Music par Kerill Mc Closkey 10.06.2016

Qui sont ces hommes et femmes qui vont voir Les Insus en 2016 ?

Qui sont ces hommes et femmes qui vont voir Les Insus en 2016 ?

Enquête devant le Zénith à l’occasion du concert parisien des ex-Téléphone.

Trente ans après la séparation de Téléphone, Les Insus remplissent les salles de France. Car ce band comporte les membres originaux du groupe phare de la new-wave française, à l’exception de la bassiste Corine Marienneau (d’où le changement de patronyme). Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac et Richard Kolinka ont ainsi décidé d’écumer le pays, une nouvelle fois ensemble, devant un public qui attendait cette tournée depuis des décennies. Et c’est un énorme succès : les salles sont complètes, et même les festivals profitent de ce rare engouement populaire, à l’image du Main Square Festival dont les billets pour le dimanche 3 juillet se sont le plus rapidement vendus. Évidemment, ce sont Les Insus qui sont en tête d’affiche ce jour-là.

Mais qui sont ces gens qui ont l’étrange idée de se précipiter pour voir Les Insus en 2016 ? Jeunes des années 80 évidemment, rockeurs, mais aussi vingtenaires bercés au son de Téléphone ainsi que gens tout à fait normaux. C’est ce que nous avons pu constater aux abords du Zénith ce mercredi 8 juin, quelques heures avant l’arrivée du groupe sur scène, où nous sommes partis à la rencontre de quelques Insus, quelques fans qui peignent une certaine idée française et émotionnelle de la musique populaire. Portraits.

— Henry et Axelle : « Le rock, c’est comme une éducation que mon père m’a donné » —

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Henry est père de famille aujourd’hui, mais la première fois qu’il est allé voir Téléphone en concert, il n’était qu’adolescent. Une soirée qu’il n’oubliera jamais selon ses dires : « 1979, Palais des Sports, mon premier frisson végétal, tout simplement. C’était sur « La Bombe Humaine ». Depuis, je suis allé voir Téléphone trois, quatre fois ». Henry avait même tenté le coup devant la petite salle parisienne qui accueillait le premier live des Insus à l’automne dernier, sans billet. Il a attendu trois heures devant, sans succès. Pas grave, car il a eu ses places pour le Zénith… et pour Bercy en fin de tournée. Pourtant, il ne se considère pas comme un « grand fan ». Peut-être qu’il coure juste derrière ce premier frisson adolescent.

Jeune, Axelle l’est toujours, elle. À 21 ans, cette jeune fille aux très beaux cheveux roux accompagne son père, et avec plaisir : « Je suis bercée dans le rock depuis bébé. Je me souviens de ballades en voitures à chanter « L’Herbe » de Téléphone. Le rock, c’est comme une éducation que mon père m’a donné ». Aujourd’hui, Axelle continue d’aller dans des bars et concerts rock, parfois même avec son père. Ce qui le ravit, évidemment. « On a même fait de la batterie ensemble ! » s’exclame-t-il, pas peu fier.

— François, Cathy, Véronique et Corine : entre amis —

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« Téléphone, c’est toute ma jeunesse ! ». Quand on demande à Cathy (à gauche) son rapport avec le groupe d’Aubert et Bertignac, la réponse est directe et enflammée. « Mon tout premier concert, c’est Téléphone. C’était au Zénith déjà, dans les années 80. J’étais jeune, c’était cool, c’était bien, voilà ! ». Les trois amis qui accompagnent Cathy ce soir ne sont pas moins enthousiastes : « Moi j’ai tous les 33 tours ! » clame Véronique. « Téléphone, c’est l’un des rares groupes de rock qui ait fait une telle carrière en France, ce pays pas très rock’n’roll » analyse François. Voilà peut-être pourquoi cette bande va encore voir en concert Les Insus en 2016 : aucun autre groupe à guitare n’a su rassembler comme Téléphone l’a fait à l’époque. Rassembler une génération et des bandes de potes hétéroclites comme celle de Cathy & co.

— Marie et Fanny, en souvenir d’un after mémorable en Vendée avec Louis Bertignac —

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Fanny (à droite) a l’air d’avoir vécu une période adolescente bien animée. A 18 ans, elle se rend à un petit festival en Vendée. A l’affiche, Louis Bertignac. Elle raconte : « Mon meilleur souvenir de Téléphone, l’un des groupes de mon adolescence, c’est une espèce d’after un peu bizarre de ce concert de Bertignac. Je l’ai rencontré, on a discuté, il était hyper accessible. C’était assez fou ». Ce mercredi soir, sûrement pas d’after inattendue, mais son amie Marie est tout de même de la partie, « en hommage » à ses parents qui lui ont fait découvrir toute jeune le groupe français. « Mon père m’a donné envie d’écouter, et je n’ai jamais arrêté du coup ! Je suis surexcitée ! ». Pas besoin d’avoir vécu les années 80 pour kiffer Les Insus entre amies.

— Marie et Marie-Claire : fille au père, maman Aubert —

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On l’a compris, les parents présents ce soir au Zénith font écouter Téléphone à leurs enfants. Mais dans le cas de Marie et Marie-Claire (ça ne s’invente pas), c’est plus sournois. C’est bien la mère Marie-Claire qui a fait découvrir le groupe à sa fille, mais davantage par les albums solo de Jean-Louis Aubert dont elle est fan. « En fait, elle me fait écouter Jean-Louis Aubert, et moi je lui fais écouter Téléphone » explique Marie, 29 ans. « Je me souviens de mon pote qui jouait de la batterie sur du Téléphone à la maison, tout le temps, quand j’étais adolescente… ». Le bruit de Téléphone a toujours un cœur pour la jeunesse.

 —Un Ch’ti Punk —

ch'ti

On a oublié de lui demander son prénom, mais il n’a pas besoin de ça pour se démarquer. Débardeur Sex Pistols bien porté et jeans troués bien flingués, ce Lillois est venu sur Paris spécialement pour assister au concert des Insus, tout seul. « On attendait leur réunion depuis si longtemps, donc j’ai fait le déplacement » dit-il sobrement. Ce « grand fan de Jean-Louis Aubert surtout » a également pris sa place pour la journée du dimanche au Main Square Festival à Arras, pas loin de chez lui donc. Pas seulement pour Les Insus. Mais surtout pour Les Insus.