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Clams Casino : du petit garçon à la batterie au beatmaker à succès

Clams Casino : du petit garçon à la batterie au beatmaker à succès

Producteur phare du hip-hop des années 10, de plus en plus silencieux ces deux dernières années, Clams Casino sort du bois avec un premier album que l’on n’attendait plus.

De 2011 à 2014, le beatmaker américain target="_blank">Clams Casino était partout, entendu aux manettes des instrus d’A$AP Rocky ou de The Weeknd, chaque nouvelle star du hip-hop US faisait appel à lui. Mais depuis deux ans, le bonhomme s’est fait rare, préparant un premier album attendu depuis des lustres, ou peut-être était-il moins demandé par les rappeurs, toujours à la recherche du nouveau son. Ledit disque, 32 Levels, est finalement sorti ce 15 juillet chez Columbia, label historique de Sony Music, rien que ça.

Il était une fois, la grande époque Myspace

Si l’on peut retrouver trace des productions de Clams Casino dès 2008 - notamment sur le morceau « Always Have a Choice » du rappeur Havoc, moitié du duo Mobb Deep-, 2010 marque le premier vrai tournant de sa carrière. On retrouve Michael Volpe (son nom à la ville) aux manettes de trois des morceaux de l’album 6 Kiss de Lil B, disque qui fait décoller le profil du rappeur au-delà de son petit territoire californien. Sur « I’m God » notamment, Lil B crée son propre microgenre, basé sur les productions de Clams Casino, un rap qui mélange beats hip-hop ralentis au maximum, samples vaporeux, mélodies aériennes au second plan, etc. On y retrouve des éléments de deux genres brièvement importants au début des années 10, la witch-house pour son côté amorphe et la chillwave pour son patchwork mélodique. Ce rap enfumé, Lil B se l’approprie sous la bannière « based », mot indéfinissable qu’il décrit de la manière suivante : « “Based” ça veut dire être soi-même, ne pas avoir peur de ce que les autres pensent de toi. » De manière plus générale, ce genre de rap très en vogue à cette époque hérite de l’appellation cloud rap ou trillwave.

Le début de la gloire

Volpe n’a que 23 ans quand il commence à profiter des répercussions de « I’m God » début 2011. Il vit alors dans le New Jersey, où il est encore étudiant en thérapie physique et interne à plein temps dans un hôpital. Il confie à Pitchfork.com ne voir la musique que « comme un hobby ». Son père était musicien et Volpe a vite eu les mains dans le cambouis sonore, en commençant la batterie à six ans. Alors qu’il compose dans son coin des beats depuis quelques années, il tente aussi de se faire la main avec quelques remixes. Dès 2006, on l’entend approcher ce qui sera le son Clams Casino sur un remix de Mobb Deep pour le morceau « Got It Twisted ».

La deuxième moitié des années 2000 marque aussi la grande époque de MySpace, un moyen pour lui d’approcher des rappeurs pour leur envoyer des beats. En septembre 2008 il contacte Lil B, qui répond positivement, et les deux collaborent intensivement sans jamais se rencontrer. Enfant de l’Internet oblige, Clams Casino bâtit aussi son empire en piochant dans les tréfonds du web des samples qu’il triture pour ne pas les rendre trop évidents. Sur « Realist Alive », il sample même « Hometown Glory », jolie ballade du premier album d’Adèle, 19. Même en sachant cela, difficile en écoutant le morceau de comprendre où et comment le sample a été utilisé.

Producteur à 100 à l'heure

Cette collaboration avec Lil B change la vie de Volpe, qui devient en quelques mois l’un des producteurs les plus demandés de la planète hip-hop. Le rappeur new-yorkais A$AP Rocky est à la fin de l’été 2011 la nouvelle sensation américaine : sa première mixtape, Live. Love. ASAP. sort fin octobre et cinq des seize morceaux sont produits par Clams Casino, qui profite de l’aspiration pour faire encore grimper sa cote.

2011, 2012, 2013 et 2014 s’enchaînent à des rythmes fous et Clams Casino est partout. On le retrouve abondamment dans la carrière de Mac Miller, sur l’une des mixtapes fondatrices du néo-R&B, l’Echoes Of Silence de The Weeknd, mais aussi sur un titre du premier album de JJ Doom - duo formé par target="_blank">MF Doom et Jneiro Jarel -, sur le deuxième album de Blood Orange, la bande originale du mastodonte vidéoludique Grand Theft Auto V, le troisième album de Schoolboy Q, le premier EP de FKA Twigs, la première mixtape d’A$AP Ferg et même sur le deuxième album des superstars pop Foster The People. Il bidouille aussi quelques remixes, notamment pour Lana Del Rey.

Quand l'instru se suffit à elle-même

Mais la musique de Clams Casino peut aussi bien vivre seule, sans l’apport des rappeurs et vocalistes qui posent leurs voix pour lui. Beaucoup de ses proches confient même au producteur qu’ils préfèrent sa musique sans voix suite à la sortie en mars 2011 de sa première mixtape, la désormais légendaire Instrumentals, sur laquelle on retrouve des morceaux préalablement offerts à des rappeurs mais ici en versions instrumentales. Clams Casino s’affirme alors autant comme producteur électronique en son nom que comme beatmaker, il sort la même année un long EP, Rainforest, sur le label Tri-Angle. À l’époque, ce petit label anglais s’affirme comme le plus excitant de l’empire électronique britannique, à l’origine notamment de la witch-house, avec d’autres artistes comme target="_blank">Balam Acab et target="_blank">oOoOO. En 2012 et 2013, Clams Casino sort les épisodes 2 et 3 de ses mixtapes Instrumentals, puis la série s’interrompt.

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À partir de la mie-2014, on le croise aussi de moins en moins derrière des rappeurs. Un silence suspicieux, mais salvateur : il préparait enfin la sortie de son premier album, 32 Levels. “Je voulais être silencieux parce que je ne voulais pas que les gens se mettent à attendre mon album”, dit-il amusé à Noisey. Loin de ses mixtapes, l’album en question fait la part belle aux invités, comme un vrai gros album de producteur au bras long.

Il y a du prévisible dans ce premier long format : le son évidemment, qui continue à explorer ce cloud rap qu’il a lui-même bâti. Les invités aussi, qui pour beaucoup viennent poser leurs couplets comme pour remercier Clams Casino de les avoir produits quelques années plus tôt, de Lil B (avec lequel il a enfin collaboré en studio et non plus par messagerie interposée) à A$AP Rocky en passant par Vince Staples. Mais il y a aussi de bonnes surprises, comme retrouver sur un même morceau Lil B et A$AP Rocky, qu’on croyait fâchés : la brouille serait née du fait qu’A$AP Rocky soit allé chiper le son de Lil B à ses débuts, en demandant notamment des beats à Clams Casino. Les chanteurs trouvent aussi sur 32 Levels un terrain d’expression idéal. La princesse R&B électronique Kelela donne une vraie dimension old-school à « A Breath Away ». L’épatant « Thanks To You » avec target="_blank">Sam Dew rappelle les débuts R&B brumeux de target="_blank">How To Dress Well. La vraie trouvaille de cet album dense arrive en avant-dernière position, quand Samuel T. Herring, le chanteur gigoteur de Future Islands, chante d’une voix caverneuse sur le glaçant « Ghost In A Kiss ». Volpe a visiblement bien fait de nous forcer à la patience. 32 Levels est un disque varié, qui sonne comme du Clams Casino tout en refusant de faire du surplace. On attend maintenant son retour derrière les futurs succès des nouveaux talents du rap.

- Crédit Photo : © Timothy Saccenti.