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God save the queer (1/6) : du Homo-Hop aux icônes redoutables

God save the queer (1/6) : du Homo-Hop aux icônes redoutables

Mykki Blanco, Zebra Katz, Cakes Da Killa, Le1f... ça vous dit quelque chose ? Tous sont des rappeurs queer. Du plus trash au plus arty, chacun s'impose par une signature visuelle et un flow particulier dans des textes sans censure et parfois engagés. A l'heure où ce mouvement bientôt incontournable sort des sous-sols pour prendre place sur le devant de la scène, un tour d'horizon de ses principaux représentants s'impose. Mais il faut d'abord connaître le background du rap queer pour comprendre la signature de ses acteurs.

À l'origine "queer" est un mot qualifiant un chose bizarre ou peu commune, puis il est devenu une insulte pour désigner les homosexuels. Les hommes gays se considérant comme "virils" se le sont ensuite réapproprié pour se différencier de ceux qui sont efféminés. Dans les 90's, l'insulte devient une fierté lorsqu'elle regroupe finalement l'ensemble de la communauté LGBT. Pour les lesbiennes, gays, bi et trans, se revendiquer queer devient un geste à la fois politique et social.

Homo hop : hip-hop et homophobie

On aurait pu dire il y a encore quelques années que le terme « Hip-Hop Queer » est un oxymore, et pourtant ce mouvement communautaire plus qu’un genre musical est aujourd’hui de plus en plus présent sur le devant de la scène. S’il reste peu connu par certains, voir inexistant pour beaucoup, le Homo Hop ne date pourtant pas d’hier. Apparu en Californie dans les années 1990 sous le terme de Tim’m T West – écrivain, MC et co-fondateur du crew Deep Dickollective - : « Homo hop », il est la réaction des minorités LGBT face à une homophobie massive et décomplexée au sein du hip-hop que ce soit dans les comportements où dans les paroles des morceaux.

“Oh yes, I’m the bad man, and the bad men wear black / And if it comes to droppin’ bombs, yo—I’m with that / Though I can freak, fly, flow, f**k up a faggot / Don’t understand their ways / I ain’t down with gays …”, « Punks Jump Up to Get Beat Down » de Brand Nubian (In God We Trust, 1993).

“You couldn’t hang if you was a poster / Posin like a b***h for exposure It’s rumors of gay MC’s, just don’t come around me wit it / You still rockin’ hickies — don’t let me find out he did it …”, « Nag Champa (Afrodisiac For the World) » de Common (Like The Water For Chocolate, 2000).

Paroles explicites, Brand Nubian se la joue mauvais garçon qui ne comprend et ne fréquente pas les "faggot" (équivaut au trivial "pédé"). De son côté, Common accuse les "gay MC" de répandre les rumeurs, et leur conseille de ne pas s'approcher de trop près. Des exemples parmi des centaines d'autres dans un milieu où le mot "gay" est utilisé à tout-va comme insulte pour n'importe qui.

L'underground sous les projecteurs

Mais depuis 2010, le Hip-Hop Queer comme mouvement underground sort des bas-fonds du hip-hop et prend d’assaut la scène internationale. A cette même période, des artistes de la scène hip-hop "commerciale" et certaines personnalités du milieu décident de parler ouvertement de cette homophobie. De Kanye West à Lil Wayne en passant Jay Z, Tyler The Creator et bien entendu Frank Ocean, tous condamnent le rejet de la communauté LGBT, et certain clament leur soutien envers des causes comme que le mariage gay.

Afin de s’imposer et gagner en visibilité, les nouvelles icônes du hip-hop queer conservent et alimentent cette « agressivité » qui d’une certaine manière se veut propre au hip-hop. Attachés à une communauté minoritaire qui a parfois encore du mal à se faire accepter, les artistes queer prennent les rôles d’ambassadeurs et se créent chacun une identité bien particulière.

Si vous ne voyez toujours pas de quoi on parle, pas de panique la suite arrive. En attendant voici un petit aperçu de ce qui vous attends dans les prochains articles. Ils s'appellent :

  • Le1f

  • House Of Ladosha

... et ils sont le hip-hop queer d'aujourd'hui.

-> Restez connectés, la suite de notre série "God Save The Queer" arrive bientôt.