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Voici le guide ultime pour tout connaître de la Galaxie Hot Chip

Voici le guide ultime pour tout connaître de la Galaxie Hot Chip

Le plus brillant et festif des groupes de dance-pop anglais a construit en marge de son œuvre une toile de ramifications musicales à explorer librement.

Vendredi 17 juin sort Piano, le nouvel album solo d’Alexis Taylor, moitié fondatrice de Hot Chip, qui fonctionne aujourd’hui à cinq ou six membres. Si le disque est à des années-lumières de ce qu’a pu faire Taylor avec le reste du groupe, il prouve que la galaxie Hot Chip est aujourd’hui tentaculaire. Revue de détail.

Hot Chip, la maison mère en péril ?

Il serait injustifié de s’inquiéter sérieusement quant à l’avenir du groupe, mais Hot Chip semble être plutôt dans le creux de la vague en ce moment. Le groupe formé par Alexis Taylor (le petit binoclard aux airs de nerd) et Joe Goddard (le bouclé plus rond) a fêté l’année dernière ses quinze ans de carrière, depuis son tout premier EP Mexico, où l’on découvrait un groupe aux accents folky loin de la recette actuelle. En 2015 est sorti Why Make Sense ?, sixième album qui a, au vu des bases ultra-qualitatives posées au préalable, plutôt déçu, d’autant que le précédent, In Our Heads, était peut être son meilleur. Notons aussi qu’entre In Our Heads et Why Make Sense ? il s’est passé trois ans : c’est la première fois que le groupe de la puce chaude met trois ans à sortir un nouvel album et pas deux. Alexis, Joe et leurs copains commenceraient-ils à ressentir un peu de lassitude ? Difficile à dire, on garde confiance pour le futur septième album, mais il paraît évident que ces gars-là ont envie d’autres projets.

Alexis Taylor ne tient pas en place

Taylor, en plus de chanter, de jouer des claviers et de la guitare pour Hot Chip, a toujours cherché à se diversifier pour s’amuser en dehors du groupe et faire quelques infidélités à son copain Goddard, rencontré au lycée. En 2008, il croise John Coxon, qui a produit par le passé Everything But The Girl puis rejoint le groupe Spiritualized, à une soirée de musique improvisée qu’il avait organisée. Les deux sont ensuite rejoints par Pat Thomas et Charles Hayward, batteur du vieux groupe krautrock This Eat. About Group est né et a depuis sorti trois disques, About en 2009 (sorti sous le nom Hayward / Coxon / Thomas / Taylor), Start & Complete en 2011 et Between The Walls deux ans plus tard. Trois disques protéïformes, nés de séances d’improvisation – l’élément central du processus créatif d’About Group, qui alterne quelques bons moments (les plus pop, comme “Don’t Worry”) et beaucoup de passages plus pénibles où l’on perd le fil de ces expérimentations absconses. Taylor a aussi sorti plusieurs albums solos, de nature assez variée. Le nouveau, Piano, sort le 15 juin et comme son nom l’indique, est composé uniquement de ballades au piano dépouillées. Le premier extrait, “I’m Ready”, sonnait comme une jolie comptine enfantine traversée par la voix délicate de Taylor. Mais sur la longueur, hélas, on finit par s’ennuyer ferme devant ce disque sans grand relief.

Joe Goddard, l’ours bien léché

Alors que les infidélités d’Alexis Taylor ne nous ont que rarement convaincus ou touchés, son compagnon de toujours, Joe, a su fréquemment nous séduire. On se souvient par exemple avec émotion de Harvest Festival, son seul et unique album solo à ce jour, et de sa jolie pochette en nature morte. Un disque à mi-chemin entre house old-school et touches pop qui tisse un lien avec la discographie de Hot Chip. Si Goddard ne sort que rarement en solo, on se souvient aussi du formidable maxi “Gabriel”, avec la chanteuse Valentina, l’un des plus grands tubes de la galaxie Hot Chip. Ces dernières années, Goddard a surtout été occupé par son autre groupe, The 2 Bears, référence au physique avenant des deux partenaires. Formé avec le moins connu Raf Rundell, le duo joue la carte de la pop-house ultra-festive. Un brin putassière, dirons même certains à la sortie des deux albums de The 2 Bears, Be Strong (2012) et The Night is Young (2014), mais nous ne boudons pas notre plaisir devant tant d’efficacité. On peut aussi lui faire confiance pour ses remixes, toujours épatants, de London Grammar à Years & Years en passant par Disclosure !

Greco-Roman, label surpuissant

Les membres des Hot Chip ne sont pas seulement capables de produire des tubes, ils sont aussi de fins dénicheurs de talent. Greco-Roman était à l’origine un crew de DJs et organisateurs de soirées qui infestait les entrepôts les plus désaffectés de Londres pour y faire vivre des évènements inoubliables. Au cœur du projet on retrouve Joe Goddard et ses copains Alexander Waldron et Dom Mentsh, mais lentement leur petite entreprise s’est transformée en véritable label avec une philosophie proche de celle de Hot Chip : une dance music qui s’acoquine avec la pop qui ne se prend pas trop au sérieux. Le label Greco-Roman n’a de cesse, depuis, de dénicher des perles incroyables et de propulser des inconnus sous la lumière. On y a découvert Totally Enormous Extinct Dinosaur (TEED) et ses costumes flamboyants, le penchant électronique de Baio, échappé de Vampire Weekend et même Disclosure à ses débuts. Jetez-vous sur la compilation We Make Colourful Music Because We Dance In The Dark (2013) et gardez un œil sur la plus cool des plus cools Tirzah, la perle cachée du label, copine de la talentueuse Micachu.

Et les autres ?

Felix Martin et Al Doyle, deux membres de Hot Chip (qui n’est plus un duo depuis bien longtemps), ont un groupe à eux, New Build, avec le compositeur Tom Hopkins. Un projet parallèle qui marche sur les traces de Hot Chip sans jamais réellement atteindre le même standard de qualité, mais qui a produit quelques morceaux sympathiques comme “Do You Not Feel Loved ?” et deux albums, Yesterday Was Lived and Lost (2012) et Pour It On (2014). Autre membre d’Hot Chip, Rob Smoughton a aussi eu une carrière solo bien remplie, d’abord sous le pseudo Grovesnor, auteur d’une pop très années 80 particulièrement kitsch et assez dure à encaisser, à laquelle on trouve même un petit air de Phil Collins. Avec son nouveau groupe Black Peaches, la recette change du tout au tout pour le meilleur, avec un premier album intitulé Get Down You Dirty Rascals tout juste sorti. Le single “Suivez-Moi”, sorte de blues-pop tout droit sortie du Bayou de la Nouvelle-Orléans, fait son petit effet.

Le facétieux Al Doyle, enfin, a fait partie du live band des grands LCD Soundsystem, on peut même le voir aux côtés de James Murphy pour le concert d’adieu du groupe au Madison Square Garden. La classe ultime.