Music par Kerill Mc Closkey 25.06.2016

SOLIDAYS 2016 : M83, petit gars d’Antibes devenu très grand

SOLIDAYS 2016 : M83, petit gars d'Antibes devenu très grand

Gros show à l’américaine et fabuleuse ambiance pour M83 à Solidays.

Après une défaite 3-0 contre la Belgique, les supporters irlandais ont fait la fête toute la nuit à Bordeaux le week-end dernier. Pourquoi encore reparler des Irlandais pour parler de Solidays vous direz ? Parce qu’il y avait une petite ambiance d’Euro à l’irlandaise pour le concert de M83 : grand public, enthousiaste, fière, ringarde, et surtout généreuse. Des deux côtés.

Public on fire, nanananana

Côté public déjà, quelle ambiance ! A chaque refrain, à chaque « drop », des milliers de bras se sont décollés, des milliers de jambes se sont déliées. Et pourtant, M83 venait défendre un album récent, pas forcément bien reçu. Quand les chansons tirées de Junk démarraient, on sentait bien que c’était inconnu pour la plupart. Mais au bout d’une minute, le public répondait déjà en sautant sur place. Très jeune, l’immense foule venue à la scène Bagatelle n’a pas fait la fine bouche, et s’est juste amusée avec vigueur, sans une once de scepticisme. Ce qui n’est pas si commun à Paris.

Côté M83, sacré spectacle. S’il n’y avait pas les discours en français du leader Anthony Gonzalez, on aurait pu croire qu’on avait en face de nous un énorme groupe ricain. La setlist en mode best-of avait actionné le mode efficace, alternant tubes pop et allongements électro-rock. Oui, il y avait les claps de main et les « Paris, ca vaaaaaa ? » qui peuvent être de trop, mais l’atmosphère était tellement belle et fédératrice que ça marchait.

Pas égocentrique pour autant, Gonzalez est un leader qui sait partager la lumière. Plusieurs de ses compères ont eu leur moment de gloire en tête de scène avec des solos (guitare, saxo et même mélodica) qui firent varier le set. Surtout, la chanteuse Mai Lan a déboulé en plein milieu, reléguant Gonzalez à l’arrière-plan et dynamitant deux de ses contributions à Junk : « Laser Gun » et « Go! ».

« Midnight City », définition même du tube de festoche

Dans  une interview pour Greenroom, Gonzalez nous avait confié s’être senti dégoûté de lui-même après la tournée de Hurry Up, We’re Dreaming, son précédent album à succès. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il se met désormais volontairement en retrait, alors que M83 est son bébé de plus de dix ans. Mais force est de constater que depuis, il a repris confiance. Son attitude était triomphale, presque belliqueuse. Il fallait le voir haranguer la foule, motiver son groupe, et sautiller partout, apparemment fier de son œuvre.

Si l’on aurait apprécié entendre des morceaux comme la ballade en français « Atlantique Sud » ou des étrangetés de son vieux catalogue, il était fascinant de voir ce petit gars d’Antibes, qui a commencé dans le shoegaze à tendance atmosphérique, délivrer ce type de show grandiloquent devant une foule en délire. Qu’on aime ou pas, il tient une place à part : provincial français admiré en Amérique (alors que la France elle-même a une fâcheuse tendance Paris-centrée), machine pop passéiste tout en sonnant alternatif, machine de festival qui a eu des Best New Music en masse à Pitchfork.

Évidemment, l’un des moments marquants fut la performance de « Midnight City ». Placé vers la fin mais pas tout à fait, il eût tout du tube de festival : le sentiment de communion dès les premières notes reconnues de tous, et la désertion d’une partie de l’audience dès le morceau fini, venue juste pour le tube et prévoyant l’exil vers Flume. C’est la règle du jeu serait-on tenté de dire, mais nul doute que Gonzalez gardera un grand souvenir du public de Solidays. D’autant plus que ce concert lui était spécial : « On est si heureux d’être là, cela fait quatre ans qu’on n’a pas joué en France. Et je parle au nom de tout le groupe » a-t-il déclaré. Phrase bateau peut-être, mais qui sonnait terriblement sincère en ce vendredi 24 juin du côté de l’Hippodrome de Longchamp.

m83-2x