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Eurocks 2016 : Bagarre éclate le premier jour et tous les groupes devraient en prendre de la graine

Eurocks 2016 : Bagarre éclate le premier jour et tous les groupes devraient en prendre de la graine

Le quintette sportif s'est déchaîné mieux que les autres à Belfort. Rejoignez le camp du son qui frappe fort, des shows coup de poing et du style engagé.

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Façon tornade

Au milieu de la foule : une saleté de Hater. C'est le seul type qui se la ramène. Tout le monde attend calmement Bagarre mais lui, il commence par gueuler sur les photographes qui envahissent les crash-barrières pour se préparer à shooter le groupe. « Regarde-les. Pourquoi ils veulent les photographier ? Barrez-vous ! ». Le problème du Hater, c'est qu'il a toujours un pote pour lui donner de la stature. Un pote qui ne bronche pas et qui écoute, le sourire coincé sous le pif. « Franchement, c'est la même bouse que l'autre groupe pathétique là, tu sais ? ». Silence du pote. « Fauve ! Trop nul ». Et là les 5 héros désinvoltes de Bagarre déboulent sur scène. Tous ont leurs fameuses vestes de survet' Adidas sur les épaules. « Franchement si la brigade du bon goût se ramène, elle les embarque tous ». Le Hater et sa marinière jaune et verte vont tenir 1 chanson et demie avant de se barrer. Pareil pour son pote. Sur scène et dans la fosse en revanche : c'est le feu. « Bonsoir» a tout soufflé façon tornade. Le milieu du show et le finish seront de la même trempe. Bagarre est un terrible groupe live. Les tubes issus de l'EP Musique de Club tabassent. C'est écrit avec les tripes et sans se regarder dans le miroir. Pour la faire courte à chaque morceau, c'est l'auteur du texte qui est forcément au micro et qui vient le défendre sur scène. Au préalable les 4 autres membres du groupe l'ont validé et c'est ensuite que Bagarre donne tout, à l'unisson. Un vrai crew de rap, en encore plus impliqué, jusque dans le jeu des instrus.

Rêve de gosse

« C'était assez énorme » confirment Emmaïdee et La Bête de Bagarre, encore 4 heures après le live. Il faut dire que le groupe kiffe les Eurocks, surtout le grand beau gosse charismatique. « Pour mes premières Eurocks quand j'étais beaucoup plus jeune, mes parents m'ont dit 'Tu passes ta classe de seconde et tu auras le droit d'aller aux eurockéennes'. Du coup je n'ai pas eu ma seconde et je suis quand même venu. Le premier concert que j'ai vu c'était les Bloc Party sur la même scène que celle sur laquelle on a joué. Après j'ai vu Nine Inch Nails sur la grosse scène. Jouer aux Eurocks est l'un des premiers rêves que j'ai voulu réaliser quand j'étais petit ».

Revanche sur Longchamp

Heureusement à Belfort ce 1er juillet, pas de match de foot de la France pour casser l'ambiance, comme a Solidays la semaine précédente où un écran géant sur la scène voisine leur avait fait grosse concurrence (Il jouaient à 15 heures, le match commençait à 15 heures). «  Tu mets un écran géant... même nous on a envie d'y aller ! On n'a pas trouvé ça cool ». Tant pis pour ceux qui ont raté le concert à Longchamp en tout cas.

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© Sarah Bastin

Ce coup-ci, le crew a littéralement éclaté le festival. Plus vif que les Last Shadow Puppets, moins répétitif que la machine à ambiance MHD, énormément moins bordélique que Mr Oizo, et tellement cool, tellement intelligent dans les textes, tellement sincère et engagé. Sur le finish, beaucoup scotchent pendant 8 minutes sur le titre d'adieu. Jusqu'à ce que La Bête s'assied dans la foule, fasse s'asseoir tout le monde et mime un orgasme, histoire de clouer le spectacle. « Si je pouvais niquer ta mère, j'irai niquer ta mère, je sais pas où elle habite, je sais où est la bête » est la dernière phrase du show. Et Bagarre s'enfuit en brandissant le drapeau arc-en-ciel, l’étendart de la lutte pour les droits LGBT.

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© Romain Leblanc

"par amour de la musique et de la tolérance des genres"

Attendez !? Le drapeau Arc-en-ciel ? Aurait-on là un groupe un tantinet engagé ? En 2016 ? Quelle bande de badass. « C'est sincère, expliquent Emmaïdee et La Bête, on est très proche des Fils de Venus, le collectif gay friendly. Ils ont organisé nos release parties. Finalement on est issu de la scène gay, lesbienne et trans. C'est très naturel, par amour de la musique et de la tolérance des genres, qu'on s'investisse. On a un vrai lien avec cette scène-là et on a un truc un peu politique qui est de dire que 'si je lutte pour moi, je lutte pour les autres'. Lutter pour la cause LGBT c'est la même chose que lutter pour l'intégration en France, pour les gens qui galèrent, et tout. Pour nous ce serait un erreur de ne pas s'engager un minimum si ça nous semble sincère de le faire ».

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© Romain Leblanc

 "Si on ne fait rien, on laisse gagner ces gens dont c'est la religion d'être casse-couilles"

S'engager ok, mais les groupes de musique peuvent-ils s'en charger efficacement ? « Il y a des gens qui nous envoient des mails sympas et ils habitent dans le trou du cul du monde. A notre échelle, on sait qu'on est proche d'eux et on a une responsabilité, on ne peut pas le nier. Moi j'étais dans un village de 80 habitants, j'avais des groupes extrêmement importants pour moi, ils étaient à 100 km devant n'importe quel mec qui pouvait avoir à me représenter officiellement ». explique le chanteur avant d'en remette un coup : « Le problème, c'est que les évidences ne poussent pas à agir, et c'est là où on a réfléchi. C'est évident pour nous et pour plein de gens de ne pas dire non aux immigrés, non à la sécurité sociale, non à je ne sais pas quoi. Sauf que lorsqu'on est pour quelque chose il ne faut pas rester les bras croisés, il faut le montrer. C'est ça qui n'est pas évident, c'est ça qu'on a essayé de déclencher chez nous ». Voici une première leçon a en tirer : peut-être qu'au lieu de rester muet autour du Hater, il aurait fallut crier notre amour pour Bagarre. « Si on ne fait rien, on laisse gagner ces gens dont c'est la religion d'être casse-couilles. En 2017 il va y avoir la campagne présidentielle. Les gens vont dire des choses horribles, tout va ressortir. Il ne faut pas le nier et les groupes de musique ont leur part de responsabilité. Surtout qu'il ne faut jamais oublier qu'il faut 5 minutes pour détruire une chose et 5 heures pour en construire une». C'est vrai que le Hater s'est barré au bout de 5 minutes. Il n'était clairement pas dans le bon camp.