Music par Patrick Thevenin 02.07.2016

Ces artistes qui ont changé la cause LGBT

Il suffit parfois de quelques artistes, de gestes forts, d’affirmation publique, pour faire avancer une cause et changer le regard des gens sur l’homosexualité. À l’occasion de la Marche des fiertés 2016, présentations de ces artistes essentiels, de Tom Robinson à Frank Ocean, en passant par Wendy Carlos et The Gossip et aujourd’hui Perfume Genius, qui ont à eux seuls fait avancer les droits LGBT.

Jimmy Somerville

Quand on pense chanteur engagé pour la cause LGBT, c’est certainement Jimmy qui arrive en tête, avec sa voix mutante capable d’accomplir des prouesses. À 23 ans, avec son groupe Bronski Beat, Jimmy compose «Smalltown Boy» une des plus belles chansons de la culture gay, sur le désespoir d’un jeune ado qui se découvrant homo ne rêve que de fuir à Londres pour enfin vivre ses rêves. Par la suite, avec les Communards ou en solo, il ne cessera de militer gay et à gauche toute, soutenant l’association de lutte contre le sida Act-Up, reprenant des standards homos («You Make Me Feel», «I Feel Love»…). Il poussera, sur fond de Hi-NRG, avec «Read My Lips», un des plus beaux coups de gueule contre l’épidémie de sida.

« Smalltown Boy »

Tom Robinson

Peu de gens connaissent ce folkeux anglais, proche d’Elton John, qui a eu son heure de gloire avec le Tom Robinson Band dans les années 70, et le titre «Glad To Be Gay». Un hymne révolutionnaire pour l’époque et interdit par la BBC en son temps, marqueur symbole de la révolution sexuelle, et qui permettra à Tom d’exorciser sa difficulté à accepter son homosexualité à l’adolescence et sa tentative de suicide. Une manière d’envisager la thérapie par la guitare sèche…

« Glad To Be Gay »

Terre Thaemlitz

Musicien(ne), vidéaste, conférencier(e) et intello, boss du label Comatonse Recordings, l’Américain Terre Thaemlitz et ses différents alias (G.R.R.L., DJ Sprinkle…) est certainement la plus belle chose arrivée à la house ces 20 dernières années. De ses projets ambient abordés sous le prisme politique à ses reprises de Kraftwerk en passant par ses réflexions sur l’amour comme instrument de contrôle des masses, Terre a appliqué à la house music la théorie (parfois complexe) du gender. Mais s’est surtout imposé(e) comme un(e) des meilleur(e)s DJs de deep house (la vraie).

« See Line Woman (Terre Thaemlitz edit) »

Patrick Cowley

Dans les années 80, le musicien et producteur Patrick Cowley, fan de synthés et autres boîtes à rythmes, va poser les bases de la bande-son du lifestyle gay, cuir et moustache, de l’époque. En solo, ou accompagné du travesti flamboyant Sylvester, Cowley va produire plusieurs hits de disco brute et synthétique («Menergy», «You Make Me Feel») qui sentent le sexe et l’abandon et vont accompagner la révolution sexuelle en marche. Mort du sida à 32 ans, son œuvre multiple et complexe ne cesse d’être exhumée par l’excellent label Dark Entries.

« Menergy »

RuPaul

Dans les années 90, l’Américain RuPaul Andre Charles, va s’imposer comme la plus star des drag-queens qui envahissent les clubs gay tout autour du monde. Avec ses tubes de house putassière et perchée sur des stilettos de 30 cm, RuPaul se moque de la célébrité, des top-models, du bling-bling et se joue des codes masculins et féminins. Après avoir été dans les nineties “la reine de Manhattan”, RuPaul va refaire surface à la fin des années 2000 avec RuPaul’s Drag Race, émission de télé-réalité caustique et hilarante, où des candidats se battent, devant un jury d’une méchanceté sans pitié, pour devenir la prochaine drag-queen, relançant ainsi la mode des garçons déguisés en femmes dans les clubs.

« Supermodel »

Frank Ocean

Révélé au sein du collectif de hip-hop Odd Future, Frank Ocean va vite devenir avec l’album Channel Orange, une des figures de proue du renouveau du r’n’b à papa. Mais c’est son coming-out en 2012, via un texte émouvant publié sur Tumblr, qui va profondément changer le visage d’un genre, le rap, réputé pour son machisme et son homophobie. Et surtout ouvrir la voie à toute une nouvelle génération de rappers (Mikky Bianco, Lef1, Zebra Katz) qui, en s’affirmant, vont injecter dans le hip-hop une bonne dose de queer, idéale pour redonner un bon coup de jeune à un genre souvent englué dans ses propres clichés.

« Swim Good »

Perfume Genius

L’Américain Mike Hadreas s’est fait le spécialiste d’une pop maniérée et subtile, empruntant autant à l’électronique qu’au piano minimal, où il aborde des problématiques liées à l’amour, la mort ou la sexualité. Mais Mike est aussi un garçon qui ne cache rien, ni son homosexualité, ni son faible pour le porno, et qui n’hésite pas à se produire sur scène maquillé ou les ongles peints, ce qui demande un certain courage. Notre Christine nationale ne s’y est pas trompée, l’invitant sur «Jonathan», sublime hommage tout en délicatesse à Klaus Nomi.

« Queen »

Morrissey

Même s’il n’a jamais fait officiellement son coming-out, et s’est avéré avec l’âge de plus en plus ronchon-réac, Moz, pendant sa période Smith, a profondément marqué les garçons sensibles. Avec ses chansons à double sens («This Charming Man», «Hand In Glove»), ses pochettes profondément homoérotiques, et sa manière de lancer des fleurs au public, l’étalon britannique a permis à des milliers de garçons autour du monde de faire leur coming-out et de se rassurer: oui, on peut être gay, aimer le rock et détester la disco!

« This Charming Man »

Sex Toy

Fascinée par Bowie, Sex Toy est une des premières DJs françaises lesbiennes à avoir mélangé rock et techno et s’être imposée entre clubs et raves. Entre ses sets fiévreux, son féminisme exacerbé, ses collaborations avec DJ Chloé (le duo Dirty Crystal) ou Jennifer Cardini (le dément projet Pussy Killers), elle est un des maillons essentiels de la bande de filles énervées qui a fait du club parisien le Pulp le repaire de tous les mélanges tel qu’il s’est imposé dans les années 2000. Son influence

Beth Ditto

La chanteuse des Gossip, groupe issu de la turbulente scène de Portland, a le mot “militante” gravé sur le cœur. Avec ses déclarations coup de poing (elle a refusé de faire la pub pour Gap car «on n’y vend pas des vêtements de sa taille»), ses hymnes engagés comme «Standing in The Way Of Control» et son mariage à Hawaï en forme de provocation, Beth s’est imposée comme la plus pop et funky des activistes LGBT et féministes, deux combats qui vont souvent de pair.

Standing in The Way Of Control

Wendy Carlos

Née garçon sous le prénom Walter à la fin des années 30, et passionnée par les premiers synthétiseurs et la musique électronique, Wendy, parmi les premières musiciennes transsexuelles, va dans les années 70 devenir la reine du Moog, un des premiers synthés modulaires, avec Switched On Bach, album de covers de Bach au synthé qui accompagnera sa transition vers le genre féminin. Ses B.O de films cultissimes comme Orange Mécanique, Shining ou Tron inspireront des années après et plus que de raison deux petits Français, connus sous le nom de Daft Punk.

Orange Mécanique

Ricky Martin

Si on passe outre sa musique et son tube planétaire «Un, dos, tres», force est de reconnaître que le coming-out en 2010 de celui qu’on considérait comme un aimant à femme a provoqué un joli séisme et fait changer bien des mentalités. Depuis, la carrière de Ricky ne s’est jamais aussi bien portée (comme quoi) et il est devenu un farouche militant des droits LGBT et de la visibilité.