Music par Kerill Mc Closkey 02.07.2016

Flume, Jake Bugg et Yelawolf intimes et cramés en backstage du MSF 2016

Flume, Jake Bugg et Yelawolf intimes et cramés en backstage du MSF 2016

Virée somnolente dans les coulisses du Main Square où la saison des festivals attaque franchement les organismes.

18h15, Yelawolf arrive sous la tente où on l’attend pour un court entretien. Il est en retard, il commence à jouer dans moins de deux heures. Looké comme un dieu du rock à l’américaine (tatouages, crâne sur la bague, veste en jean, chapeau de cow-boy), il rentre sous la tente au ralenti, presque hagard. Yelawolf est juste crevé. Rien d’autre. Car à 3h du matin la veille, quand t’étais bien au chaud dans ton lit, lui, et bah il était en Suède.

_MG_2463©Sarah Bastin

« J’ai pas dormi, mec » il confirme. « Je ne me rappelle déjà plus où on était hier… Hey P. ! (son manager) On était où hier ? Ah oui en Suède. Hey P. ! C’était quoi le nom du festival ? Ah oui Bravalla, j’avais la première lettre, le B. Le festival est à deux heures et demi de route de Stockholm. C’était notre première date européenne donc tu rajoutes à ça les 2h30 entre Nashville (sa ville de résidence, ndlr) et New York, puis les 8h entre New York et Stockholm, puis la route en zig zag jusqu’au festival, puis on a joué… Hey P. ! On a joué à quelle heure ? Ouais 17h. Puis donc retour à l’aéroport et l’avion jusqu’ici… le planning est juste complètement fou ». Surtout quand on sait qu’il a encore onze concerts à tenir. Dans toute l’Europe et en deux semaines. Et qu’il ne sait déjà plus trop où il se trouve.

« La maison me manque » (Flume)

Un peu plus tôt vers 15h, c’est Jake Bugg qui bugge. On le retrouve dans les vapes, yeux cernés jusqu’au sol, perdu dans son trop grand canap’ de sa trop grande loge. « On était à un festival en Belgique hier, on a joué vers 15h, et puis on a juste fait la fête, avec d’autres artistes notamment. Il n’y avait rien d’autre à faire en fait. On a fini par regarder le foot, le match Pologne-Portugal. C’était cool, mais dommage que ce soit allé en prolongations, je n’en pouvais plus. On est reparti ce matin ».

_MG_2080 ©Sarah Bastin

Le prodige électro Flume, qu’on rencontre plus tard, était d’ailleurs au même festival. « J’ai joué à 20h, puis on est parti vers Anvers pour la nuit. Mais plus que deux shows, et retour en Australie. La maison me manque. Ça fait 6 semaines que je suis en tournée. Parce que l’Australie est si loin, je dois rester loin de chez moi longtemps, je ne peux pas partir et revenir ». Ce luxe là, le producteur berlinois Boyz Noise se le paye. Arrivé peinard au MSF vers minuit pour un set à 1h30, il explique comment il a décidé de stopper les tournées à rallonge grâce à un statut qui lui permet désormais de faire ses propres choix :

« Pour mon bien-être, je fais deux shows le week-end puis je rentre à la maison à Berlin, ou alors je profite un peu. Là demain je pars au Portugal. Je joue un set, puis je reste cinq jours. C’est un superbe pays. Si c’est pour répondre à des obligations ? Non, c’est juste pour profiter de la vie. C’est la meilleure des raisons ». Veinard et philosophe. Surtout veinard quand même. Yelawolf lui aussi n’a pas vraiment besoin de fric. Mais il va là où son agent live lui dit d’aller. « Il s’en fout bien de mon confort. Et je ne suis pas du genre à me plaindre. Si on me dit de jouer, je joue ».

« Le rock’n’roll marche bien sous la flotte » (Jake Bugg)

Loin du Portugal, il pleut en ce premier jour de Main Square Festival. Le terrain devient de plus en plus boueux. Mais tout comme les festivaliers qui savent s’éclater dans la terre mouillée, les musiciens n’ont rien contre l’atmosphère humide, malgré la fatigue. Même pour un jeunot élevé sous le soleil austral : « J’adore la pluie ! » s’enthousiasme Flume. « Peut-être parce que j’ai grandi dans la chaleur, j’ai l’impression d’avoir été fait pour naître dans un endroit alpin ou autre. J’apprécie l’odeur humide et devoir rester à la maison ». Le londonien Jake Bugg connaît davantage les météos capricieuses, et ça ne lui pose pas de souci pour son set. « Quand il pleut, les gens ont besoin d’une musique excitante, pas de trucs longuets de sept minutes. C’est pour ça que le rock’n’roll marche bien sous la flotte ».

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Fatigués, trempés, perdus, c’est le spleen backstage au MSF ? Loin de là. Parce que les musiciens font l’un des plus beaux métiers du monde. Les yeux se ferment certes, mais à discuter de la motivation qu’ils ont pour leur concert du jour, les paupières se relèvent à l’unanimité. Chacun dans son rôle. Jake Bugg ouvre la scène principale à Arras, et il a quelque chose à prouver : « Les critiques n’ont pas trop aimé mon dernier disque, mais je m’en fous de ça, seuls les réactions de mon public comptent. Et la réception fut plutôt bonne. En festival, c’est aussi un bon moyen de conquérir de nouveaux fans. Un bon moyen d’en perdre aussi ! ».

A l’opposé de la line-up, Boyz Noise clôture la soirée : « C’est un spot qui peut être dangereux s’il y a de la fatigue chez les festivaliers. Mais là je suis en live, pas en DJ et, donc je vais leur balancer ma musique, ne pas calculer, et on verra bien. C’est excitant ».

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Yelawolf lui a une autre motivation en ce premier jour de juillet. Le 11 novembre 2015, il était en concert à Paris, avant de partir pour l’Allemagne. Deux jours plus tard, des kamikazes propagent la haine dans un concert des Eagles Of Death Metal, où un ami de Yelawolf se trouvait. « On a reçu un appel de sa petite amie qui n’arrivait plus à le joindre. Quelques heures plus tard, on découvre sa tête sur une photo du concert, au premier rang. Il est mort ».

Depuis le drame, le rappeur-countryman américain n’était plus revenu en France. Le Main Square signe donc ce retour trop retardé. « Dès mon arrivée à l’aéroport de Nasville, j’ai pensé à mon ami et à ce passage par la France. C’est un concert très spécial pour moi aujourd’hui. Mais ça va aller mec, il faut juste montrer qu’on n’a pas peur et continuer à jouer ». Tout comme Jake Bugg, Flume et Boyz Noise, Yelawolf s’est surpassé pour le vendredi inaugural du Main Square Festival. On remercie son salaud d’agent, et tous ces artistes qui se crament le corps et la tête pour nous faire passer des étés en musique.

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