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En ce lendemain de branlée des Bleus, prenons bien le temps de moquer l’Angleterre

En ce lendemain de branlée des Bleus, prenons bien le temps de moquer l’Angleterre

Entre l’Euro, le Brexit et le racisme, notre discussion avec le londonien Tiggs Da Author au Main Square a presque viré au bash de rosbeef.

En ce dimanche 3 juillet au Main Square Festival d'Arras, Tiggs Da Author lance de la plus belle des manières la troisième et dernière journée de fête nordiste. Placé à 15h sur la scène Greenroom, ce chanteur londonien né en Tanzanie ramène même du soleil, sûrement grâce aux bonnes ondes de sa souriante musique roots, entre soul, funk, pop et reggae.

"Après tout ce rock, ça fait du bien !" nous confirme David, un festivalier pas encore remis de la veille et du concert de clôture de Salut C'est Cool. "C'était du vrai art contemporain ça ! C'est comme ça qu'il faut faire, faut y aller, faut s'en foutre, faut faire son truc à fond !". Ouais ouais, t'enflammes pas trop non plus, hein.

greenrooo[4]©Sarah Bastin

En tout cas, David et tout le reste du public de la scène Greenroom apprécie les "positive vibes" de Tiggs Da Author, comme le chanteur le décrit lui-même. Mais parmi toutes ces ondes positives, Tiggs prend aussi le temps de parler à Arras. De sa joie d'être là (c'est son tout premier concert en France !), d'un vieux rencard qui finit sur une note de restaurant très salée, et même de Brexit :

"C'est très dommage, je vais peut-être même venir vivre ici en France, avec vous !". Vu qu'il faut bien accueillir les nouveaux arrivants, on est allé lui parlé backstage après ce chaleureux concert. Et c'est pas notre discussion qui va le rendre fier à nouveau de son pays.

 

Brexit

"Pour être honnête, je ne pensais pas qu'on allait sortir de l'Union européenne. J'avais bien conscience que certains le désiraient, mais c'est juste que sur un plan logique, je ne comprends pas pourquoi. Il y a tellement plus d'avantages que d'inconvénients à rester dans l'UE, c'est ce que je pense en tout cas. Je trouve le choix de la sortie juste ridicule. L'unité est toujours préférable. On a besoin de chacun d'entre nous. On a besoin de l'Europe pour énormément d'importations, alors pourquoi voudrait-on rendre ces produits plus chers pour nous ? C'est nous qui sommes perdants là-dedans. Après, j'ai quand même déniché un avantage du Brexit : avec la baisse du livre sterling, mes payes en euros pour mes concerts européens vont valoir davantage d'argent en Angleterre. Mais bon, est-ce que ça vaut vraiment le coup ? C'est stupide".

autor

Le racisme en Angleterre

"Avec le Brexit, certains n'ont désormais plus honte d'exprimer des propos racistes. L'immigration a été au centre de la campagne du Brexit : avec sa victoire, ils pensent que la majorité du pays ne veut plus d'immigrants. Même si l'Angleterre ne pourrait pas fonctionner sans ses immigrés. Personnellement, je suis né en Tanzanie, avant d'arriver très jeune en Angleterre. Donc je suis moi-même un immigré ! Quand je suis arrivé de Tanzanie, j'ai subi beaucoup de racisme parce que je ne parlais pas encore anglais... J'étais juste ce petit Africain qui avait été déposé sur ce sol... En grandissant, ça s'arrange. D'autant plus qu'avant le Brexit, j'ai pu apercevoir qu'on allait dans la bonne direction, que le racisme baissait, que ça évoluait. Et puis même à l'époque, quand un gamin m'insultait, il y avait d'autres groupes qui le remettaient à sa place, qui lui disaient de se taire.

Le racisme a en tout cas sans doute eu une influence sur ma carrière musicale. Petit, j'avais l'impression de ne pas avoir de voix, d'être exclu. Et puis comment veux-tu débattre avec un raciste ? Donc j'ai commence à sentir en moi la volonté d'être une voix, de promouvoir quelque chose, d'être du côté positif et d'exprimer mes opinions".

La défaite à l'Euro face à l'Islande

"Quelle honte, quelle humiliation... Sans retirer du mérite à l'Islande, l'Angleterre était censée les battre. Mais l'équipe les a pris de haut, les a sous-estimés. Les joueurs pensaient déjà au tour suivant face à la France, et en football, tu n'as pas le droit. Car tout peut arriver dans le foot. L'autre raison du débâcle, c'est le coach... Il est horrible. Tu n'as pas besoin d'être manager pour comprendre que Harry Kane, un attaquant grand et fort, ne doit pas frapper les corners et les coup-francs ! Il les tirait même de 60 mètres, non mais sérieux ! C'était embarrassant... En plus ça se déroule la même semaine que le Brexit, c'était terrible !"

Pour encore plus de Main Square Festival :

20160702MAINSQUARE_BASTIN_4762©Sarah Bastin