Music par Greenroom 05.06.2016

WLG 2016 – Jour 1 : de la paille, des bottes, Hot Chip et LCD Soundsystem en apothéose

WLG 2016 - Jour 1 :  de la paille, des bottes, Hot Chip et LCD Soundsystem en apothéose

Ni la pluie ni la gadoue n’ont eu raison du cool, du fun et des mega-concerts de la première édition du festival relocalisé au Bois de Vincennes. Samedi : d’un jour de pluie à la nuit de boue.  

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© Sarah Bastin

 

Pourquoi hausse-t-on les épaules quand il pleut ? On baisse la tête et on fait la gueule. Tu parles d’un réflexe. Ça n’empêchera pas la pluie de tomber. L’édition 2016 de We Love Green restera dans les crânes comme celle qui s’est déroulée en dépit du marécage de boue qui servait de site. De la boue de compétition qui plus est. Le sol du Bois de Vincennes est une éponge et l’assaut massif d’une pluie discontinue — ayant entraîné l’une des plus forte crue de l’histoire en île-de-France — a transformé la plaine en un pédiluve de gadoue géant. C’est sûr, les organisateurs de We Love ont fait la gueule, mais ils n’ont pas baissé la tête. Le premier jour, samedi, a même été « un sacré kiffe » d’après Justine, festivalière de choc qui a osé la couronne de fleures en portant un pull « Kill The Hipsters ». D’autres ont même lâché des trucs comme « c’est l’un des meilleurs concerts que j’ai jamais vu » après Floating Points, « toujours aussi efficace » après Hot Chip et « j’ai des frissons partout » après LCD Soundsystem. LCD qui fut par ailleurs l’incroyable moment de lâcher-prise dont-on-ne-croyait-plus-qu’il-allait-arriver de ce samedi 4 juin, où ça valait le coût de ruiner sa paire de pompes en toile.

Plus c’est long plus c’est bon

© Sarah Bastin

Le premier grand moment de fiesta collective a eu lieu devant FKJ. On ne sait plus trop quelle heure il est lorsque devant la scène de la Clairière la liesse s’empare de la foule. Le franco-néo-zélandais French Kiwi Juice envoie des beats plein de sobriété et gonflés de sensualité. Mais quelle heure est-il ? A 12h08 on recevait « VENEZ EN BOTTES » Un message clair. Issu du SMS officiel de WLG envoyé à tous les festivaliers. Entre les lignes, on lisait que ça allait être une grosse galère. On savait déjà que le site était comme les organisateurs : sous l’eau. L’ouverture a été repoussée de midi à 14 heures histoire de drainer les derniers lacs de boue. On a donc eu le temps de se faire des potes et des blagues lorsque les portes ouvrent effectivement, à 15h20. Seuls à plaindre : L’impératrice et Fhin. les deux frenchies en herbe ouvraient la programmation et les 2 concerts ont été annulés. C’est triste mais après s’être rué de gauche à droite du festival, on tombe donc sur FKJ. Il est déjà 16 heures, et ce n’est que le début.

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© Sarah Bastin

 

La foule s’envole. FKJ s’use de bonté dans ses vocalises, drague son saxophone, tord sa guitare et à ce moment-là : un rayon de soleil. Le show du ciel est trop beau pour être vrai. La foule célèbre la lumière. On est heureux d’être ensemble. Sur scène, l’incroyable dextérité de ce FKJ décidément tout terrain a alors quelque chose d’époustouflant. C’est excitant : on est bien à We Love Green en 2016, et finalement tant mieux si on a dû attendre 3h30 de plus pour y arriver.

Burrata, écologie et Méditerranée

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© Sarah Bastin

 

En arrivant à We Love Green il s’agit aussi de prendre ses marques. Tout le monde va et vient d’une scène à l’autre, des stands partenaires jusqu’à l’espace Think Tank pour les conférences. Après un tour on se dit que quand même, c’est sympa tout ce qu’on est capable d’inventer.

Au stand Kiehl’s plein d’ateliers, on peut se trouver du thym, mettre des plantes en pot et s’acheter une paire de pin’s en forme de tétons, tout ça les pieds dans la gadoue. L’expérience festival à son paroxysme, et ça ne s’arrête jamais. Il y en a pour le corps et pour l’esprit : un saut à la cantine associative participative Freegan Pony qui propose les invendus de Rungis. Stop au gâchis. Et là on trouve les bénévoles de SOS Méditerranée. L’association est venue en nombre pour sensibiliser sur la situation des migrants. « SOS Méditerranée loue un bateau à l’année et fédère des marins professionnels pour sauver les migrants qui tentent de rejoindre l’Europe au péril de leur vie». Il n’y a plus de boue qui tienne, la porte-parole de l’association explique qu’à 11 000 euros de location par jour pour le bateau, c’est chouette que We Love Green leur permette de sensibiliser les foules, pour récolter des dons. Côté Think Tank, on présente le fantasque Professeur Feuillage qui éduque le web à coup de vidéos délirantes sur les causes environnementales. On lui a demandé pourquoi les jeunes doivent vite se bouger : « C’est très simple, s’ils ne le font pas, dans dix ans ils vont tous crever. C’est clair. Vous allez tous crever ! (rires). Il cite un dicton :  Si vieillesse pouvait, si jeunesse savait. Et là les jeunes ils savent. Donc ils peuvent. »

Après avoir vu ça, et entre deux concerts, on se sent quand même heureux de pouvoir réfléchir à comment s’engager pour la planète ou aider son prochain, et tant mieux si on y pense médusé devant le stand Burrata. Le chef fromager plonge ses mains dans une bassine, sort le fromage mou, noue le tout et vous sert la chose. On est peu de chose face à ça aussi.

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© Sarah Bastin

 

17 heures et devant la grande scène de la Prairie la foule s’amasse. Chacun a pris le temps de se ravitailler et Minuit, ce band français bon comme la nostalgie, envoie les paillettes. Dans la foule les plus perspicaces comparent Minuit aux Rita Mitsouko. Ce qui tombe bien puisqu’il s’agit d’une sorte de Tribute-band fondé par Simone et Raoul, respectivement fille et fils de Catherine Ringer et du regretté Fred Chichin, la paire des Rita Mitsouko. Pour info Catherine était d’ailleurs de la partie, à We Love Green, elle s’est même attardée devant notre file d’attente préférée à tous.

« Crevés »  : Holly Herndon

Depuis quelques semaines, des milliers de personnes ont froncé les yeux devant Holly Herndon, d’Amsterdam à Lyon en passant par Londres et Paris. Chargée de la première partie de Radiohead en Europe, elle en a bousculé plus d’un avec sa techno hyper digitale et conceptuelle. Ce samedi à We Love Green Holly passe à 17 h 30. Comme avec Radiohead, Holly et ses deux acolytes de scène avaient leur ordinateur portable dupliqué sur l’écran de la scène, comme pour assumer jusqu’au bout la technologie de leur musique, sans se le cacher. Dispositif qui permet aussi au trio de communiquer avec le public en écrivant sur l’écran : « Nous revenons de Barcelone, nous sommes crevés, nous avons besoin de votre énergie » ont-ils tapé en tout début de set. Le dispositif informatique est peut-être plus humain qu’on ne le croit.

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© Sarah Bastin

 

Chillout avec Metronomy

Le cinquième album de Metronomy sort le 1er juillet et on sait déjà tout de lui. On l’a pré-écouter et on vous dit ce qu’on en pense. En interview, Joseph Mount nous a même confié se sentir « hyper relax » grâce à cet album. Ce samedi à We Love Green, le cerveau du groupe a donné un DJ Set criblé de Metronomy. Avec des vieux titres cultes comme « Radio Ladio » qui en ont fait danser pas mal, et des sons inédits de Summer 08, le prochain album. En bref une manière 5 étoiles de découvrir l’album aux deux facettes, dansantes et doucereuses. D’autant plus que sur l’espace Chillout offert par Greenroom, pas mal de veinards ont pu écouter l’album assis avec un casque, et donner leur avis.

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© Sarah Bastin

 

Girl Band : post-punk hyper intense

Placés en face de Metronomy, les irlandais de Girl Band ont dû commencer devant un public plutôt confidentiel. Mais leur rage et leur bruit ont fini par rapidement rameuter du monde. Car de loin, c’est cette fureur de jouer que l’on entend chez ce groupe post-punk hyper intense, fureur qui contrastait parfaitement avec la douceur et la simplicité du DJ Set de Joseph Mount de l’autre côté du festival. Et qui a fait changé d’avis plus d’un sur leur programme perso. Mais Girl Band valait surtout le coup de proche : entre les hurlements et gestes désespérés du chanteur et l’inventivité des jeu de guitare et de basse (comme quand celle-ci fut joué à l’aide d’une bouteille), le groupe de Dublin a offert un spectacle qui a satisfait un public pour qui Girl Band était la seule proposition punk et bruyante de la journée.

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© Sarah Bastin

 

Grande première pour PNL

C’était sûrement le concert le plus attendu du week-end. Lors du We Love Green au Bois de Vincennes, PNL ramenait son rap sous bulle pour la première fois en festival. Véritable phénomène internet, le duo composé de N.O.S. et d’Ademo n’avait pour l’instant donné qu’une poignée de concerts, dans des clubs au public restreint et chauffé. A We Love Green, ils sont allés affronter une audience plus large, plus variée, plus froide.

L’escalade Floating Points

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© Sarah Bastin

Prescrivez l’expérience Floating Points à tous vos bons amis. Les vrais, ceux à qui vous voulez du bien. Mais dîtes leur de s’accrocher un minimum. De se rapprocher. La scène de la Clairière est occupée par 5 nerds vraiment étranges. C’est Floating Points qui joue, et le british Sam Shepherd à qui ont doit ce projet fou se donne sans retenue. Avec lui deux guitaristes, un bassiste et « wow » quel énorme batteur. Il développe les rythmes comme un tortionnaire. Ça donne envie de se rapprocher et le ciel commence à s’assombrir. Ça laisse le champ libre à l’introspection et Floating Points est là pour ça. Des riffs quasi-math rock. De l’electro intelligent et tout ça dans un show engagé dans une accélération en mouvement perpétuel qu’aucun frottement d’air ne semble vouloir freiner. Si vous aimez Errors, Gallops, Aufgang, Battles, ou simplement les bons concerts, riches de technique… mais foncez donc !

le sommet Hot Chip

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© Sarah Bastin

La machine Hot Chip est criblée de rouages secrets que la pureté de la voix d’Alexis Taylor dévoile, histoire d’attiser toutes les curiosités. Qui que vous soyez, vous comprendrez que Hot Chip est un exemple de bonté perfectionniste. Ce samedi le band a joué des sons inédits. Du pur Hot Chip. Triste à danser, beau à pleurer. Nos condoléances à ceux qui ont manqué le grand moment de leur batteuse. Magnifique, elle a irradié le festival le temps d’un solo hors du temps. La foule s’émeut face aux écrans géants qui montrent les gosses des membres du groupe danser comme jamais. Et après quelques pas de danses qui rendraient tous les libertins fidèles, on se dit que tous les groupes devraient être Hot Chip.

Voir LCD et mourir

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© Sarah Bastin

C’est à peine croyable. Après le retard à l’ouverture, la pluie, la gadoue, la queue, les galères de portable, la vision qu’on a des bénévoles qui courent partout pour finir d’installer le festival…. c’est à peine croyable de voir que les LCD Soundsystem sont passés à travers les gouttes. Et que rien ne les a empêché d’arriver, enfin. C’est leur grand retour, en France. Le meilleur groupe Live du monde est bel et bien là. Il va pleuvoir et personne n’y prêtera attention. Il est vers minuit quand un petit moment de magie s’opère. Au sein de la chaleur suante de l’impressionnante foule parquée devant LCD Soundsystem à We Love Green, une douce et fine pluie s’est invitée. Au même moment, le groupe de James Murphy met tout son cœur dans le sensible « Home » et illumine leur boule de DJ.

Comment dire autre chose que ce concert était le point culminant de ce samedi. James Murphy et sa bande ont tout raflé. Après ça, on pouvait faire la queue, glisser dans la boue, marcher plus d’une heure et rentrer, tranquille. Antonia, décoratrice du festival, racontait en début de journée qu’elle était au bout du rouleau. « On s’est couché à 5 heures, on a dormi 2 heures » et on sentait son envie de frapper quelqu’un. Mais autour de 2 heures du matin,  on lui répondrait à elle comme à tous les organisateurs : qu’importe la fatigue, continuez à ne pas dormir, décarcassez-vous, trouvez de la paille, épongez les sols et faites tenir ce festival coûte que coûte. Parce qu’après ce We Love Green, on fera tous des beaux rêves.

-Photos © Sarah Bastin