrait réserver des surprises, et peut-être, dix ans après Oracular Spectacular nous remettre une petite claque des familles, installant un peu plus leur nom dans le haut du panier. reste que MGMT c’était, c’est et ce sera cool.