Music par Greenroom 24.07.2016

Mr Oizo : « il faut vraiment être imbu de soi-même pour parler de sa propre musique »

Que tu l’appelles Quentin Dupieux ou Mr Oizo, tu le portes forcément dans ton coeur. Bon gars, français, réalisateur, musicien. En 2016 c’est un peu son come-back, Mr Oizo fait la tournée des festivals cet été. Une idée cool et logique puisqu’il le dit lui-même, il est : “complètement dans une période musique. En ce moment, plus que le cinéma, c’est la musique qui m’anime”. Son album All Wet sort cet automne via Ed Banger, le label qui a tout rendu possible. D’ici-là il enchaîne les concerts et bazarde des gros beats énervés sur les foules. 

Soir 1 des Eurockéennes de Belfort édition 2016, le mec qui s’est installé à Los Angeles sur les collines d’Hollywood débarque en conférence de presse. Il est presque minuit et il hallucine de voir autant de monde. Des journalistes, blogueurs et assimilés l’attendent la bave aux lèvres. On va tous très vite se rendre compte que personne ou presque n’a réellement préparé de questions, on est d’abord venu pour voir la bête. Grosse barbe, casquette vissée sur la tête, Mr Oizo joue dans pas longtemps sur la grande scène des Eurocks. Tout ça pour dire qu’il est sympa de passer une tête. Il se sent bien, mieux qu’avant son show à Solidays une semaine plus tôt, où il raconte qu’il avait la crève. Les questions commencent. On le prend surtout pour Quentin Dupieux le réalisateur, on parlera quand même un peu musique, on glanera quelques infos exclusives sur l’album composé avec Charli XCX, Skrillex, Peaches, et puis il va avoir quelques bons mots sur Ed Banger, le monde du cinoche et « Flat Beat », son vieux tube « mal fini ».

Extraits choisis des réponses de Dupieux. Il fait face à une quinzaine de personnes mais c’est lui qui a le fauteuil le plus confortable.

Hey Quentin ? Tu préfères faire de la musique ou des films ?

Les deux. Disons que c’est la même partie du cerveau qui fonctionne. Quand je ne peux pas faire de film, je fais de la musique et inversement. C’est comme la main droite et la main gauche. Ça marche de la même façon mais pas au même moment.

Hey Quentin ? Il sort quand ton prochain film ?

J’ai 3 scénarios d’avance, on verra, je suis complètement dans une période musique. Mon album (All Wet) sort à l’automne.

Hey Quentin ? Où est-ce que tu te sens le plus libre, dans la musique ou au cinéma ?

Je trouve qu’il y a autant de liberté de création en musique qu’au cinéma. La différence c’est qu’au cinéma, on dépense l’argent des autres et qu’en bout de chaîne, il faut le dire, ça crée des discussions souvent ennuyeuses au moment de vendre le film. Je n’ai fait que des petits films donc les contraintes de production n’influent pas sur ma liberté de création, mais au moment de distribuer le film, cette liberté totale on finit par la payer. Finalement c’est vrai que la musique c’est un peu plus magique.

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Hey Mr Oizo ? Tu ne trouves pas que ta musique fait un peu mal à la tête ? (#truestory)

C’est marrant que tu dises ça. Un copain m’a dit une fois que ma musique lui donnait envie de pisser. C’est triste à dire mais je ne pense pas aux gens quand je fais de la musique. Je fais la musique qui me fait marrer, qui me donne envie de danser. Si j’arrive à te faire mal à la tête, à la limite je suis content, car c’est une réaction.

Si j’arrive à te faire mal à la tête, à la limite je suis content, car c’est une réaction.

Hey Mr Oizo ? T’es plus ordinateur ou synthés analogiques dans la compo ?

Ordinateur, clairement. De toute façon de nos jours qu’est-ce que ça change ? Je ne me considère pas comme un musicien. Avant je branchais les synthés, maintenant je ne travaille que sur ordi. Ça ne change rien, ce ne sont que des outils. Les artistes qui ont un grand studio, je les admire. C’est très jolie et ça fait bien sur les photos. Mais je n’ai pas envie de me perdre à tenter de me rappeler qu’est-ce qui est branché où et avec quoi. Moi je suis impatient et le système le plus rapide pour arriver à une idée c’est un ordinateur. Je préfère avoir 3 trucs que je maîtrise plutôt que 500 trucs que je ne connais pas.

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Hey Mr Oizo ? Qu’est-ce que tu peux nous dire sur le son de ton prochain album ?

C’est hyper dur comme question, il faut vraiment être imbu de soi-même pour parler de sa propre musique. Disons que j’essaie de faire de la musique qui m’étonne moi-même. A chaque fois que je compose un disque c’est au moins parce que je pense qu’il y a des morceaux excitants pour moi à l’intérieur. Sinon je m’ennuie. Finalement il n’y a pas de réflexion, c’est spontané, à l’inverse du cinéma. La musique soit ça swing, soit ça swing pas.

Tu as déjà dévoilé « Hand In The Fire » en featuring avec Charli XCX. Comment s’est passée votre rencontre ?

C’est moins funky qu’on se l’imagine. En fait elle a grandi avec la musique d’Ed Banger et comme elle aime se mettre en danger elle m’a contacté. Moi je ne la connaissais pas, j’ai donc écouté ce qu’elle faisait. C’est pas complètement mon monde, j’ai pas adoré ce que j’ai entendu. Mais elle a du charisme, elle fait des paris, elle a envie de se renouveler. Donc ça s’est fait super simplement. Elle m’a envoyé un a capella et j’ai fait le morceau.

D’autres featurings pour l’album ?

Oui pour cet album, j’ai invité pas mal de gens que j’adore. Il y a Skrillex, Peaches, Boys Noize, Mocky, et ça m’embête parce que j’en oublie. C’est un disque du soleil.

j’ai invité pas mal de gens que j’adore. Il y a Skrillex, Peaches, Boys Noize

Mais pourquoi t’es parti à Los Angeles, Quentin ?

C’est hyper perso comme question. Los Angeles, c’est une affaire de disposition psychologique. J’adore Paris, j’adore la France. Je pourrais tout à fait revenir, mais je trouve que s’autoriser un changement radical comme j’ai pu le faire, ça fait vachement de bien, les gens sont différents. Je me suis fabriqué ce changement pour être excité le matin. Et puis en premier lieu tout de même, j’y suis allé pour faire des films.

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© Sarah Bastin

Hey Mr Oizo ! Un mot sur le label Ed Banger auquel on t’associe toujours ?

Ed Banger ? Et bien je sors mon album sur ce label, j’ai fait un écart sur celui de Flying Lotus mais je garde un lien fort avec Pedro. Disons que je suis un peu la locomotive de ce label mourant (tout le monde se marre, lui le premier, ndlr). C’est ma maison, c’est un bonheur de sortir ma musique sur ce label. Il y a eu un pic de succès, complètement incroyable à un moment, tous les projecteurs étaient sur ce label, c’était un peu déstabilisant, aveuglant. Maintenant qu’on n’est plus aveuglé par tout ça, il ne s’agit plus que de musique. En toute honnêteté je le dit à Pedro quand je le vois :  il y a deux ou trois mecs que je virerais et d’autres que je prendrais, des jeunes. Mais je trouve que c’est le meilleur label du monde et de loin.

Ed Banger ? je trouve que c’est le meilleur label du monde et de loin

Hey ? C’est quoi le titre dont tu es le plus fier ?

Je n’ai pas de titre dont je suis fier, c’est toujours le dernier le meilleur. Dans mon monde, le dernier est forcément le plus excitant car c’est le plus proche du moment. Une fois que j’ai fait un disque, je ne passe pas mon temps à l’écouter. Pour moi l’album de l’an dernier c’est déjà un vieux machin. C’est l’intérêt de la musique, tu la fais et ça ne t’appartient plus. “Flat Beat” par exemple, quand je l’écoute je trouve que c’est très mauvais. C’est mal fait, pas fini, je ne trouve même plus le groove. C’était un truc fait à la va vite, comme ça. Je comprends pourquoi ça a plu à une époque, mais cette chanson comme les autres appartient à tout le monde. C’est l’interêt, sinon on se regarde tout le temps dans le miroir c’est un enfer.

Photo de couv’ : © Sarah Bastin