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Solidays 2016, jour 2 : Mr Oizo, Oxmo, Arnaud, et surtout toi, le vrai héros du festival

Solidays 2016, jour 2 : Mr Oizo, Oxmo, Arnaud, et surtout toi, le vrai héros du festival

Pas de Solidays réussi sans son public gonflé à bloc. C'est peut-être la ferveur de la foule qui a été la plus impressionnante en ce jour 2.

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© Sarah Bastin

Toi qui es venu à Solidays, toi qui as slamé en téléphonant, toi avec ton t-shirt à fleurs, toi sans ton t-shirt, toi avec ta poupée gonflable toujours devant à chaque concert, toi qui connais toutes les paroles, toi qui as bravé la boue avec tes béquilles, toi qui t'es évanoui déshydraté, toi qui lui as apporté de l'eau, toi qui as fait la queue pour les toilettes, toi qui l'as juste accompagné, toi qui as fait une sieste devant la scène Paris, toi qui dansais comme une étoile, toi qui étais déguisé en Charlie de "où est Charlie ?», toi la bénévole, toi qui cours d'une scène à l'autre pour ne rien louper, toi qui as fait des dabs devant 20SYL, toi qui es venu pour Oxmo Puccino, toi qui as perdu tes lunettes oranges fluo, toi qui es photographe accréditée, toi qui offrais des câlins gratuits, you who come from Mexico, toi avec ta coiffe d'indien, toi qui n'as pu arriver qu'à 23 heures, toi qui as mangé un sandwich raclette, toi qui lis ce texte, toi qui as bien fait de mettre des boules Quiès devant Arnaud Rebotini, toi qui offrais des préservatifs, toi qui as fait un ballon avec un préservatif, toi qui as trouvé l'amour, toi qui cherches l'amour et toi qui as trop hâte d'être à l'année prochaine. T'es génial. Et samedi 25 juin à Solidays, you prouved that we can be heroes, just for one day, contre le Sida, au nom de la bonne ambiance.

200 000 héros éphémères

Sous un ciel un chouia plus couvert que la veille, les héros officiels du jour 2 s'appelaient pourtant Bigflo & Oli, Oxmo Puccino, Carving, 20 Syl & MR. J. Meideros, Synapson, Las Aves, KCPK, The Shoes, Calypso Rose, Scratch Massive, Arnaud Rebotini, Mr Oizo et Molecule. Mais lorsque la traditionnelle Cérémonie contre l'oubli démarre à 17 heures et que tout s'arrête sur l'hippodrome de Longchamp, les héros deviennent Dominique, Arthur, Manu, et toutes les autres victimes du Sida qui ont lutté contre la maladie jusqu'au bout. Solidarité Sida honore la mémoire ou la lutte des personnes atteintes du Sida et celle de leur proches. Tous les festivaliers sont aussi remerciés pour leur soutien, ce qui fera au terme du festival 200 000 héros éphémères. Pas mal.

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© Sarah Bastin

 

Tout mince Bigflo, Ali Oli

Durant la seconde moitié du set de Bigflo & Oli sur la scène Paris se déroule une « battle » entre les deux frères toulousains. Gants de boxe, peignoirs, arbitre, la totale. Grand vainqueur si l’on écoute les réactions du public, Oli balance par exemple : « T’es tellement maigre que quand tu pètes, t’arrives à Bamako » devant une foule hilare. C’est vrai que son adversaire est tout mince. Vous l’avez compris, l’ambiance au concert était gamine et bon enfant. Ça tombe car s’il y a bien un endroit où le jeune public du duo se trouve, c’est à Solidays, public qui se reconnaît dans leur hymne « Je ne suis pas un gangsta ». Beau moment de communion donc entre le duo et Solidays, d’autant plus qu’il serait injuste de limiter les deux rappeurs à leur sincérité adolescente. Il y a du talent au micro également, une recherche musicale avec ce violoncelle qui les accompagne durant presque tout le set, et des chansons audacieuses. De l’humour, de la fraîcheur, de la qualité, Bigflo & Oli font du bien.

Tous potos avec Oxmo

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© Sarah Bastin

Et cette foule à qui l'on fait du bien parce qu'elle fait le bien (pour solidarité sida), se donne à fond. Comme s'il n'y avait pas eu un vendredi de folie la veille. Dés la reprise à 18 heures, la Greenroom est bondée pour le set de Dabeull et à 19 heures, c'est Oxmo Puccino qui se lance. La scène Dome depuis laquelle il fait claquer ses textes est plus que bondée. Le public se masse et les plus éloignés le sont tellement qu'ils entendent forcément plusieurs concerts en même temps. Ce n'est pas un problème car pour Oxmo c'est clairement un plaisir. Le poète drague la perfection de son propre style. La foule se dandine, dodeline de la tête, célèbre les bons rythmes, savoure les bonnes rimes et commence à se chauffer pour la soirée. On finit tous potos.

La paire de claques 20 Syl et Synapson

Un, deux, quatre, huit et encore et encore, les slams devant 20 Syl & Mr. J. Meideros s'enchaînent, l'ambiance est sérieusement dingue, du hip hop à la sauce future beat, smooth et classe, les mecs font le boulot. On peut le dire, c'est un putain de concert. Tout le public baisse et lève le bras tendu vers l'avant, comme on aurait pu le faire de façon plus vénère devant les Flatbush Zombies... s'ils s'étaient ramenés la veille.

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© Sarah Bastin

Difficile de se frayer un chemin jusqu'au devant de scène, la foule est compact mais unie, de là, elle va se téléporter devant Synapson, ce groupe qui ne pourra vraisemblablement jamais rater un concert, taillé pour le festoche, en fin de scène les fans accourent, sautent, et ne touchent plus terre tant les hymnes sont déjà connus, et tellement efficaces.

La leçon de vie de Calypso Rose

Voilà que Goose et Selah Sue invoquent la nuit et la fameuse fièvre du samedi soir s'empare de Solidays. Du haut de ses 76 ans (elle ne les fait pas), Linda McArtha Monica Sandy-Lewis, aka Calypso Rose, a fait danser la jeunesse de Solidays. Backé par un big band au poil, la « reine du calypso » a chanté et rigolé devant un public qui l’a peut-être découvert cette année grâce au nom de Manu Chao, producteur de son dernier album. Mais ça fait une cinquantaine d’années que Calypso Rose fait la fête en musique, de son île natale de Trinidad-et-Tobago jusqu’à l’hippodrome de Longchamp. « Hé, laissez-moi tranquille » elle harangue la foule en anglais.« Qu’est-ce que vous voulez que je fasse à la maison, regarder la télévision ? ». Une belle leçon de vie, doublée d’une leçon musicale.

Dans le reste du festival les grosses basses prennent le pouvoir. The Shoes, Arnaud Rebotini, et Mr Oizo se donnent la réplique jusque Club Cheval. Toi qui es venu pour le lâcher prise, ça a dû te brancher.

Mr Oizo ex-Makina

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© Sarah Bastin

Une heure du mat. T'as des Frissons. Avec sa casquette LA vissée sur la tête et sa gueule de réalisateur américain, ce qu'il est presque, Mr Oizo, balance littéralement la sauce. L'incontournable "Vous êtes des animaux" transforme tout le monde en furie et ça laisse le champ libre à Quentin Dupieux pour flirter avec la Hard Tech, limite Makina, pendant un bon moment. Personne ne s'attendait à une telle puissance et en même temps, ça ne surprend pas. Mr Oizo reste un type complètement barré. Il est en train de faire un live combo-DJ Set bourré de samples ultra pointus. C'est finalement fou de se dire qu'on a là un mec qui fait tourner un Daft Punk dans son dernier film. Enfin on sait que Mr Oizo est scratché sur cette haute-sphère très largement estampillée French Touch, mais se le rappeler lui ajoutait une aura pleine de classe.

Arnaud par K.O.

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© Sarah Bastin

Sans mentir, c'est Arnaud Rebotini qui a gagné le jour 2. D'ici 6 mois on se parlera encore de ces deux moments là : celui où il arrive et celui où il s'en va. Lorsqu'il met toutes ses machineries en marche et qu'on prend une claque. Lorsqu'il se tire et que la fatigue qui flippait de nous déranger en face de ce musicien-montagne débarque à nouveaux. Electro, brute, musclé, torrentiel, bordelique, lourd... vous avez compris :  mieux vallait se taire et kiffer.

- Crédits photos : © Sarah Bastin