Music par Kerill Mc Closkey 07.06.2016

Pourquoi je me donne tous les ans pour Solidays, par MC Solaar et Antoine de Caunes

Et autres souvenirs et anecdotes sur le festival parisien, avec du Iggy Pop, de l’émotion et du baby-foot.

Ils font presque partie des meubles. Depuis des années, des décennies même, Antoine de Caunes et MC Solaar donnent de leur temps et de leur image médiatique pour filer un coup de pouce au festival Solidays, événement dont les recettes sont reversées à Solidarité Sida.

Le premier est président d’honneur de l’association depuis une vingtaine d’années (« Ce n’est pas pour minimiser le rôle des parrains, c’est pour dire que c’est permanent » il explique). Le second est un parrain fidèle, toujours présent au festival et à la conférence de presse annuelle, là même où on a pu le rencontrer tout début juin dans l’immeuble du Conseil Régional d’Ile-de-France (oui, il y avait même Valérie Pécresse. Ah, et Sébastien Folin aussi, en mode maître de cérémonie, ainsi qu’Oxmo Puccino. Bref, c’était étrange).

pecresse

Ce jour-là, les présidents de Solidarité Sida (Luc Barruet) et de la région Ile-de-France (Pécresse) présentent à la presse les grandes lignes de l’édition 2016 de Solidays. À retenir : un réengagement pour la jeunesse, fruit du choc du 13 novembre et raison de la photo à l’affiche du festival ; la réaffirmation de la nécessité de lutter contre le sida, malgré son recul (« C’est justement parce que l’on arrive à un moment où l’on pense pouvoir éradiquer la maladie qu’il est nécessaire d’aller jusqu’au bout » déclare Barruet) ; l’élargissement du site de Solidays avec cinq hectares supplémentaires et trois nouvelles scènes spécialisées « world », « electro » et « artistes de rue », consolidant encore plus son statut de festival aux plus grandes infrastructures de France ; et enfin la venue de deux expositions de photojournalisme sur le festival, dont une sur les migrants qui va sûrement faire un peu de bruit.

Mais derrière les grands discours, on comprend que ce qui motive la fidélité de Barruet et de tous les parrains présents, c’est aussi (surtout ?) l’esprit solidarité en coulisses. L’esprit bénévole. L’esprit baby-foot à 4h du matin, activité dans laquelle MC Solaar serait un roi (« Tous les ans, je le croise à défier un par un les bénévoles du festival, imbattable. C’est toujours un grand moment » partage Barruet. « Non, je ne suis imbattable qu’au football américain et au curling » blague modestement « Claude » Solaar). D’ailleurs, ce jour-là, la sincérité et la conviction de ces célébrités est palpable. Solaar joue de bon cœur au jeu des médias, alors que ça fait des années qu’il les fuit, acceptant même de partir en dernier de la cour du Conseil Régional pour répondre à nos quelques questions. Quant à Antoine de Caunes, il est arrivé en retard. Mais pour une bonne raison : il était le même matin aux obsèques du fondateur de Canal+. Il est venu malgré tout, et avec son humour habituel, malgré ces circonstances compliquées (coucou à la stagiaire de TVFil 78, pour qui l’ex-présentateur du Grand Journal tenait le micro en engueulant son patron de cameraman qui l’exploite).

C’est dans ce bon esprit ambiant que l’on a pu s’entretenir (en vitesse) avec Antoine de Caunes, puis MC Solaar. Interview croisée :

Pourquoi ce soutien année après année à Solidarité Sida et au festival Solidays ?

MC Solaar : Solidays, c’est quelque chose d’important. Ce ne sont pas des mondanités.

Antoine de Caunes : Ça fait 20 ans que ça dure, et que je reste fidèle à Solidarité Sida parce que je trouve que les actions menées par l’association sont fortes et cohérentes. Elles s’inscrivent dans la durée, comme dirait les hommes politiques (rires). Et j’aime beaucoup l’idée du bénévolat. Pour la programmation, nous nous battons de plus en plus parce que la concurrence est rude entre les festivals, les artistes sont plus partagés. Mais la raison pour laquelle on l’organise est toujours là : le cœur du festival reste le sida. Si j’ai dit oui à la présidence d’honneur (on dirait un homme politique, décidément), c’est que lorsqu’on parle du sida, on parle d’un problème qui est au carrefour de tout : on parle de relation Nord/Sud, de politique, d’économie, de sexualité, de relations humaines, et par extension des problèmes migratoires d’aujourd’hui. Mais le cœur du combat demeure la lutte contre le sida, de dire aux gens « protégez vous ! ».

Quel est votre plus beau souvenir humain à Solidays ?

MC : La plus grande émotion, c’est quand il y a le patchwork des noms de gens décédés dans l’année à cause du sida.

AC : Le moment des patchworks, c’est vraiment puissant.

MC : La première fois, je n’étais pas au courant qu’un tel hommage allait se produire. C’est arrivé comme une surprise… Et puis on énumère des noms, avec un moment de silence à un festival de musique… c’est vraiment de l’émotion.

AC : Mais ce que je préfère, c’est faire ma visite au village associatif et aller voir les bénévoles, et parler à ces 2 000 personnes quand même. Parce qu’on en sort extrêmement confiant, rassuré… On voit des gens qui se bougent, qui passent une grande partie de leur vie à lutter et pour rien, pour une idée. Je ne sais pas, il y a quelque chose de très réconfortant là-dedans.

Un grand souvenir musical ?

AC : Paradoxalement, je vois très peu de concerts à Solidays. Je passe mon temps à faire le tour du site aux politiques, aux partenaires, à aller remercier les parrains, etc… Donc je fais peu de concerts… De temps en temps, je fais un petit saut en coin de scène pour voir comment ça se passe. J’ai un très grand souvenir d’un concert d’Arcade Fire il y a six ans environ. Et d’Iggy Pop aussi : il était monté sur scène au milieu de trombes d’eau, il était à poil sous la flotte, il aurait pu s’électrocuter ! Je n’aime pas trop les festivals pour être honnête, je suis un peu agoraphobe, je préfère les petites salles.

MC : Tout le monde. Que des découvertes. Shaka Ponk par exemple, super. Mais il y en a plein là. Tout se vaut en fait, parce que c’est la meilleure sélection du monde.

Antoine, vous ne regrettez pas qu’il y ait de moins en moins de rock à Solidays ?

AC : Un peu oui, mais il y a moins de rock en général dans la musique. Pour la prog’, on essaye de faire quelque chose de très ouvert, dans l’air du temps, qui donne envie aux gens d’être là et de se balader. Et ce n’est pas facile, la concurrence est très rude, déjà qu’on demande aux artistes de faire des concessions : il ne s’agit pas pour eux de faire du profit sur le festival. Ils font tous des efforts, évidemment. Faut bien qu’on sorte des sous, c’est l’idée ! D’un côté, si on avait tout le budget qu’on voulait, il n’y aurait plus l’identité de Solidays. Il est et il reste un festival humanitaire.

Claude, Will.I.Am a récemment confié qu’il disait autour de lui que, dans les 90’s, vous étiez meilleur que Tupac, juste pour paraître cool à Los Angeles. À vous, c’est quoi votre son pour faire le snob ?

MC : J’aime « T’Epier » de Bourvil. Ça, c’est surbranché.