Music par Manon Chollot 29.07.2016

Expo Electrosound : la visite guidée qui va faire de toi un as de l’electro

Expo Electrosound : la visite guidée qui va faire de toi un as de l'electro

C’est l’été, Paris est vide, Paris s’ennuie. Alors, pourquoi ne pas passer quelques heures à l’excellente (et gratuite!) exposition Electrosound qui, elle, reste ouverte?

Du 25 mai au 2 octobre se tient une exposition bien particulière à la Fondation EDF. Electrosound : du lab au dancefloor propose de raconter l’histoire de la musique électronique et de la découvrir d’un point de vue technique et pédagogique, mais aussi – et surtout – ludique. Ouverte du mardi au dimanche de 12 h à 19 h, l’exposition vous laisse profiter de nombreuses activités qui permettent de mettre en pratique soi-même ce que l’on apprend tout au long de l’exposition sur l’histoire de la dernière grande révolution musicale.

Affiche Electrosound

Le parcours se divise en trois parties : la première, à visée historique, est la plus consistante et se situe au rez-de-chaussée. On y découvre une multitude de machines qui ont écrit l’histoire de la musique électronique. En résumé, on part du musicien explorateur Pierre Schaeffer et du GRM (le Groupe de Recherche Musicale, département de l’INA dont Greenroom vous a déjà parlé) pour en arriver à Moderat ; d’un Theremin, instrument de musique russe datant de 1929, aux contrôleurs Korg dernier cri. Pléthore d’objets sont également présentés : des machines d’écoute (de jolies platines vinyles), des jouets électroniques (le culte Simon Says) et d’autres objets en tous genres (graveur de vinyles, magnétophone à bandes, un Macintosh Classic, la première horloge IBM et même une PlayStation 1). Une des idées de l’exposition est de lier la révolution musicale à la révolution informatique qui se déroulait au même moment, montrant que les deux sont implicitement liées. La présence d’une frise chronologique courant sur le sol permet une contextualisation facile, et de savoir quel instrument a été inventé lorsque Barack Obama a été élu, lorsque Pulp Fiction est sorti en salle, ou lorsque Wikipédia a été créé.

Otto Luennig & Vladimir Ussachevsky, pionniers de la musique electronique @Universite de Columbia

Otto Luennig & Vladimir Ussachevsky, pionniers de la musique electronique @Universite de Columbia

« Certains instruments viennent du musée Electropolis d’EDF à Mulhouse, d’autres nous ont été prêtés par des institutions comme la Philharmonie de Paris; d’autres encore par des collectionneurs ou par des marques comme Yamaha ou Roland. Il y a quelques instruments que l’on n’a pas réussi à avoir, comme les synthés de la marque Buchla, un des grands inventeurs des synthés modulaires des années 70, explique Jean-Yves Leloup, l’un des trois commissaires d’Electrosound. Je connais pas mal de musiciens qui s’en servent encore, mais on ne peut pas leur demander de prêter du matériel dont ils se servent quotidiennement. Certaines pièces sont très rares comme ce Syn-ket de 1963, un des premiers modèles de synthétiseurs, seulement quelques dizaines ont été fabriquées. Une pièce tellement rare que même de fins connaisseurs l’ont découvert ici! Et puis il y a ce synthé Moog modulaire 2P de 1970 : c’est un des premiers modèles de synthétiseur et de sampler, il a été utilisé par Art Of Noise, Jean-Michel Jarre et Kate Bush. »

Le synthétiseur Moog dEtienne Jaumet dans son studio parisien

Le synthétiseur Moog dEtienne Jaumet dans son studio parisien – (c) Jacob Khrist

Découvrir sous chaque instrument, une liste d’interprètes l’ayant utilisé

Cette partie historique de l’exposition Electrosound est par ailleurs elle-même divisée en cinq parties, ce qui rend le parcours très simple : les fondations et l’ère de la musique savante ; l’arrivée de l’électronique dans le rock et la pop music ; la démocratisation du matériel et les débuts de la synth-pop, du disco et de l’electrofunk ; l’arrivée de la techno et de la house grâce à l’utilisation massive de l’informatique dans la chaîne de production musicale et enfin, l’époque actuelle avec la révolution numérique des années 2000, la nouvelle démocratisation de la dance music et le règne de la culture du deejeying.

Cette passionnante leçon d’histoire est rendue encore plus simple à digérer grâce à la présence de nombreuses photographies d’époque (tiens !  Les Depeche Mode tout jeunots), de citations d’artistes et d’une sélection de pochettes, elles aussi cultes. Un des plaisirs de l’expo est de découvrir sous chaque instrument une liste d’interprètes l’ayant utilisé – ont apprend ainsi que les Beatles et Michel Magne ont composé sur une clavioline, The Supremes sur une ondioline ou encore Pink Floyd sur un orgue Hammond. Les possibilités et sonorités de chaque instrument sont pour une fois clairement identifiées.

« L’exposition ne se veut pas exhaustive, mais plutôt emblématique. Pour chaque époque, il a fallu choisir des instruments et des technologies qui la représentent, que ce soit des instruments de musique ou des instruments d’écoute. Electrosound est centré sur l’instrument, la machine, le design et l’évolution technologique. On la présente abusivement comme une expo sur l’histoire de la musique électronique, mais elle a surtout pour fil rouge l’évolution technologique au service des artistes et des auditeurs. L’idée est de montrer comment toutes ces technologies ont évolué et quels sont les artistes phares qui en ont bénéficié. »

Au mur se trouvent des photos de Jacob Khrist – le photographe le plus en vogue de la nuit parisienne actuelle – une série intimiste sur le home studio par Jean-Jacques Ader et des pastilles biographiques pour mieux connaître les principaux acteurs de cette révolution de la musique électronique : Pierre Schaeffer, Brian Eno, David Mancuso, Juan Atkins, Frankie Knuckles, Daft Punk, les éternels Kraftwerk, mais aussi Daphne Oram et Suzanne Ciani, puisqu’il ne faut pas oublier le rôle des femmes dans cette aventure. Electrosound s’est donné pour mission de présenter le plus de femmes chercheuses, innovatrices et productrices, et ça fait du bien ! D’ailleurs, Jean-Yves Leloup note un vrai changement dans le public de la musique électronique depuis une dizaine d’années, changement que l’ont ressent par la même occasion chez les visiteurs de l’exposition : « C’est un public jeune, avec beaucoup de filles. Une telle mixité n’aurait pas existé il y a dix ans, c’est frappant », explique-t-il.

Suzanne Ciani et son synthetiseur Buchla, seconde moitie݁ des annees 1970 Courtesy S Ciani

Suzanne Ciani et son synthetiseur Buchla, seconde moitié des annees 1970 – Courtesy S Ciani

Une bande son qui a de la gueule

L’ambiance sonore de la visite a été également bien étudiée puisque, pour chaque époque présentée, une sélection de titres marquants résonne dans les enceintes disséminées dans les salles. C’est la bande originale des Oiseaux d’Alfred Hitchcock, la pionnière du synthétiseur Wendy Carlos, le groupe Telepopmusik ou encore Kraftwerk qui nous accompagnent tout au long de la visite. Dans une petite salle noire, cinq portraits vidéo d’artistes ont été réalisés pour l’exposition : Arnaud Rebotini, Christian Zanesi, Nicolas Godin, Étienne de Crécy, et Christine Webster : « On a choisi des gens qui ont la quarantaine puisqu’ils ont un vrai recul sur leur travail. Ils parlent de leur rapport au studio, non pas à la manière de geeks parfois difficiles à suivre, mais d’une manière très intime. »  

En poursuivant la visite au sous-sol, c’est une musique forte qui nous attend. Dancefloor, ainsi s’intitule cette seconde partie de l’exposition. Dans une pièce noire agrémentée d’une boule à facettes, le public est invité à tourner un vinyle dans un sens ou dans l’autre afin de faire défiler une sélection de morceaux de dance music allant de 1956 à 2016 que Jean-Yves Leloup a méticuleusement choisi pour leur caractère emblématique. On danse sur Jacno, Underground Resistance, Goblin ou Giorgio Moroder. Une seconde pièce au sous-sol héberge quant à elle une sélection de documentaires vidéo de différentes époques à visionner confortablement installés, tandis qu’une dernière salle met en avant, une nouvelle fois, le travail de Jacob Khrist dans une série de quatre beaux panoramas photo ayant pour sujet le public des soirées électroniques d’aujourd’hui. Qui sait : vous vous retrouverez peut-être sur une de ces photos, ouvrez l’œil !

Séquenceur, « Theremini » et Noisy Jelly en libre-service

On grimpe maintenant quelques marches pour se retrouver au premier étage de la Fondation EDF où se dévoile la troisième partie, plus ludique, de l’exposition. Ici, tout est en libre-service : des iPads incrustés dans les murs permettent de tester des applications musicales (coup de cœur pour la délicate Bloom, conçue par Brian Eno et l’étonnante installation Chloé x IRCAM, un séquenceur que vous commandez grâce à votre téléphone en vous connectant au wi-fi de la fondation), mais également toutes sortes de prototypes comme le Hyve Touch, synthétiseur polyphonique analogique tactile plutôt étrange, un « Theremini » – version moderne de l’objet d’antan, ou bien de la gelée Noisy Jelly (une sorte de blob tout mou) qui émet des sons grâce à la pression des doigts !

On peut également démontrer ses talents de chanteur et de producteur grâce à quatre modules interactifs de découverte : un Vocodeur MicroKORG, un séquenceur Collective Loops qui vous permettra de jouer à plusieurs, un synthé Minimoog de 1972 et des boîtes à rythmes TR-808 et TR-8. Tout est à votre disposition, amusez-vous ! Et si vous ne savez pas comment ça fonctionne, deux jeunes et sympathiques médiateurs sont là pour vous épauler !

Synthetiseur EMS Synthi

Synthetiseur EMS Synthi

Protéiforme, Electrosound s’adresse à tous les publics, que ce soit les geeks déjà connaisseurs et amoureux du son, les simples curieux ou les plus jeunes qui ne s’ennuieront pas avec toutes les activités proposées en attendant que papa et maman aient fini de tout lire. Pas besoin d’être un fou de technologie, tout est expliqué simplement et de manière ultra-compréhensible. « Les geeks et les collectionneurs seront ravis de découvrir des machines et de lire des textes pointus, mais les fans de pop et de dance music ou même les enfants sont également les bienvenus. Il y a plusieurs niveaux de lecture à l’exposition », explique fièrement Jean-Yves Leloup. Un des rendez-vous de l’été, assurément !

Daphne Oram, pionniere musique electronique (c) archives BBC

Daphne Oram, pionniere musique electronique (c) archives BBC