Music par Grégoire Belhoste 05.07.2016

Boom Bass et la famille Blanc-Francard : les liens du son

Boom Bass et la famille Blanc-Francard : les liens du son

Chanteur funk, DJ mondialisé, ingénieur du son rock’n’roll. Depuis trois générations, la famille Blanc-Francard fournit à la France ses meilleurs musiciens. Alors que le 24 juin s’apprête à sortir Ibifornia le nouvel album de Cassius, duo fondé par Hubert Blanc-Francard, retour sur un demi-siècle de tubes, d’amour fraternel et de bidouille en studio.

Banlieue ouest, fin des années 50. A Marly-le-roi, dans les Yvelines, un homme joue du trombone. Grâce à lui, deux jeunes frères découvrent les disques de Count Basie, Duke Ellington ou Louis Armstrong. L’aîné se nomme Patrice. Le plus jeune, Dominique. Tous les deux sont des Blanc-Francard, fils d’un preneur de son de l’ORTF. « Il nous disait : écoutez la ligne de clarinette, ou écoutez la deuxième trompette, se souvient Patrice Blanc-Francard, interrogé par La Croix à propos de ce voisin mystérieux. En quelques mois, j’étais piqué. » Piqué au point de se rendre dans le studio du paternel, qu’il assimile alors à un « pilote de soucoupes volantes« . Tandis que son cadet bidouille sur un magnétophone, Patrice s’amuse à parler dans un Melodium 55A, ces micros d’autrefois aux airs de pommeau de douche vintage. « Nous écoutions nos œuvres en passant la bande à l’ envers et nous pensions avoir découvert le langage secret des Martiens« , s’amuse encore Dominique Blanc-Francard sur son site Internet. Soixante ans plus tard, rien n’a changé. Ou presque : Patrice est devenu une référence de la chronique musicale audiovisuelle. Dominique, l’un des producteurs pop français les plus prestigieux.

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Plus qu’une famille, c’est une dynastie. À l’étage inférieur de l’arbre généalogique des Blanc-Francard se trouve Mathieu, fils de Dominique, chanteur et juré de la Nouvelle Star mieux connu sous le nom de Sinclair. Mais aussi Hubert, frère de Mathieu et moitié du groupe Cassius sous l’alias Boom Bass. « Hubert a appris la batterie à 12 ans, remet DBF, au micro de la web-radio Piiaf. Lorsqu’il a eu 18 ans, j’ai appelé Marc Lumbroso (éditeur et directeur artistique, ndlr). Je lui ai dit que j’avais un fiston qui aimerait faire un stage dans une maison de disque. (…) Il me dit : « je veux bien l’embaucher, mais je te préviens, je te le renvoie dans deux jours s’il est mauvais.« ».

Le futur Boom Bass reste finalement trois ans chez le label Polydor, piloté par Lumbroso. Pendant ce temps, Philippe Cerboneschi, dit « Zdar », assiste un certain Dominique Blanc-Francard au studio Marcadet, dans le XVIIIème arrondissement de Paris. « Avec Jean-Philippe Bonichon ( ingénieur du son français ayant œuvré pour Stéphanie de Monaco ou Stevie Wonder, ndlr), ils m’adoraient car je faisais des blagues tout le temps mais ils avaient un peu peur que je casse tout, détaille Zdar pour le magazine Brain. Je ne touchais pas un bouton. Je n’avais même pas le droit d’approcher un pad. » Avec le temps, le jeune homme fait ses preuves, puis finit par rencontrer le fils du patron en 1988. Avec Hubert, le courant passe tout de suite. « On est devenus frères en quelques secondes, on rigolait aux mêmes blagues, expliquait Zdar à RFI en 2011. J’avais l’impression que ce type avait eu la même vie que moi. Un jour, je mixais le titre Bouge de là avec MC Solaar, j’ai appelé Hubert, qui a amené quelques sons, on a formé comme une équipe. » D’abord, le duo œuvre dans la production hip-hop. À eux deux, Hubert et Philippe forment la Funk Mob. Sur Prose Combat, deuxième album de MC Solaar, paru en 1994, le binôme travaille avec le producteur Jimmy Jay. A chacun sa partition : Boom Bass et Jimmy Jay sont à la composition, Zdar au mixage. La magie opère : l’album mêle basses profondes et samples de jazz du meilleur goût avec une maestria rarement égalée dans le rap français. Suffisant pour en écouler plus d’un million d’exemplaires. Deux ans plus tard, le duo, renommé Cassius, croise son hip-hop à la house, avec le succès qu’on lui connaît.

Des Beatles à One Direction

Au mitan des années 90, un autre représentant des Blanc-Francard s’est frayé une place en haut des charts. Depuis son appartement parisien, Mathieu, aka Sinclair, dingue de Prince et de Stevie Wonder, enregistre en 1992 l’album Que Justice soit faite !. Douze titres de funk bon enfant lui permettant de rafler une Victoire de la Musique. Là encore, l’élaboration du disque se fait dans une ambiance familiale. Le père Dominique et le frère Hubert viennent prêter main forte lors d’un enregistrement épique durant lequel Sinclair joue de tous les instruments, sauf de la batterie. Cela dit, le plus beau coup de la smala reste sans doute la reprise en main du studio Labomatic. Au début des années 60, ce sous-sol situé près des Champs Elysées accueillait le gratin de la pop : les Beatles, de passage le temps d’une relecture en allemand du légendaire She Loves You, ou le couple éphémère formé par Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot, venu pour mettre en boîte Harley Davidson. C’est en 1995 que Dominique, Hubert et Mathieu investissent ces lieux chargés d’Histoire. Y seront enregistrés des albums de Sinclair, Cassius, Dick Annegarn ou des Rita Mitsouko. Puis les fils laisseront le père prendre les manettes du studio en compagnie de sa femme Bénédicte Schmidt. Laquelle, sans surprise, est ingénieure du son.

La dernière du clan se nomme Nina Blanc-Francard.  Du haut de ses 12 ans, la fille de Sinclair et d’Emma de Caunes apparaît aujourd’hui comme la descendante de deux lignées de mélomanes unie par les Enfants du Rock. Diffusée sur Antenne 2, cette émission consacrée au rock’n’roll réunissait durant les années 80 son oncle producteur Patrice Blanc-Francard et son grand père animateur Antoine de Caunes. Nina, elle, ne chante pas comme son père. Elle ne passe pas non plus à la télévision comme sa mère. Surprise : la demoiselle a lancé une chaîne Youtube, sur laquelle elle confiait l’été dernier avoir un faible pour le boys band One Direction. Comme le rappait jadis un vieil ami de son oncle sur une production griffée Blanc-Francard : « les temps changent ».