Music par Kerill Mc Closkey 30.06.2016

Le jour où Iggy Pop a rencontré David Bowie, son « sauveur »

Le jour où Iggy Pop a rencontré David Bowie, son "sauveur"

En 1971, au backstage d’un légendaire club new-yorkais…

David Bowie et Iggy Pop à Berlin, parcourant les nightclubs allemands incognito, et révolutionnant ensemble la musique pop en plein épicentre de la Guerre Froide. En 2016, il est toujours dur de faire plus cool que cette image, aujourd’hui bien ancrée dans les consciences. Berlin capitale de la nuit, bien davantage qu’une réalité, est un fantasme, une mythologie. Et ce mythe doit beaucoup à David et Iggy.

Bowie et Pop sont arrivés à Berlin en 1976, s’installant au 155 de la Hauptstraße, Shoneberg. Mais ils se sont rencontrés bien plus tôt, en 1971. A l’époque, Bowie n’a pas encore sorti Ziggy Stardust, l’album qui fera de lui une star planétaire. Mais il est déjà une figure pop célèbre. Quant à Iggy, il a sa propre notoriété également, mais dans l’underground. Les Stooges sont confidentiels, mais ceux qui les connaissent le savent : ce groupe est le plus féroce de la planète, et Iggy le leader le plus taré et charismatique du monde occidental. En 1971, c’est bien Bowie qui est fan des Stooges et non l’inverse. Pop lui, n’a jamais écouté l’Anglais. Mais il connaît ce nom de David Bowie…

Iggy raconte pour Rolling Stone : « Je dormais dans le petit loft branchouille de l’agent Danny Fields à New York. Il était tard un soir, et Danny est parti au Max’s Kansas City (l’une des boîtes rock les plus légendaires de la Grosse Pomme, ndlr). Je ne voulais pas y aller. Je matais la télé – Mr Smith au Sénat (de Frank Capra, film culte encore une fois, ndlr). Danny m’a appelé : « Il y a un gars ici. Tu te rappelles de lui ». C’était vrai, car David avait écrit un truc pour le Melody Maker sur ses chansons favorites, et il a dit qu’il aimait les Stooges, ce que peu de personnes n’admettait à l’époque. Danny a dit : « Tu dois vraiment te ramener ici ». David y était avec son manager, Tony DeFries, et pleins d’autres gens autour de lui. Il m’avait l’air sûr de lui et amical. J’ai compris qu’il avait quelques idées pour moi ».

iggybowie

Deux ans plus tard, Bowie file effectivement un coup de main à la production du troisième album des Stooges. « Il a eu un gros impact sur Raw Power » confirme Iggy Pop. « On avait fait quelques sessions à l’Olympic Studios de Londres, et on a envoyé les cassettes à David. Il est revenu vers moi : « Vous pouvez faire mieux que ça ». Et donc on l’a fait. On a écrit davantage et on est arrivé à un travail plus sophistiqué. Si on allait être dans son écurie, il voulait qu’on fasse du boulot de la plus haute qualité ».

A la fin de la tournée de Raw Power, les Stooges se séparent. Iggy Pop tombe alors dans la déchéance et la démence, jusqu’à se faire interner après les multiples excès des virées californiennes de lui et Bowie, époque Station To Station. La lumière, il la reverra grâce à Bowie, soigné de la décadence du LA des 70’s, qui le tire du trou pour l’emmener avec lui à Berlin. En sa compagnie, Iggy renaît. Physiquement, mais aussi musicalement. Sous la tutelle de Bowie, il crée les deux meilleurs albums solo de sa carrière : The Idiot et Lust For Life. « David Bowie est mon sauveur » admettra Iggy Pop dans un autre article de Rolling Stone. Heureusement qu’il a bougé ses fesses du canapé en une nuit new-yorkaise de 1971.