Music par Manon Chollot 08.07.2016

Kraftwerk, Bashung, Mr Oizo : tout le monde aime le vélo

Kraftwerk, Bashung, Mr Oizo : tout le monde aime le vélo

C’est le moment de ressortir votre plus beau t-shirt à pois : après le foot, le Tour de France rythme (doucement) la vie des Français durant tout le mois de juillet ! Chantée par Bourvil, par Yves Montand, la Grande Boucle a bien souvent inspiré le petit monde de la musique, des géants Kraftwerk à Alain Bashung en passant par Pink Floyd ou encore Queen. Petit tour de piste avec huit titres marquants – et ce même s’il est désormais interdit de rouler en vélo avec des écouteurs dans les oreilles !

1. Kraftwerk – « Tour de France »

C’est le groupe auquel on pense lorsque l’on évoque le Tour de France. En 1983, le plus célèbre des groupes allemands publie un single au nom bien français, « Tour de France » ! Pièce maîtresse de sa discographie et morceau incontournable de la musique électronique, « Tour de France » est l’expression des deux passions du quatuor : le bidouillage électronique et le cyclisme.

En résulte des paroles inspirées – en français dans le texte – coécrites par un ami français, Maxime Schmitt, tout aussi passionné de vélo et de musique : «Crevaison sur les pavés, le vélo vite réparé, le peloton est regroupé. Camarades et amitié.» Mais quelque temps après l’enregistrement Ralf Hütter – leader et chanteur de Kraftwerk – aura un grave accident de vélo et serait tombé dans le coma suite à sa chute. Selon la légende rapportée par Karl Bartos, qui a quitté Kraftwerk depuis, les premiers mots de Ralf Hütter en sortant de l’inconscience auraient été : «Où est passé mon vélo ?» Il faudra attendre près de vingt ans pour connaître la suite des aventures des quatre cyclistes allemands et la sortie d’un album entièrement composé autour du vélo : Tour de France Soundtracks.

2. Alain Bashung – « L’Arrivée du Tour »

Avant de s’essayer au rock, Bashung a tâté de la pédale sur piste pendant son adolescence. Fort heureusement pour nous, il a vite laissé tomber l’affaire et a préféré les pédales de guitare. En 1986, il publie Passé le Rio Grande, album avec lequel il tente de renouer avec le succès populaire après deux disques plus underground – Play Blessures et Figure imposée – qui ont surtout convaincu les critiques rock. Sur ce nouvel LP, après avoir collaboré avec Serge Gainsbourg, Bashung fait à nouveau appel à son parolier de longue date Boris Bergman, à qui l’on doit les tubes «Gaby Oh ! Gaby» et «Vertige de l’amour». Il faut croire qu’il aura eu raison puisque Passé le Rio Grande recevra la Victoire de la Musique du meilleur album rock. C’est sur cet album que se trouve « L’arrivée du Tour», une chanson bien mystérieuse que courant 2010, Bergman avait tenté d’expliquer dans l’émission L’Aube à l’aube : «L’arrivée du Tour, c’est l’histoire d’un mec qui arrive chez sa nana et voit un mec dans l’armoire… Et sa femme dit : C’est pas du tout ce que tu crois ! C’est tout. Et puis, c’était aussi une manière de nous moquer d’une certaine France profonde, qui aime le vélo, le foot… Et qui n’est pas très rock’n’roll.» Il faut dire que les paroles, qui multiplient les jeux de mots comme sur tout le reste de l’album, ont de quoi laisser perplexe : « Qu’est-ce que tu fais ? Mais tu tapines en bourg ? Pas du tout, c’est l’arrivée du tour ! »

3. Boards of Canada – «Happy Cycling»

Avant de se retrouver sur l’édition nord-américaine de Music Has the Right To Children – le premier véritable album de BOC paru en 1998 – le morceau « Happy Cycling » traînait depuis quelques années déjà sur des cassettes du groupe. Les Écossais livrent ici leur vision éthérée et instrumentale du sport à deux roues, sous forme de grandes boucles (tiens tiens) électroniques downtempo. Le track contient par ailleurs plusieurs trésors cachés. Le premier : un sample d’oiseau tiré du morceau «La fête sauvage» de Vangelis ; le second : l’extrait d’une interview de Jeff Lynn rembobinée, dans lequel le leader du groupe Electric Light Orchestra nie l’utilisation de backmasking (soit l’enregistrement de sons à l’envers sur une piste musicale), expliquant qu’il «faudrait être un génie pour faire cela». Malin !

4. Pink Floyd – « Bike »

Paru en 1967, The Piper At The Gates Of Dawn est le premier album des Pink Floyd. Composé par Syd Barrett, le morceau «Bike» raconte l’histoire d’un jeune homme qui veut prêter son vélo afin d’amener une jeune fille dans sa chambre et lui montrer des trucs sympas (hum). S’il n’est pas certain que la jeune fille accepte la proposition reste que ce titre est un exemple typique du folk psychédélique britannique. À l’instar de la pochette kaléidoscopique, on se perd dans le morceau, surtout lorsqu’il bascule au final dans une inquiétante démonstration de musique concrète à grand renfort de bruits de chaînes, de pédales, de roues et de klaxons.

5. Queen – « Bicycle Race »

L’histoire de ce morceau est plutôt drôle. Alors qu’ils avaient commencé à enregistrer leur septième album studio Jazz dans le Sud de la France, durant l’été 1978, Freddie Mercury et ses compères décidèrent de continuer l’enregistrement à Montreux. En chemin, ils assistent à une étape du Tour de France qui a inspiré à Freddie Mercury l’écriture de cet hymne glam-rock devenu culte. Le morceau était accompagné à sa sortie d’un clip interdit – une autre époque – dans plusieurs pays. On y voyait en effet une vingtaine de mannequins chevaucher leurs bicyclettes entièrement…nues ! Pour la petite histoire, le loueur de vélos aurait, après avoir vu la vidéo, demandé au groupe de faire changer toutes les selles à ses frais !

6. Les Wampas – « Jalabert » et « Rimini »

Didier Wampas, leader et chanteur déglingué du groupe Les Wampas, est un fan du Tour de France qu’il suit avec assiduité depuis son adolescence. Du coup, la petite reine est une source d’inspiration récurrente. Il lui a consacré deux chansons. Sur l’album Chicoutimi, en 1998, il rend hommage de manière délurée à Laurent Jalabert, espoir français bien placé dans le peloton de l’époque que Didier Wampas veut absolument voir gagner. Sur le plus récent Rock’n Roll part 9, c’est de façon plus calme, plus poétique et plus délicate qu’il rend un hommage très touchant au coureur italien Marco Pantani dit «Le Pirate» mort d’une overdose dans sa chambre d’hôtel à Rimini en février 2004, dans des circonstances bien troubles. «Je m’étais arrêté une nuit à Rimini, j’avais trouvé ça super pas beau. Quand j’ai appris qu’il était mort là-bas, tout seul dans une chambre d’hôtel, cela m’a tellement foutu les boules que je me suis dit qu’il fallait que j’écrive une chanson. Mais je ne l’ai pas faite tout de suite, pour qu’elle ne soit pas larmoyante» a-t-il expliqué en 2006 au Parisien. La chanson sera par la suite reprise en italien, et bénéficiera d’un clip dans lequel, faute d’avoir pu acquérir les droits d’images de Pantani auprès de sa famille, un sosie chauve reprendra le rôle du coureur.

Mais aussi :

  • les cinquante-et-une secondes de pure fantaisie minimaliste de Katerine
  • le clin d’œil de Mr Oizo feat. Gaspard Augé au «Trans-Europe Express» de Kraftwerk sur la bande originale du film complètement fou Rubber de Quentin Dupieux avec leur morceau «Tricycle Express»
  • Ou encore le délire psycho-écolo de Billy Ze Kick & Les Gamins en Folie