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La fiche de révision totale pour être enfin incollable sur Fakear

La fiche de révision totale pour être enfin incollable sur Fakear

Fakear part à la conquête du monde avec son premier album, Animal, toujours autant baigné de world music. Retour sur la courte mais fulgurante carrière du jeune producteur français.

Baby rockeur

Il est un nom qui court sur toutes les lèvres en ce moment, bien souvent accompagné d’adjectifs dithyrambiques. « Petit prince de l’électro made in France », « petit prodige », « ambassadeur de l’électro à la française », « beatmaker de génie », les médias ne tarissent pas d’éloges sur Fakear. Pourtant, avant d’être l’un des producteurs français les plus côtés du moment, Fakear est Théo Le Vigoureux - avec un nom qu’on imagine facilement autour de la Table Ronde du Roi Arthur, on se dit qu’il ne pouvait pas qu’en être ainsi.

piano, flûte, saxophone, violon, guitare

Élevé par des parents professeurs de musique, Théo est un musicien-né qui a appris le piano, la flûte à bec, le saxophone, le violon ou encore la guitare dès son plus jeune âge avant de poursuivre sa passion dans un cursus de musicologie. Mais avant de fricoter avec les beats électroniques, c’est dans le trip-hop qu’il tombera. Fan de Bonobo, Archive, Wax Taylor, ce sont leurs productions que le jeune artiste essaye de reproduire dans sa chambre. Pourtant, à force de bidouillage, ses morceaux rock se transforment sous ses doigts et prennent une toute autre teinte :

« Je faisais du rock et j’enregistrais mes propres morceaux. Au bout d’un moment j’ai commencé à triturer tellement mes morceaux de guitare et de voix que c’est passé du côté électronique de la chose ; c’était de la manipulation par ordinateur et ça s’entendait. C’est ça qui a fait le pont et je me suis de plus en plus enfoncé de ce côté mais je n’ai pas eu un déclic genre “ah je vais faire de l’électro”, ça s’est fait naturellement » déclarait-il au Figaro en 2014.

 « La nouvelle french touch ? n’importe quoi ! »

C’est en 2013, au Cargö, la salle de concert dédiée aux musiques actuelles dans sa ville d’origine de Caen, que Fakear est apparu au grand jour. Gagnant du tremplin amateur AÖC Normandie, Théo y succède à Superpoze, son meilleur pote. Leurs parcours n’auront eu de cesse de se croiser. Les deux ont, en effet, fait leurs débuts musicaux ensemble au lycée, dans un groupe de ska-punk - oui oui - et c’est à Superpoze que l’on doit, en partie, la naissance de Fakear, puisqu’il lui fera découvrir l’abstract hip-hop, le hip-hop mais également le maniement des machines et des logiciels qui ne le quittent plus.

 

Relisez notre interview de Fakear 

"Superpoze m'a appris à me servir d'un pad"

 

Depuis cette époque, le jeune producteur aime en effet à s’entourer d’une tripotée de machines, de samples et de pads sur scène et en studio. « Tout est dans mon ordinateur, il y a un fond sonore (une nappe de synthés, la boite à rythmes, la basse) qui ne bouge pas, qui est prévu a l’avance. Je joue en live tout ce qui va se superposer à ce fond sonore, tout ce qui va jouer le thème : la voix, ce qui peut faire office de guitare, les petits instruments, etc ».

Ces deux petits prodiges de l’électronique renouvelant le genre (accompagné d’un troisième comparse en la personne de l’Angevin Thylacine), il n’en fallait pas plus pour que la presse s’emporte et leur appose l’étiquette de dignes portes-étendards d’une nouvelle « french touch ». Pour autant, lorsqu’on lui demande ce qu’il en pense, Théo s’en détache : « La nouvelle french touch ? N’importe quoi ! La french touch c’était valable à une époque, je suis d’accord, au moment des Daft Punk, de Justice et de tout le label Ed Banger. Il y a un délire qui se rattache autour de cette identité-là, mais nous, nous n’en faisons pas partie. Je veux faire de la musique qui veut faire penser à tout sauf quelque chose qui vient d’ici ».

World Music

Rapprocher le jeune producteur d’un genre déjà-vu et d’une époque révolue semble, en effet, bien fort peu à propos. Sa musique ne ressemble à rien de ce qui a pu être fait dans l’Hexagone. Ses beats, Fakear les infuse dans la world music. En résulte des morceaux baignés d’exotisme, aux caractéristiques étonnantes : voix féminines envoûtantes, voix masculines tribales, sonorités indiennes, africaines ou encore orientales ; percussions et cloches en tous genres. Son style original baigné de Future Beat, le Caennais a réussi à l’imposer doucement mais sûrement ; et il est quasiment impossible de rester insensible à sa musique élégante et imagée, tant on peut lui reconnaître une réelle innovation dans le genre.

En quatre EPs seulement - sortis officiellement, quatre avaient été publiés avant en version numérique - Fakear s’est forgé une solide réputation. Le premier de cette liste d’EPs, Morning in Japan, réel voyage au pays du Soleil-Levant, s’est rapidement retrouvé en tête des charts iTunes en 2013, suivi peu de temps après par la sortie de l’élégant Dark Lands et de son tube en puissance, « La Lune Rousse ». Devenu viral, le morceau en question - agrémenté de son joli clip filmant, de dos, une jeune femme aux cheveux longs marchant sans but précis - est passé en boucle dans tous les clubs, dépassant rapidement les frontières françaises. Son troisième format court sorti en 2014, Sauvage, nous envoyait dans les contrées dorées de Bollywood, suivi par le nippon Asakusa.

Sur un tapis volant

Le tremplin du Cargö semble à des années-lumière de ce que vit Fakear désormais. Fort de son assise acquise si rapidement, Fakear s’est vu ouvrir les portes des plus grands rassemblements français - Astropolis, Solidays, Main Square Festival, Eurockéennes pour ne citer qu’eux - mais également américains - l’Ultra Music Festival de Miami et le festival South By Southwest à Austin, célèbre repère des nouvelles cultures et tendances. Plutôt pas mal, pour un artiste de seulement 24 ans ! Mieux encore, de prestigieux artistes lui ont accordé leur confiance - et on bien eu raison - comme Wax Taylor ou encore Bonobo, pour qui Fakear a joué en première partie.

Aujourd’hui, Fakear a sorti son premier album. Un nouveau bébé qui aura mis du temps à arriver à terme. Sur l’artwork d’Animal et sur la flopée de singles qui l’a précédé - « Animal », « De La Luz », « Silver », « Sheer-Khan », « Lessons », « Ankara » - le Caennais a laissé tomber les paysages hipsto-désertiques au profit d’une déclinaison d’imprimés animaliers - des poils, des plumes - en macro ; comme si le producteur était prêt à nous amener encore un peu plus près de son intimité. Alors, qu’y a-t-il sous ta carapace, Fakear ?

-> La réponse dans notre interview exclusive !