Music par Greenroom 14.07.2016

Le beat et la soul de Hijacked en interview !

Le duo sera sur scène dans deux semaines au festival Cabourg, Mon Amour, Hijacked présentera son deuxième EP « Rising Path » sorti il y a un mois. Ces quatre titres sont entraînants et, de la pochette en passant par les clips, chaque chose semble méditée par la paire formée par Clément Bazin et Jésabel, respectivement producteur et chanteuse de Hijacked.

Quel est le premier album que vous avez acheté ?

Clément Bazin : J’étais en 4ème et je pense que c’était l’album The Miseducation of Lauryn Hill, ainsi que Hello Nasty des Beastie Boys et Suprème NTM. Je suis né en 1985, j’ai grandi dans les années 90 et donc je suis imprégné du hip-hop. Après, ce n’est pas ce que je recherche à reproduire. On essaye de creuser notre propre sillon entre toutes nos influences.

Jésabel : Alors moi j’ai des gros troubles de mémoire (rires). J’ai un album qui me vient mais je ne l’ai pas acheté :  c’était My World de Ray Charles, je le chopais à ma mère quand j’étais petite.

Pourquoi avoir attendu deux ans avant de sortir ce deuxième EP ?

C – On était très occupé ! On a commencé le projet Hijacked avec notre premier EP OGGIT, mais trois mois après sa sortie, je suis parti en tournée avec Woodkid : ça a duré deux ans et demie. On n’avait pas le temps de bosser ensemble, il fallait qu’on se pose.

- Quand tu veux créer de la cohérence dans un projet, tu as vraiment besoin de te poser, de réfléchir. Il fallait vraiment qu’on ait du temps ensemble pour dialoguer, se retrouver.

Votre démarche a été complètement différente, on sent une continuité entre la musique, les clips et même la pochette. Comme si vous vouliez raconter une histoire dans sa globalité.

C – Le premier projet, on l’a fait d’un coup, juste après s’être rencontré. À ce moment-là, on a eu une période où on a pris le temps d’avoir cette réflexion de faire un tout unifié. On a réfléchi à des visuels, à des clips et même à une certaine cohérence entre les morceaux. C’était complétement volontaire.

J – On a aussi appris de cette première sortie, de ce qui manquait dans notre identité, dans la façon de se crée un univers.

Jésabel, comment as-tu réalisé les trois clips ?

J – On est parti avec la volonté de tout clipper. La conjoncture a fait que nous n’avions pas assez de matière et, vu nos moyens, c’était impossible. Il fallait prendre une décision, soit bricoler des choses, soit prendre le parti d’être un peu plus humble. C’était un bon pari de tester la réalisation. Il y a une quête ultime quand on écrit c’est d’aller au bout de la métaphore visuelle, de l’essence de mes textes. L’image c’est un moyen merveilleux pour ça. On est parti sur cette idée, ce n’était pas décidé à l’origine.

- On l’a fait au fur et à mesure, pas par rapport au clip. Une fois qu’on a eu la musique, on s’est dit qu’il fallait qu’on développe cette idée.

J – On voulait de la liberté, sortir de ce qui peut être asphyxiant pour un groupe parisien. On est produit en indépendant, cela nous force à être créatif. Comme on a peu de moyen, on regarde ce qu’on a sous la main. Là, j’avais ce voyage au États-Unis de prévu donc on a essayé de l’exploiter.

Même votre scénographie est en rapport avec la pochette ?

J – Pour notre scénographie on a fait appel à un autre collectif qui s’appelle « Serge ». Ils ont réalisé un éventail de 3,5 mètres, comme sur la pochette et dans les clips.

C – On a décidé de reprendre la matière de la pochette et des clips.

J – Dans les clips j’ai eu l’idée des objets symboles. Après, on a trouvé ça intéressant, pour pousser le lien, de réutiliser ces objets. On s’est associé avec une graphiste qui a réalisé cette nature morte.

Hijacked-Rising-Path

Par rapport au premier EP, les textes diffèrent, tu as changé quelque choses dans ta façon d’écrire ?

J – Je pense que notre jeunesse est incroyable mais les avis des gens autour de moi,qui est aussi le mien, c’est que tout le monde est un peu pommé, insatisfait. Il y a une espèce de désarroi, de ne pas parvenir à vraiment trouver sa place, a exprimer ses envies, ses élans, a être imbriqué dans des changements de société et d’être paumé au milieu de ça. Dans ma vision de la vie et mon cheminement, ce qui m’intéresse est cette espèce de quête du « soi ». Quand on se pose, beaucoup de réponses viennent à nous toutes seules. Par rapport à mes anciens textes, où j’exprimais « ma petite vie »,  je ne me mets plus dans l’histoire, je prends le recul et je parle de quelqu’un, de quelque chose. Je peux toujours être influencé ou parler de choses qui me sont arrivées mais je ne parle pas de moi, je parle de « nous ». Je trouve ça intéressant de ne pas restreindre l’histoire à ses propres émotions.

Vous connaissez bien Cabourg Mon Amour, heureux d’y rejouer ? 

C- On est trop content de revenir, maintenant le festival est sur la plage, le spot est super cool. J’y étais aussi l’année dernière avec mon projet solo, il y avait vraiment une bonne ambiance. Puis là on va jouer le dimanche sur la Grande Scène. Pour le set qu’on a, l’après-midi va être super cool. On a hâte !

J – En 2014, on n’a pas eu le temps de beaucoup tourner, surtout avec les activités de Clément. Là notre envie c’est de développer le live, de jouer ensemble. Le fait d’être trois maintenant sur scène avec l’arrivée de Louis, notre batteur, ça change la donne. Quand tu es deux, il y a un coté cocon, la batterie apporte quelque chose d’assez puissant, stimulant.

- Sur scène, on a de la matière avec cet EP là, celui d’avant, plus quelques morceaux qu’on rajoute au set. À trois il y a une autre énergie, c’est plus dynamique.

  • Retrouvez Hijacked sur la scène du festival Cabourg, Mon Amour le dimanche 31 juillet.

 

Crédit photo : © Alcibiade Cohen                                                                                                                D.A. : Muzrs                                                                                                                                                   Artwork : Dadamint