Music par Kerill Mc Closkey 29.06.2016

Le jour où Iggy Pop s’est pris une énorme châtaigne d’un biker, en plein concert

Le jour où Iggy Pop s'est pris une énorme châtaigne d'un biker, en plein concert

L’agression participa à la séparation des Stooges, moins d’une semaine plus tard…

Lundi 4 février 1974, à Wayne dans le Michigan. En mini-tournée organisée à la va-vite, Iggy Pop et ses Stooges arrivent au Rock and Roll Farm, là où le groupe joue ce soir. Le lieu, sorte de pub-concert à la capacité de 120 personnes, est aussi minable que Wayne, ville pourrie en banlieue de Detroit, le domicile des Stooges.

Rockers vs Bikers

Sur place, le crew déchante. Techniquement, ça va être compliqué de brancher tous les amplis. Et puis, c’est quoi tous ces bikers qui traînent autour ? Vont-ils rester pour le concert ? Oui, plusieurs douzaines même. Dont six ou sept devant la scène. Selon Bob Baker, fan des Stooges qui raconte la scène pour la biographie d’Iggy Pop Open Up and Bleed, les gaillards sont costauds, barbus, dans la trentaine, vêtus pour la plupart de vestes en cuir décorées du blason des Scorpions, un gang de la partie ouest de Détroit. Pour les Stooges et leur équipe, la situation est inconfortable. Pas qu’une bande de bikers leur font peur, non ça ils connaissent. C’est juste qu’au micro ce soir, il n’y a pas n’importe qui. Il y a Iggy Pop. Et en 1974, son public, il le maltraite.

Iggy-and-the-Stoog

L’Iggy Pop des Stooges, à l’époque où il avait le groupe garage-punk le plus sale du monde derrière lui, était célèbre pour son comportement agressif envers le public. Il l’insultait, lui adressait des bras d’honneur, essayait de le foutre mal à l’aise. C’était son truc, sa vision du rock’n’roll, dans la confrontation. Et ça n’a jamais été aussi vrai que lors de cette tournée post-Raw Power, le troisième album des Stooges, celui produit avec David Bowie. Complètement décadente, menée par des gars quasi à bout, la tournée était devenue une sorte de cirque apocalyptique sans limites qui ne devait sa survie qu’à la générosité de Nathalie Schlossman. Cette fan des Stooges (elle a crée le premier fanzine consacré au groupe) s’était muée depuis quelques années en ange-gardien du groupe. Elle lavait les vêtements, cuisinait, allait réveiller les Stooges, souvent pour les retrouver en plein ébats sexuels. Le 5 octobre 1973 par exemple, Iggy avait fini un concert à Détroit en donnant l’adresse de son hôtel. Le lendemain, Nathalie ouvre la porte sur une orgie d’une vingtaine de personnes. Forte, mature, et admiratrice folle de l’art d’Iggy sur scène, elle ne bronchait pas.

Metallic KO

Mais à l’hiver 73-74, la fin des Stooges semble proche. Iggy Pop surtout était devenu de plus en plus radical, violent sur scène, finissant régulièrement ses concerts en sang. Comportement que le reste du groupe avait de plus en plus de mal à supporter : « Ouais, ils ne m’aimaient plus trop, ils me l’ont fait comprendre » raconte ainsi Iggy à Clash, rajoutant que les soucis ne se trouvaient pas seulement de son côté : « J’étais plutôt frais et prêt à aller au combat, et à chaque fois les autres gars rendaient impossible n’importe quel compromis avec n’importe quelle personne du business qui pouvaient vraiment nous aider ; impossible de garder un emploi du temps ; impossible de faire de grosses séances de travail quand on en avait la chance. Le groupe était constamment flemmard, fermé, irréaliste, antipathique, et incorruptible, au point où ils m’ont foutu à bout à deux reprises ».

igyy

Le courant ne passe donc plus entre Iggy et les Stooges au moment d’arriver à Wayne. Le groupe se sent même en danger sur scène avec ce taré d’Iggy devant eux. Mais pour l’instant, les réactions du public se sont cantonnées à des lancer d’œufs et autres objets relativement inoffensifs, comme si le charisme mystique d’Iggy empêchait toute attaque démesurée. Les œufs volaient à foison certes, des douzaines chaque soir, mais ça allait encore. Les bikers de Wayne en balancent quelques-uns également alors que les Stooges ont débuté leur concert du Rock and Roll Farm. Sauf que ce ne sera pas suffisant pour l’un d’entre eux. Bob Baker relate : « Iggy est parti vers le public, il s’est mis juste en face d’un biker. Ce gars était lourd et imposant ». Et bim, la grosse châtaigne part. « Le biker a frappé Iggy en pleine poire et il a volé en arrière à travers la foule. C’est juste les lois de la physique si tu pèses 130 kilos et que fous un poing à quelqu’un, ce poing rosse bien plus que celui d’un gars de 50 kilos. Donc quand il a frappé Iggy, il a juste volé en arrière à travers la salle, comme dans un film. Et ils se sont tous marrés ».

Iggy se relève, remonte sur scène, et dis à son groupe de se barrer. Ils ne se font pas prier. Pour les Stooges, c’est un choc. Pas qu’ils n’ont jamais vu une baston de leur vie, juste qu’Iggy Pop, et eux avec, se sentaient intouchables jusque-là. « Ça a tout changé » promet ainsi James Williamson, guitariste du groupe. « L’invincibilité du groupe fut brisé. Pensez à tous ces concerts qu’on avait joué où Iggy faisait toujours son truc d’interaction avec le public. Et puis quelqu’un l’a foutu à terre ». Le samedi 9 février 1974, cinq jours après l’incident de Wayne, les Stooges jouent à Detroit. Enregistré sur cassette, le live sera publié sous le titre de Metallic KO. Ce sera aussi le dernier concert d’Iggy Pop & The Stooges.


Tous propos recueillis par Paul Trynka pour Iggy Pop: Open Up And Bleed: The Biography, à part indiqué.